Von Pariahs : l’interview tensiomètre

Un juste après midi à Rennes, le temps pas au beau fixe et beaucoup trop de chaleur sous une parka de méchant. Je m’avance dans le métro que je n’apprécie pas particulièrement, l’album des Von Pariahs vissé sur les oreilles. Ceci est réellement un bon disque, c’est ce que je me dis au fond, et souris en me disant que je suis vraiment trop aigri, bien trop dur avec certains groupes. Le rendez-vous est fixé dans un bar low-cost qu’on visite souvent, je suis à la bourre et eux à la bouffe. Impossible de refuser une interview des Pariahs : c’est le moment de donner la parole à un groupe qui aura retourné notre petit monde, nous aura encore plus ouvert au punk et nous aura sans doute un peu fait peur.

Comment vous vous sentez juste avant cette sortie d’album ? 

Théo & Sam (d’une même voix) : Calmes, sereins.

Pas trop stressés ?

Non tout va bien, l’enregistrement a du en tout prendre 9 jours, et quelques jours à Rennes pour les vocals avec Sam. C’était rapide et intense, mais ça va.

(vers Théo) tu as composé entièrement seul le disque ?

Ouais, mais c’est une sorte de consensus qui permet de garder une ligne directrice, une certaine continuité dans le groupe. C’est ce qui fait notre unité, je compose tous les instruments et Sam écrit les paroles. Je compose tout mais ce qui fait de nous un groupe (puisque l’idée de composer seul va à l’encontre de la notion de groupe) c’est qu’on a cette âme, ce fond commun et cette envie de vivre ensemble, de partir en tournée se défouler sur plein de scène. C’est cette force qui fait que nous sommes réellement un groupe.

(vers Sam) Tu parles de toi dans des morceaux ?

Parfois évidemment oui, mais je m’intéresse aussi aux vécus des différents membres du groupe. Je crois qu’il vaut mieux parler de choses qu’on connaît bien, des choses relativement simples. Quelque chose qui puisse être défendable ensuite.

Il y a deux titres que j’ai aimé : living under et trippin, vous pouvez m’en dire davantage ? 

Sam : Trippin c’est simplement l’histoire d’un bad trip, un truc dur et violent, forcément le morceau va avec. Living under the guns parle de mon enfance et mon passé, la Vendée et ce qui l’entoure. C’était très difficile pour nous de faire notre place. Mon père a reçu notre album en avance, et en physique, la boîte et tout. Il a lu les paroles, et je crois qu’il ne me voyait pas comme ça, mélancolique et vicieux.

Théo : on vivait à Fontenay, un petit village où finalement tu connais forcément tes voisins même s’il y a peu de maisons au km². Tout n’était que ska, reggae ou metal, autant dire qu’on ne rentrait pas vraiment dans le lot. Ce sont nos débuts difficiles. Mais nous nous connaissons tous depuis qu’on a 15 ans, mis à part avec Sam où l’on se connait depuis nos 9 ans. Tous nos parcours nous ont mené ici. Mon père également nous a transmis beaucoup à travers des cassettes : Richard Hell & The Voidoids, The Specimen, Dead Boys, Stooges, Undertones, Lords of the New Church, REM, etc…

Il y a une réelle énergie punk sur ce disque…

Sam : Oui évidemment, c’est absolument certain même. Le punk nous a toujours suivi, c’est notre truc et on s’y retrouve. Comme on te disait avec les groupes du père de Théo, on a toujours écouté des trucs comme ça.

Il y a eu une volonté de calmer le jeu sur certaines chansons ? Ça se retient parfois on le sent que c’est violent…

Théo : Oui tout juste, d’ailleurs tu me décris des passages que tu dois avoir en tête et sans les connaître je te dirais que justement, on a caché cette violence. Tu n’aurais sans doute pas trouvé ça aussi évident le cas échéant… toujours trop en faire c’est mauvais. Je crois que parfois, le meilleur moyen d’exprimer sa colère ou sa violence c’est de la garder pour soi, de la faire comprendre. D’où le nom de l’album, Hidden Tensions.

La question qu’on ne vous pose pas assez ? 

Théo : Alors là je ne sais pas… n’étant pas journaliste, je ne sais pas trop faire les questions.

Sam : Disons que vu qu’on avait concrètement pas de disque avant, c’était difficile de faire des interviews qui allaient loin. Autant pour nous que pour le mec en face. On n’a pas vraiment pu se poser ce genre de question.

Théo : Oui voilà, les gens ne savaient pas à qui ils avaient affaire finalement… ils nous connaissaient pas et parfois ça a donné de l’absurde.

Ah oui d’ailleurs… qui est Carolina ? Existe-t-elle vraiment ? 

(rires) Oui ! C’est une fille qu’on a pris en stop au retour d’une date berlinoise. Elle savait pas où aller en fait, elle voulait surtout aller le plus loin possible vers l’ouest. Cette Carolina, enfin c’est comme ça qu’elle a dit s’appeler s’est faite une place dans notre caisse et nous a suivi. On a fait connaissance avec elle, une personne très intéressante. Un par un, elle nous a parlé, on a appris à la connaître. Nous avons fait des bouffes, on s’est arrêtés en Belgique faire la fête avec elle… malheureusement à la fin on a du trancher et la quitter vers Paris, nous rentrions chez nous.

Vous savez si elle sait qu’elle est dans ce disque ? 

Je crois qu’elle en a aucune idée, on n’a pas gardé contact à vrai dire. On espère qu’elle découvrira ce titre et nous écoutera un peu, qu’elle en sera fière. En tout cas, elle nous a marqué !

Je me tourne vers toi Théo, les Von Pariahs niveau matériel et instruments c’est quoi ? 

Les effets du groupe sont portés vers la réverb et la disto mais pas tout à fait, on ne se résume pas à ça. Il ne faut pas dénaturer l’instrument, mais l’oreille d’un novice pourrait confondre une guitare avec un clavier si on lui applique une bonne réverb (un effet de résonnance, ndlr). Pour ma part je joue sur une Schecter III. Sinon comme pédales : une Nova reverb, flashback, fuzz et treble booster faits maison et qui du coup ne dénaturent pas du tout le son de ma guitare, TS9. Marco lui joue sur une Fender Telecaster mexicaine, il a comme effets du space echo, whammy, pédale de disto MXR. Hugo possède une Epiphone Jack Casady, un TS9 et un bon chorus Boss.