La Fine Équipe : interview

Beatmakers de l’extrême mais jamais sous les feux des projecteurs, la Fine Équipe est assez discrète pour se faire oublier et – disons-le, évolue dans un monde assez lointain au nôtre. Leurs projets foisonnent, ils s’occupent de leur label et prônent leur liberté. Pour toutes ces raisons, nous sommes allés vers eux. Faites-vous vos idées, votre avis, nous avons été accueillis par la Fine Équipe. Avec une nouvelle sortie au compteur, rencontre :

Qui est qui ? Qui fait quoi ?

O : On est un groupe qui s’appelle La Fine Équipe, qui existe depuis bientôt 10 ans. On vient à la base de Marseille, on est tous devenus parisiens maintenant, on a rejoint Chmsky, le seul parisien du groupe. On est DJ,  beatmaker, on a fait pas mal de radio au début, notre premier album s’appelle La Boulangerie, il est sorti en 2008. Depuis on a sorti Fantastic Planet, la Boulangerie 2 et là on va sortir un EP qui s’appelle Gremlins. En gros on est 4 et sur scène on tourne à 3, Gib, Chmsky et moi même Oogo. On tourne seulement à trois pour plusieurs raisons, notamment parce que la configuration a toujours été à trois depuis le début, on a monté le live comme ça, sans Blanka. Il y avait toujours un des gars qui était occupé sur d’autres projets. Chmsky et moi on a le label à gérer. On s’occupe de la promo, de produire les artistes et de pas mal d’autres choses. Et Gib et Blanka ont un studio d’enregistrement donc pas mal de boulot de leur côté aussi. Mais tout le monde continu de produire pour La Fine Équipe.

Vous avez joué récemment avec Flume, vous pensez un jour travailler ensemble ?

C : En fait les collaborations entre beatmakers ça se fait surtout avec des remix. Nous on adorerait faire le remix d’un de ses morceaux ou l’inverse. Mais rien de prévu pour l’instant. En général on cherche à collaborer avec les autres beatmakers, c’est notre but.

Mais du coup, comment vous faites pour travailler ensemble malgré vos autres occupations ?

C : On a tous un studio à la maison, on a chacun nos productions et on les réunit ensemble autour d’un projet. Pour l’EP qui va sortir, on a réunit des productions assez dark, après il arrive qu’on retravaille ensemble certains trucs.

O : Pour la structure, ou des mixages. Sinon chacun fait ses prods de son côté.

Et vous êtes toujours d’accord après sur le rendu final ?

C : Ouais

O : Ça dépend en général, sur les morceaux qu’on décide de sortir ensemble sur des projets communs, on est d’accord forcément. Et après y’a des morceaux qui restent perso et qui rentrent pas dans le cadre de La Fine équipe.

C : En fait on fait tout le temps tout le temps des morceaux, et après on décide de faire des projets, en réunissant certains morceaux.

O : Et puis on est tout le temps ensemble, on est beaucoup en tournée ensemble, on travaille beaucoup en voyageant en fait. 80% des nouveaux morceaux on les fait dans le train, ou en voyage, en dehors de chez nous. Parce qu’on a la chance maintenant d’avoir du matos qui se transporte facilement. Et du coup y’a beaucoup de sons faits grâce à des conseils qu’on se donne les uns les autres, on s’influencce comme ça, et ça donne les nouveaux morceaux qu’on va bientôt entendre.

La collaboration idéale, ce serait avec qui ?

O : Je sais pas y’en a beaucoup… c’est difficile de dire la collaboration pour nous, parce qu’on est beatmakers donc nous évidemment je pe pense qu’il faudrait chercher dans des chanteurs ou des rapeurs. Mais sinon déjà dans les beatmakers, ce qu’on disait tout à l’heure, j’adorerais que des mecs comme Ketranada nous remixent , ou comme Flume, enfin les mecs du moment qui sont vraiment bons. Et après t’as tous les classiques dont on parlait tout à l’heure. Dany Brown, par exemple, j’aimerais bien.

O : Pharrell Williams ahah

C : Ça dépend du projet. Ca peut être de la musique assez old school, comme des mecs assez nouveaux. On n’a pas vraiment de collaboration idéale, mais on va plus voir par rapport aux sons qu’on fait, et on va se dire « ah putain sur ce son là on aimerait bien avoir un certain type de chanteur, un certain type de rapeur ! ». Et après on va chercher qui collerait mieux par rapport au son. Mais c’est pas par rapport à un artiste en particulier.

O : Ou alors il faut que ce soit un coup de cœur du moment, mais en général ça marche plutôt par rencontres, des gars avec qui tu t’entends bien et avec qui tu as un bon feeling.

Vous avez un autre projet, Hoosky. En quoi est ce qu’il est différent de la Fine Equipe ? Pourquoi avez fait un truc à deux seulement ?

