Du rhum, des femmes, etc.

Appâtés par une programmation de qualité, nous nous sommes risqués cette année (avant l’obligatoire détour par la Route du Rock dont nous vous avons déjà relaté les aventures) à faire un tour au Festival du Chant de Marin à Paimpol, joyeux mélange d’ambiance celtique, marine et folkorique. On ne va pas vous mentir, les chants de marin, c’est loin d’être le truc le plus rock’n’roll du monde, mais il fallait bien dire que l’on était curieux de découvrir cette foule de marins venus des quatre coins du globe sur des vieux bateaux pour chanter des chants rudes en se tenant par les épaules. Pas d’inquiétudes particulières à avoir, les barbus qu’on a rencontré étaient tous gentils, et l’ambiance fantastique qui y règne nous a convaincu d’y retourner en 2015.

Jour 1

Histoire de se mettre rapidement dans l’ambiance, notre première journée en compagnie de chanteurs maritimes a débuté avec le concert plutôt classique de Tri Yann. Les trois Jean nantais, légendes de la chanson folk se sont inspirés du répertoire pour proposer leur variante, mi-chanson française, mi-chants de marin. Un bon début pour se chauffer la voix et faire un peu illusion “si si, le truc avec la jument de Michaux, on connaît !”. On a quand même déploré l’absence du titre “Whisky, Whisky” dans la setlist. Après avoir fait deux trois fois le tour du port de Paimpol (le lieu de la chose), on se rend vite compte qu’il va être compliqué de se remémorer tous les groupes et tous les chants. Peu importe, on se laisse porter par la foule et on enchaîne avec les très chouettes Maltavern qui donnent aux chants de marin un côté rock celtique, rappelant forcément la bonne ambiance du pub (la reprise des Pogues a aidé également).

Le temps d’avaler une excellente galette maison, et la soirée débutait déjà avec des têtes d’affiches en série. Tout d’abord Rachid Taha, ce fantastique chanteur mêlant rock et raï à la perfection. Plus sombre et moins facile d’accès, les compositions de son dernier album ne nous ont pas pleinement convaincues, mais l’énergie dégagée par le groupe était extrêmement communicative. Comme aux Transmusicales de cette année, Rachid Taha ne semblait pas avoir bu que de l’eau, mais comme c’était les Chants de Marin, il avait quand même le droit. Comme l’a d’ailleurs bien rappelé Asaf Avidan au concert suivant, “If we are sailors, we should be drunk by now !”

Rachid Taha

Peu emballés par le mauvais remix de son tube “One Day/Reckoning Song” que l’on se tape à longueur de journée sur les ondes, nous avons toutefois écouté avec grand intérêt le concert d’Asaf Avidan qui fut indéniablement un très grand moment du festival. Blues, jazz, doo-wop, folk, rock et pop, peu de limites à l’univers assez barré de l’Israélien dont la voix évoque tour à tour Jeff Buckley et Janis Joplin. On ne savait pas bien à quoi s’attendre, on n’a pas été déçus. Double pouce.

Jour 2

Un jour 2 qui annonçait un début de toute beauté avec cette chorale de chanteurs belges, les Shantykoor Blankenberge (oui, c’était pas facile à écrire correctement). Dommage, le concert a manqué de dynamisme, même si l’enthousiasme était bien présent et si leurs costumes étaient impeccables. Il faut dire aussi que le chant folkorique belge, ce n’est pas forcément le domaine dans lequel on est le plus à l’aise. Le chant a cappela des Australiens des Roaring Forties aurait pu rattraper le coup, mais là encore, le chant rude des marins à la barbe foisonnante se fait trop faiblard.

Fantastique et surgis de nulle part, on a pu se consoler avec la découverte du passionnant groupe franco-britanno-irlandais The Boys in the Gap, à la musique celtique virevoltante et impressionnante de maîtrise et d’énergie. Une bonne humeur communicative sous le cabaret Michel Tonnerre.

Tête d’affiche de ce deuxième soir, l’orchestre barré d’Emir Kusturica a enflammé la grande scène avec sa recette efficace de disco balkanique que nous n’avions encore jamais eu l’occasion de voir sur scène. Un joyeux groupe bigarré porté par des leaders tout foufous. Simple, mais imparable.

Emir Kusturica & The No Smoking Orchestra

Pour clore ce deuxième jour, et parce que nous n’avons eu peur de rien, nous avons même été jusqu’à danser au fest-noz, accompagnés par Digresk, groupe mêlant les danses traditionnelles à des arrangements plus rock. Le pont évident entre la musique celtique et le hard-rock nous a ainsi sauté aux yeux, et on comprend maintenant tout l’intérêt de lier les deux dans des structures rythmiques répétitives et progressives. Ou pour moins intellectualiser les choses, on peut aussi vous dire qu’on a surtout beaucoup dansé, et que c’était rigolo de marcher sur les pieds des voisins en se tenant les petits doigts.

Jour 3

Classique de la chanson folkorique, les canadiens-normands de Mes souliers sont rouges se chargeaient d’ouvrir le 3e jour avec leur musique traditionnelle, cajun et entraînante. Commencer à remuer doucement sur le fameux hymne du groupe en conclusion fut un bon moyen de se remettre dans l’ambiance du dernier jour, plus traditionnel que celtique.

Petite pépite de l’après-midi, les Anglais de Flash Jack, joyeuse troupe aussi amusante à voir en concert que lorsqu’on regarde un bon vieux film des Monthy Python. Du chant de marin comique, avec gestes et grimaces en option.

Un dernier détour ensuite par la grande scène Stan Huggill pour voir le concert d’Arno, chanteur ecorché s’il en est. Le set est rugueux, nerveux, tendu, crispé, et on finit par l’être à l’écouter. Du rock brut et saississant, qui finit par essoufler sur la longueur. Dommage, il y avait des bonnes chansons.

Arno

Au fil des balades sur les quais, on s’arrête un instant devant le concert très chouette de Nadeah, groupe de surf-rock australien emmené par une chanteuse à la voix rauque et charismatique, puis plus longuement devant celui de Suroit. Un répertoire cajun joué à 100 à l’heure par des canadiens impressionnants de maîtrise là encore. Emblèmes du groupe de chants de marin, les Marins d’Iroise nous alpaguent en interprétant le répertoire que l’on commence à connaître plutôt bien (il aura fallu 3 jours malgré tout). L’occasion de chanter en choeur et de reprendre une bière au Denise’s Pub où, surprise !, un groupe britannique interprète des classiques de la chanson folk pour un public peu nombreux mais très (trop) enthousiaste.

En guise de conclusion, Paimpol nous laissait choisir : Fauve ou Skip & Die. Plutôt que la sensation du moment (qui avait l’air vraiment chouette vue de loin), on a choisi la valeur sure : la machine à danser sud-africaine et son melting pot musical qui a transformé le festival en cours de fitness tropical (déjà testé et approuvé ici même). Une bonne conclusion.

Skip & Die