Pocket Burger en interview et megamix

Le nom est tout droit sorti d’une boîte des années 90, celles qui tendent vers l’an 2000, avec Daddy DJ en fond et à fond. Tout le monde est habillé bizarrement, l’heure est à la débilité. Imaginez ça, mais live, et 2013 : vous obtenez un garçon qui confectionne des packagings en tissu pour ces EPs, le rennais Pocket Burger. Théo de son vrai nom, officie depuis pas mal de temps et on le croise à foison, notamment auprès du collectif Phenüm ou de l’association Être Assis ou Danser, maîtrise l’art de ne pas maîtriser l’art. C’est eurodance, c’est DFA, c’est léger et ça part dans tous les sens avec de légendaires problèmes d’iPod.

C’est alors qu’est venue la rentrée des mixtapes JNSPUF, le retour en grandes pompes, nous sommes parés à tout casser. Le premier invité de cette série nouvelle est donc Pocket Burger. Il a accepté de répondre à nos questions et de tourner les boutons pour se briser les tympans en automne. Le petit des Disques Anonymes n’a qu’une chose à vous redire : dansez maintenant.

Pocket Burger, d’où est sorti ce projet ? 

Pocket Burger a commencé vers 2010, quand j’ai acheté un Macbook et que j’ai commencé à tripoter Garage Band. Je faisait déjà de la musique dans un groupe un peu rock, j’avais quelques synthés et j’ai décidé de faire des chansons tout seul. C’était peu à chier au début, mais j’ai décidé de m’y mettre sérieusement et de faire un vrai EP plus réfléchis et ça a donné Contact. L’EP a été un peu écouté et m’a permis de faire quelques concerts, de rencontrer mon super label Les Disques Anonymes et de sortir plein d’autres morceaux depuis.

Le mix que tu nous a fait a l’air assez dance, des trucs que peu de gens assument… ça t’éclate de faire un truc en donnant l’impression de pas te prendre au sérieux ?

Je prends plutôt au sérieux l’eurodance et ce qui tourne autour. C’est une musique hyper basique mais finalement c’est rare d’entendre des mélodies aussi chouettes. J’aime beaucoup le coté hymne absolu de morceaux comme Everytime We Touch, un truc immédiat et super dansant qui peut être repris en choeur par les foules. D’ailleurs les gros faiseurs de tubes d’aujourd’hui, style David Guetta, ont bien compris ça et reprennent des samples dance, sauf qu’ils en font n’importe quoi. Au delà de l’aspect immédiat des chansons en elles-mêmes s’ajoute le fait que les morceaux sont ancrées dans une mémoire commune, vu qu’on les a tous entendu à la radio à l’époque et que tout le monde peut chantonner les mélodies. Du coup, c’est pas très compliqué de rassembler le public sur cette musique et je me suis fait virer qu’une seule fois d’un bar en DJ Set, donc les gens sont pas totalement contre. Mais j’essaye surtout d’intégrer des éléments de cette esthétique dance ’90 dans un ensemble un peu plus intéressant d’un point de vue artistique en y ajoutant des choses plus personnelles. Mon dernier EP Preset Party était clairement basé dessus, jusqu’à la pochette, mais je pense que les prochaines sorties seront un peu différentes, sans renier du tout cette influence.

On t’a croisé en live avec être assis ou danser ou Phenüm, tu prépares beaucoup ces concerts ?

Honnêtement, mon set n’a pas beaucoup bougé depuis longtemps, donc ces concerts récents n’ont pas nécessité beaucoup de préparation. Je connais bien les morceaux maintenant, mais ce qui m’intéresse aussi, c’est de laisser une part de liberté au live, d’où quelques passages quasi improvisés qui créent du mouvement. J’ai pu jouer dans des endroits incroyables et avec des groupes fantastiques cet été (Astropolis, Visions…) et je pense que c’est ça le plus important. J’ai la chance d’avoir un label qui me trouve des chouettes dates et des amis qui m’invitent à jouer pour des événements dingues, ce qui m’évite de faire des tremplins de festivals de hippies ou de sucer les programmateurs pour trouver des dates comme la plupart des groupes, et je pense que sans ça j’aurais arrêté depuis longtemps de faire des concerts, donc grand merci à eux.

C’est du vrai gros live ou il y a pas mal de trucs préenregistrés ?

Quasiment tout mon set est un vrai live maintenant, sauf 2-3 morceaux ou j’utilise un iPod pour balancer des boucles. Je suis tout seul sur scène, donc parfois j’ai un peu peur que le son soit un peu faiblard, vu que j’ai que deux mains, mais j’essaye de compenser ça par un maximum d’énergie. Le plus compliqué, c’est que j’aime les belles productions sur disque, mais je ne peux pas reproduire ça sur scène, donc j’essaye de trouver des parades, sans tricher avec un ordinateur et en restant tout seul. Forcément, ça ressemble pas trop aux morceaux d’origine, mais tant pis, les gens se déplacent pour voir le show et pas pour écouter des mp3.

Ta musique, c’est quoi les influences ?

J’ai mis beaucoup de pop balearique suédoise sur le mix, parce que c’est vraiment ce que j’écoute le plus. C’est un courant pas vraiment défini apparu vers 2004 autour du label Sincerely Yours qui mélange des éléments de twee pop, de house balearique, de dance et de folk suédois, et pour moi ça représente clairement la quintessence de la pop d’aujourd’hui. C’est compliqué de trouver des informations sur eux, car les groupes sont assez discrets et ont une esthétique plutôt radicale, mais ça en vaut la peine. C’est l’influence principale du projet Pocket Burger en tout cas. Sinon, j’écoute beaucoup de trucs différents, surtout des bidules synthétiques et de la pop à guitares, mais le mix sera plus parlant que cette tentative d’explication.

Tu veux transmettre quoi en jouant ?

J’ai toujours pensé que le plus important, dans n’importe quel style, c’est d’écrire des bonnes chansons qui te pincent le coeur. Je cherche toujours à composer des mélodies intéressantes et de faire de bons morceaux car c’est le seul moyen de toucher l’éternel. Même si j’ai fait des études en d’histoire de l’art, je crois que toutes les formes de classification de l’art sont inutiles, car les oeuvres importantes transcendent les formes et se suffisent à elles-mêmes. J’essaye maintenant d’avoir une approche plus radicale de la musique et de ne garder que ce qui est vraiment nécessaire, et la pop est nécessaire. Ce que j’essaye de transmettre en jouant, c’est donc surtout la recherche d’un absolu pop, mais je suis pas encore rendu là, donc pour l’instant, on va dire que j’aimerais bien réussir à pincer le coeur des gens en les faisant danser.

La suite ça se présente comment  ?

Je réfléchis de plus en plus à faire un vrai album, avec de nouvelles chansons. J’ai déjà sorti 3 EP et ça me paraît bien d’essayer de construire un truc sur la durée. Malheureusement, je suis un peu feignant, et ça risque de me prendre du temps, mais je pense que c’est mon prochain objectif. Il faudrait aussi que je continue à bosser mon set live. Sinon, je bosse sur d’autres projets, tout seul ou avec des amis, mais je sait pas trop si ça sortira un jour. J’essaye de trouver quelque chose à faire de ma vie aussi.

Si on avait seulement trois groupes à écouter pour le reste de notre misérable vie, ce serait ?

Daniel Johnston, Air France, The Field Mice

Le mot débilos de la fin ?

Mélange Pectoral

 

MEGAMIX // Je Ne Suis Pas Une Fille by Pocketburger on Mixcloud