O : Ça se réunit parfois, car on joue des morceaux de Hoosky dans notre live de la Fine Equipe, parce qu’on est quand même tous ensemble, donc on n’arrive pas à séparer totalement les deux. Mais la principale différence c’est que c’est beaucoup plus personnel comme projet, on est vraiment à deux dessus, c’est un truc qu’on travaille tous les jours. Y’a plus de compositions, y’a moins de samples. Dans le son, c’est beaucoup plus électronique, c’est beaucoup plus club.

C : En fait c’est venu, enfin moi je me souviens on a fait le Sonar y’a quatre ans je crois, même plus, et du coup on a eu une vraie rencontre avec la scène électro. Et depuis ça nous a bien marqué. Et les deux autres sont très hip hop, très intégristes, et nous on avait ce désir d’aller un peu plus loin dans la production, et c’est venu de là. On a commencé à composer ensemble, à aller plus vers la house ou d’autres styles.

O : Ouais c’est clairement un voyage vers les musiques électroniques, ça s’éloigne un peu du hip hop. C’est vraiment une façon différente de composer, c’est plus un travail à deux, y’a plus de composition, plus de montage, c’est plus club. donc c’est quand même assez différent, même si certes tu vas ressentir ces influences là dans les nouveaux son de la fine équipe, les projets à venir.

Du coup vous êtes assez contents de l’argent qui a été récolté pour le clip de Hoosky ?

O : Contents ouais. La c’est le clip pour Hoosky, mais en vrai ça représente un petit pourcentage de ce dont on a besoin, mais c’est déjà bien d’avoir ça ! C’est un truc super Kiss Kiss Bang Bang. Ca fait deux fois qu’on le fait, et on va essayer de pas trop le refaire parce qu’on va pas non plus… tu vois !

C : C’est sympa de voir en fait comment les gens suivent un projet, restent fidèle, et surtout pour un projet qui met du temps à se créer. Le clip sort en septembre, et le kiss kiss, ca fait deux mois qu’il est là. Et les gens suivent l’actualité puisqu’on poste souvent des photos du tournage, ou du making-off.

O : Tu sens que les gens participent au tournage, c’est ce qui est sympa.

Vous voulez leur passer une cace-dédi ?

C : Ouais dédicaces à mes kiss kiss bankers !

O : Juste merci pour l’aide quoi !

Comment se profile votre label ? quels sont les groupes que vous suivez ?

C : Alors sur le label, là on vient de sortir un EP de Fakear, un beatmaker de Caen, très talentueux et qui est en train de tourner pas mal en France, qui fait des gros festivals. On prépare un deuxième EP à la rentrée avec lui. On travaille aussi des projets plus différents, mais à chaque fois c’est avec des gens avec qui on s’entend très bien. Il y a CLST par exemple, qui est formé par Buddy Sativa et Yann Kesz, qui est complètement différent de Fakear, avec un son beaucoup plus eighties, moins trip hop, c’est plus électronique. Sinon ça reste pour l’instant beaucoup centré sur La Fine Équipe et Hoosky. On a aussi une série d’album qu’on a lancée avec Hoosky, qui s’appelle « Just a little beat », et qui est la continuité des Boulangeries : c’est sur le beatmaking, et on invite à chaque fois deux beatmakers.

O : Le prochain c’est avec Geteye et Mr Hone, deux jeunes beatmakers. On a déja le projet, on a finalise la pochette et ça sort à la rentrée ! C’est une série qui est bien, toute l’année on va essayer de sortir tous les deux ou trois mois des « just a little beat », en invitant des beatmakers, français ou pas d’ailleurs, mais l’idée c’est de réunir à chaque fois deux gars.

Pouvez-nous parler un peu plus de l’EP avec La Fine Equipe ?

O : C’est un EP qui s’appelle Gremlins, qui est un peu dark, c’est un retour au hip hop classique avec pas mal d’invités dessus. Il y a d’abord, Phat Kat, qui est une légende de Détroit, qui était le DJ qui bossait avec Jay Dee, notre beatmaker favori donc une grosse influence, alors on est super content qu’il participe à l’EP. Il y a ensuite ASM, des potes avec qui l’on bosse depuis un moment, qui bossent avec Wax Tailor en ce moment. Il y a aussi Astrid Engberg qui est une chanteuse avec qui on a pas mal bossé aussi. Et enfin Chima Anya.

C : Chima Anya est un rapeur de Londres. Donc c’est un EP qui est bien hip hop 90, bien dark, avec un super clip tout en animation.

O : On a un clip fait par Mr Walter, c’est fait image par image, super classe. Il est sorti le 22 juillet, en plein milieu de l’été, on aime bien sortir un peu en secret comme ça ! Y’a rien qui sort à ce moment là donc c’est bien.

Un mot pour terminer ?

O : Avec Hoosky on hésite encore, mais on a un super morceau qui s’appelle Flush, qui est prêt, et je sais pas si on va le lâcher cet été ou à la rentrée. Vers décembre il y aura un autre EP de La Fine Equipe. C’est pas des milliards de trucs, mais pour notre petite structure c’est déjà super bien. On attend aussi Yann Kesz qui a fait des super prods, dont à mon avis on entendra parler pas mal à la rentrée.