Gesaffelstein : Aleph

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Gesaffelstein, ah Gesaffelstein. Mais oui toi au fond, même toi je te vois, même moi. On en a tous parlé, on a tous pinaillé sur son compte. De bizarrerie en 2011 à nouveau maître en 2012, il était redevenu le mouton noir mi-2012 parce que ça faisait pas joli-joli le copinage sur Bromance avec le bro Brodinski. Forcément il a pas l’air très ghetto blaster le Mike. Les goûts varient avec la mode, on spécule tous à la baisse, à la hausse et les albums sont de vulgaires bouts de viandes : prémachés, attaqués, digérés, et fini.

Aleph, alors devant nous se pose le 1er véritable album du grenoblois. Album, une notion quasi oubliée dans le milieu, pour la peine et y aller franchement on fait table rase de tout : EP, lives, tout. Gesaffelstein redevient un inconnu, quand bien même les Inrocks auraient trouvé un nouveau sujet pour se toucher. Je vais ouvrir les portes, les fenêtres, me raser les cheveux et voir ce que Gesaffelstein a à me filer, je préviens je suis dur au mal.

Les éléments qui sautent aux tympans ne sont pas ceux auxquels on croyait – ou ne croyait plus c’est selon : du Kas Product, une touche de Maelstrom (un garçon que je porte dans mon cœur), un côté germano-violent et du SM à foison. Raté, rangez vos arablètes, Dracula montre autre chose, et vous vous attendez à tout sauf à ça. Premier exemple, dos au tableau : Hellifornia. Difficile de ne pas faire de parabole entre DJ Hell et le côté US travaillé par le label Bromance (maillot de hockey yo), mais surtout et principalement dur d’admettre que Gesa nous a joué un tour, nous a pris en tenaille et qu’on se dit “il a été plus fort que moi”. L’album a un fort côté sobre au point de proposer de simples suites, montées chromatiques syncopées d’un kick et d’une voix qui rappelle Bobo, cette chanteuse allemande amie de Rammstein, teutons eux aussi. Nameless, Aleph, très light, passagers mais utiles à l’oeuvre.

Celui que j’ai adoré en interview – n’ayant jamais obtenu moi-même de rencontre face aux attachés presse qui te demandent presque ton casier judiciaire, laisse tout de même un disque frivole, à son image : empreint de noirceur mais maigrichon. Une atmosphère s’en dégage, c’est beau, ça essaie de taquiner le grandiose et même si ça ne réussit pas forcément, on la sent, l’intention. Obsession, une gifle dans le nez. Perfection ? Pas vraiment l’exacte définition de son titre. Un album qui cherche, ne trouve pas toujours mais garde le mérite de chercher. Gesaffelstein était attendu sur un terrain allemand fait de hangars, il atterrit, guns golden dans la main sur la west coast si chère à Brodinski. Surprenant, oui, sincère, oui ? Wall of memories nous envoie sur un mur des lamentations aspergé d’eau, un joli morceau avec une montée habile, vicieuse comme on aime.

Et s’il n’est pas assis dessus, il regarde le trône sans discontinuer. C’est certain.