Le peintre aux machines : interview de Rone

Le peintre qui avait des machines à la place des pinceaux nous a ouvert ses portes, il y a quelques temps lors du festival des 3 Éléphants à Laval. Pour lui peut-être une interview de plus, pour nous une belle rencontre. Son sourire et sa fatigue tous mélangés nous ont partagés quelques secrets. Tohu Bonus (version director’s cut de son dernier album) sort et ne nous convaint pas entièrement, mais quelle importance ? Taisons-nous cette fois, et donnons la parole à un homme qui pourrait devenir rédacteur en chef d’un jour sur JNSPUF. Les lunettes rondes et la moustache folle, l’artiste fera ce soir une bien belle performance, suave, puissante et sans démo, démontrant ainsi qu’il ne nous mentait pas : “une fois le premier son lancé, rien ne peut m’arrêter”. Bon vent Erwan, ne t’y colle pas trop, au vent.

Ça va ?

Rone : Oui ça va, un peu fatigué, j’ai dormi pendant le trajet.

Est-ce que tu peux te présenter et présenter ta musique, en trois mots ?

Je m’appelle Erwan dans le civil, mais je fais de la musique sous le nom de Rone. J’habite à Berlin, j’ai grandi et toujours habité à Paris. En 3 mots ça fait Rone – Erwan – Musique.
Et ma musique en trois mots ça serait Tohu – Bohu – Bricolage. Parce que au final, j’ai l’impression que je ne sais toujours pas ce que je fais avec ma musique, je tourne des boutons. Je ne sais toujours pas lire une partition de musique mais je bricole des choses, des sons.

Quelles sont tes influences ? Qu’est ce qui te donne envie de toucher tel ou tel bouton ?

En fait elles sont hyper vastes mes influences. J’ai écouté beaucoup de musique, j’en écoute toujours beaucoup. Finalement assez peu de musiques électronique bizarrement. J’écoute des choses très différentes. Du classique beaucoup. J’adore le hip hop, j’adore la techno qui bastonne un peu mais j’aime aussi la musique électronique très douce et ambiante. J’ai eu des phases aussi, pendant un certain temps, trois ans, vers mes 18 ans, j’ai complètement bloqué sur le jazz, j’étais un véritable autiste du jazz, je n’écoutais que du jazz ! Maintenant j’ai besoin d’écouter plein de choses différentes. Mes influences sont un peu partout du coup, ça me ferait flipper de me cantonner à la musique électronique.

Et si ta musique devait appartenir à un genre précis, ça serait lequel ?

Je préfère laisser aux autres le plaisir de dire ce que je fais, parce que je ne sais pas vraiment. C’est évident, c’est de la musique électronique, parce que je fais de la musique avec des machines, des ordinateurs, des boites à rythmes. Mais par contre j’aimerais vraiment brouiller les pistes, j’aimerais que l’on ne colle pas une étiquette sur mon son en fait. Je ne revendique aucun style musical et d’album en album, j’aimerais que le prochain soit encore plus ouvert et varié. Moi je pensais faire des films à l’époque, et pour moi l’essentiel c’est d’arriver à exprimer quelque chose, je me vois plus comme une espèce d’artiste que comme un musicien. C’est comme si j’étais un peintre, mais avec des machines à la place du pinceau.

Qu’est ce que tu retires de Berlin, d’un point de vue culturel et notamment électro ?

Quand je suis arrivé à Berlin, j’ai eu deux mois de boulimie de sorties, j’ai pris des grosses claques : que des supers concerts et surtout sur les clubs qu’ils ont, c’est une autre dimension, c’est vraiment différent des clubs français… et du coup oui, j’ai pris des grosses claques. Ils sont ouvert 48h/48h. C’est une véritable expérience où tu testes tes limites et ça m’a permis de découvrir de nouvelles choses mais paradoxalement, ça ne m’a pas influencé tant que ça. J’adore ce son, j’adore cette musique, mais ce n’est pas la mienne. Ce que ces mecs jouent, c’est leur histoire, pas la mienne. Ça m’a surtout permis d’affirmer ma musique à moi, mon style. Ça m’a presque donné confiance et je suis presque allé dans le sens opposé de ce que j’entendais. Berlin, c’est plus la ville que la scène électronique allemande qui m’a influencé, comme le rapport des gens à la musique, ça m’a libéré. Mon premier but, c’était de quitter la capitale, je suis né et j’ai grandi à Paris et j’avais l’impression de tourner en rond, il fallait que je bouge. J’ai pensé à plusieurs destination : la Bretagne, la Belgique… Et puis ça a été Berlin, un choix judicieux je pense.

Tout à l’heure tu nous disais que à la base tu voulais faire des films, est-ce que l’image et la lumière c’est aussi important que la musique pour toi ?

