Thee Oh Sees : Sexcalibur interview

La scène garage revit ces dernières années, littéralement insufflés d’un nouvel espoir, lui-même tout particulier. On pourrait dire qu’on le doit à Mr Pitchfork, qui adore montrer qu’il connaît le milieu en mettant en avant Ty Segall, Mikal Cronin… ou Thee Oh Sees. Mais eux n’ont jamais attendu les médias pour rouler, pied au plancher. Ce qu’ils accomplissent vient de leurs petites mains, et beaucoup des idées de John Dwyer, leader et guitariste pas-si-timbré du quatuor. Quelques sept disques, des EPs partout comme des parents surproductifs et des concerts qui retentissent dans le monde entier. Les Oh Sees sont l’un des rares groupes à conjuguer le garage rock démentiel – et parfois très étrange – et le succès, et nous pouvons dire que c’est un tour de force dans un monde ultra-médiatique qui préfère cultiver l’immédiat plutôt que d’éduquer les bonnes gens. La bande fonctionne et fait carton plein dans le monde entier. Une matinée lascive plus loin, peut-être un mardi, un thé à la main nous avons appelé John Dwyer… et il nous a répondu, I was denied mais jamais éternellement. Il vous embrasse :

Comment les membres de Thee Oh Sees se sont rencontrés ? 

John : On habitait tous plus ou moins dans les mêmes quartiers à San Francisco… En réalité nous jouions tous dans différents groupes avant ça, j’ai du voir chaque membre du groupe en jouer avec un autre.

Et toi tu faisais quoi avant de créer ce joli groupe ?

J’étais dans un groupe, Coachwips ça s’appelait, c’était mon dernier projet important disons. Ma vie n’a été faite que de musique depuis que je suis sorti du lycée.

La composition des morceaux se fait en groupe où c’est plutôt toi qui diriges tout ? 

Un peu des deux… Certains disques viennent entièrement de moi, d’autres du groupe entier. Le plus souvent, ils viennent me voir avec ce qu’ils ont fait de mes démos, ça peut donner les morceaux qu’on retrouve sur les albums.

Pour enregistrer autant, il faut en avoir des idées. La tournée aide à garder le rythme ? 

Tourner c’est fun c’est sûr, mais c’est avant tout du travail. La plupart des idées me viennent quand je me pose à la maison ou quand je m’installe ci et là pendant une bonne semaine pour ne faire que ça.

Floating Coffin est particulièrement étrange, presque expérimental par moments. C’est voulu ?

Et non, tout est venu naturellement… la bizarrerie est cool, j’imagine qu’on peut s’estimer chanceux que ce soit sorti de cette façon.

Et l’énergie du live, elle est venue naturellement aussi ?

(Réfléchit un peu, ndlr) Mmh… La plus grosse partie vient du public. Mais de toute manière, qui voudrait aller voir un concert qui ne serait pas un minimum excitant ?!

Touché. Quelques rituels avant de monter sur scène créer cette excitation ?

Un peu de stretch et un bon Jameson avec glace.

On a évoqué l’inspiration à l’instant, mais qu’est-ce qui t’inspire réellement ?

Tous les aspects habituels (jeu de mots en anglais avec usual suspects, ndlr) : l’amour, les conflits, l’art, la nature, la drogue… la vie !

Tu réussirais à choisir ton meilleur concert des Thee Oh Sees ?

Oh non, ce serait comme choisir entre ses propres enfants, je les aime tous. Ce n’est pas possible. Par contre il y en a eu un qui était particulièrement dur… On ouvrait pour Pavement à Central et le show était sponsorisée par Mastercard (il grimace avec humour, ndlr). C’était l’ingé son la difficulté, un vrai connard. Je commence à me dire que t’auras peut-être préféré une anecdote pour drôle ahah.

Des idées pour la suite ? 

On va tourner aux USA en octobre avec deux groupes, Blind Shake et OBN III’s. Après ça, nous allons nous poser et faire une pause pour quelques temps. J’ai maintenant envie de travailler sur de nouvelles idées.

Parlons un peu matos. C’est quoi ta guitare ? Hybride SG/Travis Bean/manche en plexy ? 

Une guitare custom, faite juste pour moi ! C’est un ami qui les fait, Kevin. Il tient une boutique en Floride qui s’appelle Electric Guitar Company, il est vraiment capable de faire quoi que ce soit… C’est fou comme j’aime cet instrument. Mais sinon cette guitare, ma copine l’appelle Sexcalibur (rires).

Tu es très attaché à ton matériel ? Certains prétendent pouvoir jouer sur n’importe quels instruments… 

Oui j’y suis vraiment très attaché. J’envie pas mal les groupes qui peuvent jouer sur n’importe quoi, moi j’essaie de faire du mieux que je peux pour sonner pareil d’un endroit à l’autre. Une grosse partie de mon job réside là-dedans, en cette consistance.

L’idée d’utiliser une Jazzmaster en basse, elle vient de qui ? 

Oh et bien de Petey (ledit bassiste, ndlr)… ce truc c’est son monstre à lui.

J’ai entendu dire que t’avais un label, Castle Face Rds et que tu le dirigeais avec des amis… 

J’adore faire le patron chez Castle Face, on tient ça avec deux amis. Principalement, on permet à des jeunes groupes de réaliser leur premier album, du moins c’est que je tente de faire. Nous sommes constamment en quête d’excitation pour nos oreilles, de trucs qui démontent. Il est possible que j’ai une vision bien différente des autres labels, sur comment ça doit marcher. Le plus important, c’est pas que les groupes nous remplissent les poches. En tout j’ai sans doute bossé avec 15 labels… sur ceux-là, seulement 3 m’ont payé. On veut changer ça pour les petits labels.