Le presque 20 Astropolis

L’amitié est grande et la fête est belle. Les pros de la musique électronique mondiale ont encore frappé et même très fort malgré quelques couacs, ils ont su s’en sortir comme des grands du haut de leurs 19 belles années. Le label Phenüm s’est réuni autour d’un mix’n’boules (mélange de sets et de tournoi de pétanque) des plus fastes : Mad Loo et son California Dreamin’ des grands jours, Pocket Burger ou encore Loïg se dévergondent sous les éléments pour faire danser la terre entière. Le moment où Controversy de Prince sera lancé risque d’être gravé dans notre livre d’or (on a plein de projets, vous savez ?).

Notre arrivée tardive au Manoir nous expédie directement dans le creux du Diable : Nina Kraviz. Et bien… bof. Une tension qu’on sent présente peine à s’installer, le public brestois voulait évidemment danser mains vers le ciel en écrivant des mots doux à la magnifique ruskov. Ça monte, ça pousse, ça monte mais ça ne décolle jamais et c’est bien triste, car Nina Kraviz a prouvé à plusieurs occasions (notamment à ses débuts) qu’elle avait toutes les qualités requises pour être une James Bond Girl. Heureusement, Kurt Cobain aka Marcel Dettmann prend les choses en main et alourdit le tout d’entrée de jeu. C’est rond, bien mené, il y a peu à redire : il avait pas son orchestre mais il est fortiche Marcel.

Quelques détours dans le temps pour être synchro et nous revoici avec Siriusmo qui confirme la mode du yo-yo entre très bon et moyen cool des artistes de ce cru 2013 d’Astro. Ce n’est pas très bien mixé, mais de très bonnes idées et de vieux titres qu’on adore réécouter font l’affaire : la sauce prend, débile comme il faut. Parfois c’est douteux, mais tant pis. Les deux survoltés de Kap Bambino envahissent l’astrofloor par la suite et c’est un déluge, mais pas un bon. Le son est mille fois trop fort, c’est dégueulasse et rien n’est calé, les effets sont tellement surjoués qu’on aurait pas vu la différence si Caroline Martial avait entonné le dernier Patrick Sébastien. J’en ai toujours mal entre les deux oreilles, c’est concrètement n’importe quoi et la pilule ne passera pas.

Je ne comprends pas tout au set de Kink, mais je fais aveuglément confiance à mes amis aficionados de la techno et me prends au jeu. Le fun est présent sur scène comme dans la Cour, cette si belle ambassade pour qui Madben avait déjà composé une fleur. Je suis incapable de reconnaître quoi que ce soit mais l’homme au demi-bouc ose les trompettes, et ça ça vaut tout l’or du monde. Un public enchanté et surpris, qui ici à Brest s’y trompe rarement.

Surprise, Gesaffelstein livre le concert le plus intéressant de cette édition, non pas le mieux entendons-nous bien (Kink ou Dettmann sont là pour ça). Déjà, ce n’est pas très bien d’appeler ceci un “live” comme annoncé et édulcoré par l’artiste : ce n’est ni plus ni moins qu’un DJ set auquel nous assistons, la différence étant qu’il ne joue que des morceaux bien à lui. Toute la branlette insupportable autour de la musique d’un homme comme Gesaffelstein se remarque outrageusement ici, tant on ressent que la manière dont il fume sa clope est tout aussi importante que ce qu’il nous dépose dans les oreilles. La violence est belle mais tombe trop dans le vulgaire et le pathos : rien n’est amené avec subtilité, rien ne peut alors nous surprendre ! Un artiste qui a clairement des choses à dire et un univers à défendre, mais trop porté sur le mandarin pour me convaincre entièrement cette fois-ci (traverser la Cour caché sous un manteau noir, sérieusement…). Agoria vise tout l’inverse et entre dans le thème du festival avec une aisance extrême. Ça chantonne de partout (et visiblement il prêche même les moins convertibles), mais moi je suis déjà perdu. Merci Astro, la meilleure équipe du monde.

– Les moments forts : Loïg nous offre son plus grand sourire pour dire qu’il va balancer des tubes et que des tubes au before Phenüm, Kink qui ose les trompettes, Siriusmo qui danse timidement devant le set des Juno au Casa Havana, Pocket Burger qui peste contre son iPad en plein live, croiser des gens qui confient qu’ils nous connaissent et adorent notre site (on vous aime) !

– Les moments un peu nuls : ne pas rater Kap Bambino mais rater Blawan. SebastiAn qui annule encore une fois au dernier moment comme un malpropre et aura du mal à convaincre les brestois à nouveau. Allez, disons que c’est à peu près tout.