Chronique du gentil flic.

Allez, on accepte les rôles stéréotypés, je suis le gentil flic, celui qui aime bien encenser les groupes sur lequel il est facile de taper. Gros problème de ma part, et raisonnement biaisé en conséquence, je n’arrive pas en effet à faire le deuil de Quadricolor, le précédent projet des niçois fantastiques, maintenant reformés sous le nom de Griefjoy. Les même qu’on avait également encensé pour leur EP incroyable ici. Cette impossibilité à faire le deuil de Quadricolor explique en partie pourquoi j’ai choisi d’apprécier et de défendre le premier album éponyme de Griefjoy, que d’aucuns qualifieront sans doute assez facilement de prétentieux, mal branlé, ou pire, de trop travaillé.

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Quadricolor a voulu peut être être enfin pris au sérieux, voulu sans doute nous convaincre de leur bonne foi musicale, de leurs références honnêtes et travaillées, et surtout voulu nous faire croire très fort qu’ils pouvaient sortir de leur niche, percer eux aussi au Grand Journal. In fine, les voici accouchant d’un premier album à peu près aussi barge qu’un album d’Everything Everything, raté pour l’accessibilité les gars. Brassant sonorités diverses, modes de composition différents, avec la fierté d’avoir pondu quelque chose d’incroyable, on est bien d’accord. Mais bien plus que la stupéfaction devant la diversité sonore, je suis frappé par le mélange d’une boulimie musicale quasi-maladive, d’une extraordinaire maîtrise, et d’un ego un peu démesuré.

Et pourtant, je finis par être séduit par ce côté addictif et irrésistible d’un groupe qui semble avoir tout compris, à l’exception de comment faire des compromis pour être “pop”. Ils savent écrire un tube (Touch Ground), approchent parfois le je-ne-sais-quoi de maturité musicale que bon nombre de groupes actuels peinent souvent à toucher du doigt (le sublime Feel, Crimson Rose, que seuls eux pouvaient composer), mais ne peuvent s’empêcher les mélanges absurdes (People Screwed Up et son duo de piano et de batterie speedcore frénétique rappelant 65daysofstatic, – autrement dit que fait-elle ici ? – )  voire carrément désagréables (Insane). Les coutures sont visibles, l’agrégat musical parfois difficile à suivre sur les deux titres susmentionnés, mais les 8 titres restants posent les niçois en challenger français d’une pop inimaginable, et on sait qu’on ne trouvera jamais mieux. Et tant pis si cet album sonne comme le compromis mal orchestré d’un groupe expérimental se cherchant souvent une caution pop, je l’aime quand même.

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