Top 2013 – Les 20 albums de l’année

Franz Ferdinand – Right Thoughts, Right Words, Right Action

Brillant par leur absence de tous les tops de fin d’année, les Ecossais de Franz Ferdinand ne se sont pas non plus véritablement illustrés à la une de notre petit blog, malgré notre admiration inconditionnelle pour eux. Mais que s’est-il donc passé pour que l’on zappe à ce point nos Ecossais préférés ? Un album en demie-teinte, peu ambitieux et qui tentait essentiellement de retrouver une normalité et de fixer des points de repère dans un univers musical frénétique du changement. D’abord attendu très fortement, puis un peu délaissé, puis repris et ré-écouté en boucle, il figure pour finir dans ce top de fin d’année, car il a indéniablement marqué notre année. Car même s’il reste classique et parfaitement conforme à l’image de Franz Ferdinand, et même si on crie volontiers notre besoin d’innovation, de nouveauté et de changement, voir que nos Ecossais préférés vieillissent bien sans se prendre la tête, c’est rassurant malgré tout.

On a longuement débattu entre nous pour savoir si les Ecossais aspiraient à changer la musique ou simplement à aligner les tubes évidents mais jamais faciles (des changements de tonalité qui ne pouvaient que leur appartenir, une voix inégalable, reconnaissable entre mille), et on a voté pour la deuxième proposition. Qui peut encore se préoccuper d’être ambitieux avec des tubes imparables évidents et jamais lassants comme Love Illumination ou l’excellent Treason! Animals ?

Foals – Holy Fire

On en a déjà beaucoup parlé, de cet album qui divise la rédaction. Mais à l’heure des bilans de fin d’année, il ne fait aucun doute, Holy Fire a marqué 2013. Sortis enfin de leur niche, les Anglais signent leur album le plus accessible et le moins nerveux (à l’exception des guitares bien lourdes de Inhaler et Providence). Avec un tel tempérament de bosseurs acharnés, il ne fait aucun doute que les Anglais iront très, très loin. (Voir aussi ici)

Mount Kimbie  – Cold Spring Fault Less Youth

Il y a les disques qu’on aime parce qu’on s’y attend. On connaît un style musical, des références et on s’y accroche. Et il y a les disques d’autant plus forts qu’une première écoute ressemble à une navigation en plein brouillard. Le deuxième album de Mount Kimbie est de celui-ci. Sans être forcément fan de leur premier essai très expérimental, on peut malgré tout apprécier ce deuxième album fantastique car il puise dans le premier album une richesse de textures, de paramètres sonores pour créer à partir d’éléments minimaux, froids et dissonants, une ambiance unique et des vrais morceaux totalement addictifs qui sont bien plus que la somme de leurs éléments séparés (Fall Out, Break Well, Made to Stray). (Voir aussi ici)

Arcade Fire – Reflektor

Bien mais pas top pour certains, incroyablement génial pour d’autres, on peut décemment affirmer que Reflektor aura marqué notre année 2013. Comme toujours avec les Canadiens, l’ensemble du projet artistique est cohérent, réfléchi, profond, et surtout incroyablement modeste pour un groupe au talent aussi éclatant. Comment ne pas louer un groupe qui se renouvelle en profondeur à chaque album sans que la qualité des morceaux en pâtisse ? Après la mort, la religion, l’ennui, place à l’art, la technologie et la modernité sur ce dernier album qui intègre la dernière pièce qui manquait à leur grand édifice épique : le groove. Voir aussi ici ou .

Daft Punk – Random Access Memories

Oui, évidemment, il fallait qu’il y figure. Plein de choses dites très intelligentes au sujet de cet album un peu partout, et nous aussi on avait déjà loué juste et cet album qui évolue pleinement dans l’univers de Daft Punk (passion disco) et en même temps en sacré opposition avec leurs précédents albums.

Austra – Olympia

L’univers très personnel d’Austra surprend en prenant ici des accès dansants. Sorte d’hybride rafraîchissant à base de lyrisme mélodique et de house mélancolique, Olympia est porté de bout en bout par le chant impressionnant de Katie Stelmanis. Le chant emporte, les rythmiques roulent comme un petit train entraînant, l’habillage new-wave est parfaitement kitsch sans être ringard ou déjà-vu, et le tout fait des merveilles sur ce troisième album empli de tubes instantanés (Painful Like, Home, Sleep, We Become).

