Bande originale de fin du monde.

Duel au sommet en cette rentrée toute fofolle : deux duo d’electro ont publié (pas vraiment) récemment deux disques radicalement différents mais destinés à un usage commun : des soirées spéciales voyage spatial.

Le premier duo est écossais, et c’est un groupe de référence de l’electronica ambient. Boards of Canada ont signé avec Tomorrow’s Harvest le retour simple et élégant. Rien n’a bougé d’un poil depuis leur premier album Twoism, si ce n’est que désormais, la musique qu’ils font est bien plus “retro” qu’avant-gardiste. Un disque plus vraiment dans l’air du temps, donc. Mais s’il y a bien une chose pour laquelle les Boards of Canada surpassent tout le monde, c’est pour faire surgir des synthés analogiques une atmosphère pesante, industrielle, post-apocalyptique et paradoxalement très réelle. Le paysage un tantinet effrayant que le groupe dépeint au futur (ces fameuses moissons dont il est question dans le titre) n’est jamais bien loin. A l’écoute de Tomorrow’s Harvest, on ne peut être que bluffés par la tension entre impression d’intemporalité et illusion du réel. Le charme d’une musique actuelle qu’on croirait sortie du passé – ou du futur là encore on hésite beaucoup.

Le traitement des voix est, là encore, exemplaire, et fait écho aux connexions entre Boards of Canada et la scène hardcore (Telepath, flippante à souhait). Boards of Canada, s’ils ne se renouvellent pas franchement ici,  aime pourtant toujours autant jouer les têtes chercheuses et transformer un beat en habillage désolé, tordre un synthé pour lui donner des faux airs entraînants, quasi rythmiques (Jacquard Causeway). Les incroyables Sick Times et New Seeds parviennent à accomplir l’oeuvre du duo : entraîner l’auditeur dans un voyage spatial avec finalement assez peu de choses à se mettre sous la dent. La parfaite fusion de l’ambient et de l’electronica en somme. Le côté “dé-synthétisé” d’une musique pure et organique incluant pourtant foison de claviers (et pas les plus récents soyons honnêtes), fait souvent toute la beauté des disques publiés chez Warp. C’est ici le cas.

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De l’autre côté du mur d’Hadrien, le duo Fuck Buttons a sorti également un album spécial fin du monde (d’aucuns argueront que c’est le cas de leur discographie entière), le bien nommé Slow Focus. Comme d’habitude avec Fuck Buttons, la musique s’élève progressivement, les boucles s’enchaînent, l’overdose de l’auditeur approche, la mise au point est faite (très) progressivement, mais sans qu’on ne sache bien comment, leur musique transcende l’overdose devant survenir.

Le duo propose ici encore un nouveau voyage complètement mystique fait de larges plages instrumentales et de distorsions intersidérales. Des titres démesurés dans tous les sens, mais que l’on devinent pourtant bien plus obsédés par un souci du détail, nouveauté présente ici. L’approche se fait également plus lourde, plus hip-hop dans les beats (l’exemple même avec le single The Red Wing, ou sur Prince’s Prize et son arpégiateur fou). On y retrouve des épopées fantastiques (Hidden XS et son riff puissant), et des titres plus courts parfois un peu moins prenants (Year of the Dog, dispensable). Mais si Tarot Sport reste l’indétrônable chef d’oeuvre du duo, ce nouvel album parvient à se hisser en bonne deuxième place, derrière l’hésitant et pas toujours audible Street Horrrsing. Une impression confirmée en live.

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