Mouais Mouais Mouais

On nous avait tellement promis… on ne pouvait qu’être déçu. Avec tout le tintouin qui a été fait autour de cet album, les rares qui ne s’étaient jamais vraiment penchés sur le cas Arcade Fire vont finalement y jeter une oreille et sûrement se dire “tout ça pour ça”. Tous les trois ans depuis 2004, Arcade Fire sort un chef-d’oeuvre qui séduit par son avant-gardisme (Funeral), sa noirceur perfectionniste (Neon Bible) ou son génie total (The Suburbs), cette fois avec Reflektor, la copie est propre, c’est sérieux, mais on attendait tellement plus. Il faut dire qu’on nous a bassiné avec la production par le cerveau des feu-LCD Soundsystem James Murphy, avec la participation de David Bowie sur le premier single, avec une campagne de promo presque aussi rodée que celle des Daft Punk… Alors oui Reflektor est un titre à tomber par terre mais finalement, c’est la seule chanson de tout l’album qui apporte quelque chose de nouveau dans le son d’Arcade Fire, quasiment la seule où on peut discerner la touch’ de Murphy (Supersymmetry également), la plus complexe, la plus dance ; le reste est finalement la continuation de tendances qui existaient déjà chez le groupe, ce qui me laisse un peu dubitatif. Pour tout vous dire, pas les tendances que je préférais.

Premier “mouais”, Reflektor manque affreusement de “chansons-pivots” sur lesquelles les autre titres peuvent venir “s’accrocher” pour former un tout cohérent. Les précédents albums étaient structurés sur des hymnes, entourés de chansons plus complexes, ou plus lentes.
[Sur Funeral: Neighborhood #2 (Laika), Wake Up et Rebellion (Lies) ; sur Neon Bible: Keep the Car Running,  Black Wave-Bad Vibrations et No Cars Go ; sur The Suburbs: à la pelle Ready to Start, Rococo, Suburban Sar, Month of May, Sprawl II…]
On a beau chercher fébrilement sur Reflektor, il faut se le dire, il n’y a pas d’hymnes fédérateurs et Arcade Fire, en tant que génial groupe de live (on est pas près d’oublier le concert de Rock en Seine 2010 sous la pluie avec une chorale de 50000 personnes), aura du mal à embraser les foules avec Reflektor.

Deuxième “mouais”, le triptyque Secte mormone/Sombre/Urbain a définitivement laissé place à un combo Haiti/Cabaret/Country sur certains titres et c’est souvent ennuyeux. À l’image de l’interminablement longue Here Comes the Night Time qui groove mais lasse avec ses sonorités caribéennes surexcitées… Même si tout est propre, maîtrisé, même si les constructions sont parfaites avec plusieurs chansons en une… je préférais les chorales et les orgues grondants.

Enfin, troisième et dernier “mouais”, le format des chansons est souvent un peu longuet et ce n’est pas toujours justifié. À force de diluer leurs bonnes idées, le groupe oublie parfois de commencer les chansons, mention spéciale au CD2 qui avec Awful Sound (Oh Eurydice), Porno ou Supersymmetrie s’égare dans les transitions.

Ceci étant dit, il faut tout de même avouer que la moitié des chansons sont géniales, des grands classiques tout en longueurs, très bien menés comme We Exist, Oh Orpheus, un bon tube nerveux complètement barré et bordélique à souhait avec Normal Person et puis Joan of Arc et Afterlife qui viennent sauver la fin de chaque CD – parce qu’elles sonnent comme de bonnes vieilles chansons d’Arcade Fire, avec de l’emphase, du grandiose, des cuivres… Mais bon j’étais pas là pour être sympa. Autre article à venir, avec une critique bien plus élogieuse!