Julien Doré : LUV, el-ou-vi

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Julien Doré avait écrit un premier disque, Ersatz, à l’image de son titre. Maladroit parfois, touchant un peu aussi, il était la résultante d’un parcours en dents de scie dans le télé crochet que tout un chacun connaît. Bichon fut là ensuite, plus humble, sobre, plus joli, plus bleu, plus Christophe et sûrement plus simple : il avait touché le coeur de cible. Un album tombant sur ces quatre pattes, un joli gabarit. Son chien Stupide, à lui. J’ai souvent pleuré sur Glenn Close, cette vieille peau.

Maintenant, 2013 bien cognée, on le recroise au gré des pavés parisiens après une rupture (non sans déconner on en sait rien mais c’est une fille qui nous l’a dit, alors), le genre de truc qu’il n’a pas digéré, quelque chose ayant macéré. En guise d’entrée, une image : celle du Roi Lion, plutôt bien trouvée et respectant dans ses coins les plus sombres l’esthétique plaquée or de l’énergumène. Trublion qui s’est calmé, ayant vieilli peut-être, et vécu beaucoup. Les paroles en attestent, mais les arrangements aussi, car s’ils sombrent parfois dans la variété indéracinable, ils restent souvent bien tenus et assez originaux pour ne pas lasser dans la demie heure. D’un Habemus Papaye pas nécessaire à un long courrier vers les Seychelles formellement indispensable, le blondinet à barrette distille ses travers comme on vomit son histoire lors d’une soirée trop arrosée. Un intermède sur Platini fait force rage dans le disque, et l’on reconnaît bien là le Doré, dans tout son humour triste, humour saupoudré d’épices-références dont une bien marquée à Loulou Reed. Mais Glenn Close nous manque toujours, elle manque à l’histoire du seul gars à réussir à créer un disque aussi triste qu’une poutre et qui le nomma Bichon. Elle nous manque pas non plus tant que ça, faut pas déconner.

Mais c’est aussi ça, Doré : une sincérité toute théâtrale qui lui a joué des tours. Je l’ai toujours préféré à Biolay et son art de cochon, n’en déplaise à mon dévoué Greenwood avec qui il semble entretenir un rapport inavouable, je l’ai aussi préféré à tous les autres évoluant dans sa catégorie. Parfois même, et je vois ce qui s’ouvre entre mes propres pattes, je l’ai préféré à Brel, oui, je confesse, car cet homme est un mythe que je conçois mais n’attendrai jamais. C’est aussi accepter à quel point le théâtre de guignol peut être plus inspirant que celui de Molière.