Non, ça ne compte pas autant… J’ai fais deux/trois années de concerts avec juste moi et mes machines, sans doute deux ou trois petits spots … et là c’est vrai que je suis en train de développer un choix un peu plus visuel avec de la vidéo et de la lumière mais ce n’est pas une nécessité. D’ailleurs je tiens à continuer à jouer parfois « à l’ancienne » avec juste mon matos. C’est juste une expérience qui me permet de collaborer avec des gens hyper talentueux qui font de la vidéo, mais aussi des lumières. J’ai l’impression que ça donne une nouvelle dimension à la musique, ça l’emmène ailleurs.

La formule magique pour réussir un bon live ?

C’est assez mystérieux, je n’ai pas de recette magique. Je suis un gros angoissé avant de jouer. Je ne suis pas hyper à l’aise. Si là on se parlait après le concert je serais sûrement plus à l’aise. C’est assez bizarre, plus l’heure de mon set approche et plus je suis angoissé. Faut pas me voir cinq minutes avant, je suis toujours au bord de la crise cardiaque. Mais dès que j’arrive sur scène et que je balance le premier son, là je suis dans mon élément et rien ne peut m’arrêter, ce sont les meilleurs moments de ma vie. C’est hyper intense, c’est les montagnes russes où tu passes par plein de phases en quelques heures. Après pour la recette, je dis souvent que j’ai l’impression qu’il se passe un truc avec les gens, j’ai l’impression qu’ils font le live avec moi, c’est un échange d’énergie assez fort. Je pense qu’il faut faire confiance aux gens en face de toi, s’amuser avec eux, comme si c’était tes potes en quelques sortes et voilà.

La collaboration idéale, ça serait avec qui ?

Je ne préfère pas donner un nom, parce qu’il y a plein de gens avec qui j’aimerais bosser. C’est pas forcément une histoire de personnalité, c’est plus quelqu’un qui me permet de m’emmener sur des territoires que je n’aurais pas imaginé explorer tout seul. C’est ce qu’il s’est passé avec toutes les collaborations que j’ai faites, je pense à Gaspar Claus le violoncelliste. C’est une collaboration qui nous a nourri tous les deux. Et pareil avec The national, un groupe, et tout d’un coup je me suis retrouvé à bosser avec une voix très folk, c’est pas forcément mon univers à moi mais ça m’a ouvert des portes. Et j’espère que les collaboration futures seront toujours comme ça, quelque chose un peu inattendu, pas forcément dans la facilité. L’idée c’est que ça que ça se passe bien que ça soit naturel et simple et que ça marche.

Et comment tu en es arrivé à collaborer avec ces artistes ? Ils sont plutôt reconnus…

À chaque fois c’est des histoires un peu dingues. Par exemple, pour The National, j’avais une petite date à New York. C’est une histoire de liens et de relations encore une fois. C’est Gaspar Claus le violoncelliste qui jouait au même moment à NYC. Il m’a appelé en me disant « viens, il y a une espèce de bœuf avec des musiciens, il faut que tu viennes avec ton matos » Et j’arrive dans une petite ville à Brooklyn, et il y avait la crème de la scène New yorkaise, dont The National, c’était vraiment génial. Et à la fin de la soirée on s’est échangé nos numéros, je me suis dit que ces mecs allaient jamais me rappeler et m’oublier deux jours après. Et 2 ans après je reçois un coup de fil de Brice de The national qui me dit « salut Erwan on est à Berlin, dans un hôtel en train de finir l’album, est ce que tu peux passer ? ». Et là c’est comme dans les films, gros fantasme, une chambre d’hôtel avec des bières et des guitares, des trucs branchés partout. Il me font écouter leur album qui est sublime et ils m’ont proposé de poser ma patte dedans ; c’est des contacts hyper humains, des rencontres et c’est comme ça que ça se passe la plupart du temps.

Parle nous un petit peu de tes projets !

Beaucoup de choses ! Déjà là on va ressortir ce morceaux avec High Priest, « Let’s go ». On va le sortir avec des remixes, j’ai un pote qui a fait un clip et puis en juillet l’album Tohu Bohu va être réédité mais distribuer par le label Wart et donc c’est génial, c’est un vrai rêve de gosse. Et j’ai rajouté presque un mini album, des bonus, ça s’appelle Tohu Bonus du coup. Et puis d’autres projets, des musiques de films, plein de choses !

Si t’étais une femme, tu aimerais être qui ?

J’ai pas de nom qui me vient à l’esprit. J’aimerais bien être une femme plutôt jolie mais attention, avec un petit caractère quand même. Ce serait un mélange de plein de femmes. Un truc entre Isabelle Hupert et peut-être la nana de ce groupe que je ne connais pas très bien… Skip & Die ! Ça ferait un peu un truc bizarre, la classe et la folie.

Photo : www.erwanmanchec.com