Tonnerre sous les russes tropiques – UVB76

UVB76 se veut une création originale, un duo souhaitant explorer les beautés du quotidien (pluie battante, rythmes croisés, grottes humides…) dans l’humilité la plus flagrante. Aucune mise en avant, pas de rappel, les deux garçons sont d’une discretion exemplaire. Champions du monde de cache-cache, UVB76 s’est quand même fait griller par nos sbires et ont accepté le difficile exercie de la mixtape. Même plus loin : l’interview a ouvert les bras, on a foncé dans la brèche sans refermer derrière nous. Nous avions fait leur rencontre à une soirée de nos collègues Midi Deux, et c’était même pas celle où ils ont joué dans la petite salle. Nous ? Évidemment on a raté ça. Ils font partie intégrante du Collectif Data dont nous parlions quelques semaines plus tôt dans ces mêmes colonnes, un collectif aux multiples facettes qu’on vous conseille (qu’on vous impose serait plus exact) de suivre de près dans les prochains mois, Monolith étant une véritable cascade. Trève de remplissage, UVB76 et JNSPUF, tout de suite :

UVB 76 semble sortir de nulle part, que diriez vous de la naissance de ce projet ?

Depuis plusieurs mois déjà, on composait régulièrement du son et de la vidéo ensemble. UVB 76 est né ‘officiellement’ suite à la création du collectif .data Si on semble sortir de nulle part, c’est que notre projet débute. En réalité on a beaucoup sillonné la scène parisienne et rennaise en tant que spectateurs. ‘Voir sans être vus’ en quelque sorte. Nous n’avons pas attendu d’avoir une ‘renommée’ assise pour se lancer, au contraire.

Pourquoi l’avoir fait en duo et pas seul ou à trois par exemple ?

Tout d’abord, remettre en cause son travail se fait difficilement seul. Par exemple, beaucoup d’amis compositeurs se plaignent du peu de feed-back qu’ils peuvent recevoir (les remarques émises ne sont souvent pas objectives…). A l’inverse, le duo permet un franc parler et un échange d’idée constructif et instantané. Pourquoi pas de travail à trois ? Car cela aurait pu entâcher la cohérence de notre démarche. On travaille en symbiose à deux, plus de membres dans ce projet nous aurait éloigné de nos véritables envies.
Mais nous ne condamnons pas l’idée de formations à plusieurs. Au contraire, via le collectif, nous allons mettre en place des travaux audiovisuels ou des performances plus imposantes. Celles-ci nécessitent l’intervention de plusieurs performeurs et donc, un travail collaboratif.

Votre podcast Midi Deux sonne très tropical, on aurait même envie de dire jungle. Pourtant c’est très sombre, il cerne bien ce que vous êtes réellement ?

On a développé chacun de notre côté un attrait pour la mise en scène et la musique percutante (dans tout les sens du terme), voilà ce qui en résulte. Notre son est régi par cette idée : dépasser la démonstration technique pour raconter une histoire, véhiculer des images. Le rapport image/son est au coeur de nos créations, il est même le fondement de notre collectif. OKVLT, notre premier projet, exprime cette facette sombre de notre identité musicale.

Le monde de la techno est vaste, quelles sont vos influences principales ?

Des noms comme ceux de dscrd, Deadbeat, Shackleton, Morphosis, Cut Hands, Robert Henke ou encore Muslimgauze seraient les piliers de nos influences. Mais ce n’est qu’une infime partie des artistes qui nous inspirent. On pourrait citer Brian Eno, Massive Attack, Lee Scratch Perry ou Mad Professor et bien d’autre encore pour les autres genres de musique. On écoute autant de musique électronique, que de post-punk ou de dub. Le plus intéressant serait de parler de nos influences dans les autres arts, comme le cinéma avec le cinéma russe du XXème (Kalatozov, Tarkovski, Vertov…) ou encore les films d’anticipation/SF des années 70-80 (Carpenter, R. Scott, Kubrick, Lucas…). Comme on l’a dit précédemment, cette question d’influences et très vaste et ne se limite en aucun cas à la musique.

N’étant pas encore dans la boîte, vous concoctez quoi pour ce mix JNSPUF ?

Le podcast se veut dans la continuité de l’univers qu’on a tenté d’amener jusqu’à maintenant. Un rite shamanique et tribal alliant scène UK et dub profond. On essaye de confronter nos différentes influences tout en restant cohérents.

Vous avez un côté très discret, intimiste, peu présent dans les médias (c’est une qualité), vous pensez qu’on vit dans un univers un peu trop m’as-tu-vu ?

L’idée de ‘socialisation’ vient du milieu du marketing, elle est présente dans tous les arts. On ne se considère pas comme djs ou label (.data), notre but n’est pas la reconnaissance du plus grand nombre. Mais on comprend totalement cette démarche quand celle-ci sert un projet passionné ou une personnalité avide de faire danser. Notre ami Jules – The Unknown Precept – partage cette vision. Malgré le grand retentissement qu’a eu sa première sortie (The Black Ideal), il est le premier à dire que ce n’était pas son but principal. Nous nous devons d’être des communicants, Facebook et Soundcloud sont de très bons outils pour ça. Si nos créations ont un écho positif, tant mieux. Dans tout les cas nous ne ferons pas la démarche d’imposer notre musique ou d’en faire une jolie vitrine. C’est une question de principe. Nous voulons avant tout des ‘rencontres’ pas des ‘connexions’. C’est une approche idéaliste pour certains mais elle nous correspond. Développer un réseau trop conséquent peut être néfaste. Il est important de ne pas perdre de vue ses objectifs.

Que peut-on espérer pour la suite ?

Après notre première cassette (Monolith I), attendez vous a un tour du monde dans nos futures sorties ainsi que bien d’autres surprises à venir en 2014.

JNSPUF Podcast by Uvb 76 on Mixcloud