Protomartyr : Detroit ressort les crocs

J Dilla venait de ce coin ci et possédait quelques unes des vibes les plus cool et les moins chauvines, l’endroit a une origine très française dans le nom mais plus tellement ailleurs. Depuis peu on en entend des caisses sur le fait que Detroit soit en crise, tout le monde crie et hurle sans même se demander si c’est véritable. Comme quand on affirme qu’Unknown Pleasures des Joy Division est une merveille. Detroit est en crise oui et non. Oui parce, Detroit (surtout son agglomération) est une des grandes villes américaines endettées jusqu’à l’os – on parle de quasi 19 milliards de dollars. Mais ça fait des lustres que c’est comme ça, n’agitons pas les bras pour faire de l’air. Culturellement maintenant. C’est peut-être la crise pour Eminem et tant pis pour lui, mais ça l’est partout, et Detroit s’en est toujours très bien sortie musicalement. Qu’on aille discutailler de MC5 ou de Derrick May, de Protomartyr ou de Robert Hood, tout roule entre la scène punk et les kings de la technopapa. Sinon, la Motor City avait sa Motown mais c’est pas mon truc à fond. Tiens Protomartyr, vous en aviez déjà entendu parler ? Ils ont balancé un disque, No Passion, All Technique et c’est une perle trash.

C’est Sam, chanteur des Von Pariahs (d’eux aussi on va rapidement en reparler) qui nous a fait découvrir ce groupe sans même le vouloir. L’intelligence fabuleuse de Wikipedia m’indique qu’un protomartyr est globalement le premier martyr d’un mouvement, celui qui ramasse tous pour les autres : Jésus Christ pourquoi pas, par exemple. Cet album de Protomartyr est annonciateur de bonnes choses, il donne aussi un peu envie de balancer de l’essence sur des chats (hin hin hin), j’ai écouté peu de choses de cet acabit par le passé.

Édulcoré à la sauce bétonnière et au (proto ?) punk, les riffs de méchants qui peuplent le son de ce disque font mouche à chaque coup, même si certains demeurent plus faibles que d’autres. Les paroles, et c’est assez rare pour être souligné dans le trash, sont très bien écrites et donneraient envie de se remettre à la littérature US : il est certain que ce vieux Bukowski s’y serait retrouvé, entre violence et huile de moteur. Poignants et courts, les titres s’étiolent ou s’alourdissent toujours en douceur, les transitions se faisant discrètement. How He Lived After He Died est directe et efficace, même si elle ne crève pas d’originalité – de toute façon tout a déjà été dit ? Non ? Au temps pour moi. Ypsilanti cogne la perfection avec une touche de Nick Cave période crado-superbe-Grinderman lorsque Jumbo’s montre les crocs, très lourde et s’alignant parfaitement dans l’esprit du groupe : un rouleau compresseur parlant.

C’est ce que sont ces lads : un gang qui ne te demandera jamais ton avis avant de jouer, simplement parce qu’il s’en fout. Un groupe comme on en fait (presque) plus, finalement. Un conte de la folie ordinaire de plus, mais un excellent chapitre si ce n’est le meilleur. Warriors des temps modernes, prêts à laisser courir le gars qui a fait péter la tête du pacifiste. Hot Wheel City !