Youth Lagoon – Wondrous Bughouse

Le deuxième album de Trevor Powers, petit génie de la pop rêveuse est un enchantement. Plus abouti encore que le premier opus, on y retrouve sa recette dream-pop/lo-fi au service d’une perle baroque et psychédélique aux allures de conte burtonnien. Les chansons s’étirent, se complexifient, les mélodies se construisent et se délitent avec grâce. À 24 ans, cet américain à la voix d’ange a déjà tout d’un grand. Voir aussi ici.

Von Pariahs – Hidden Tensions

Eux on les a pistés, on ne pourra pas passer à côté. Et maintenant, à l’heure des tops, on se souvient de cette interview où un groupe nous avait parlé des Von Pariahs, “petit groupe nantais qui sera aux Trans cette année, mais vaut mieux pas encore le dire… garde ça pour toi”. Septembre arrive et Hidden Tension déboîte tout. Bien sûr on pourrait redire des choses, nous aurions poussé un peu moins le contour, mais ce disque est devenu le disque de la west coast cette année. Carolina, Trippin, un nombre incalculable (ça va on est des quiches en maths) de tubes corrosifs pour un disque rempli d’histoire. Les Pariahs parlent fort, provoquent le public en live et ils ont raison : peu de groupes ont leur puissance live en ce moment. Hidden Tensions n’a plus à se cacher. “Comment ça va, les gens qui applaudissent pas au fond ?”

These New Puritans – Field of Reeds

On leur a collé un 10/10 et c’est pas pour rien. Field of Reeds est un ovni, tout le monde est d’accord sur ce point. Insensible et trop complexe pour certains, magnifique pour d’autres. Il faut sûrement être un peu fou pour composer quelque chose d’aussi ambitieux. Au confins de l’art-rock et de la musique contemporaine, les These New Puritans franchissent une nouvelle étape dans leur expérimentations. Constructions déroutantes et orchestrations décharnées forment un ensemble de litanies magnifiques de noirceur et de délicatesse. Chaque titre est une épopée, une fresque totale. La gravité et l’immensité de cet album rend toute comparaison difficile. Voir aussi ici.

Frustration – Uncivilized

Ce groupe est un coup d’épaule qui n’excuse pas, arrivant à coups de claviers qu’on aurait pensé immondes. Le groupe phare du label parisien Born Bad Records ravive les cendres du post-punk et redonne de la place à la voix, cet appel à la dictature. Sans nul doute l’un des albums de l’année, mais peut-être un disque assez puissant pour marquer un petit monde, celui qui a redécouvert l’envie d’acheter des disques et de suivre un groupe sur plusieurs dates : le retour des fanboys. Sur scène, Frustration dévoile toute sa force brute, emplie de tristesse et de faux-espoirs. C’est certain, c’est pas le truc à écouter avec un Speculoos pendant que mamie se relève des orties, mais on peut l’écouter à tout moment autrement. Et ce serait bien les réduire que d’évoquer une fois de plus Joy Division. Life is a non-sense, don’t wanna apologize, I’M UNCIVILIZED.

Everything Everything – ARC

Plus mégalo mais également plus cohérent que leur premier album, les Anglais d’Everything Everything savent y faire en pop de musicologue. Chansons expertes en variation tonale et rythmique et pop poly-influencée sont au programme de ce fantastique album qui a le mérite de proposer un sacré détour hors des sentiers battus et rebattus de la britpop. Voir aussi ici.

Deerhunter – Monomania

Avec Monomania, les Américains de Deerhunter signent leur arrivée dans la cour des grands rockeurs à blouson de cuir, grosses motos et déflagrations d’obédience garage-rock. Faussement viril et vraiment fou, ce nouvel album n’en est pas moins sentimental, mature et incroyablement concis mélodiquement. Voir aussi ici.

Moderat – II

A mi-chemin entre l’électro pour danser et l’électro à écouter au casque dans le noir, les Berlinois de Moderat (le duo Modeselektor et le solo Apparat) réitèrent leur collaboration sur un deuxième album bien plus abouti et cohérent que leur premier essai, pas toujours hyper au point (malgré les grosses tueries A New Error et dans une moindre mesure Seamonkey). Ici, nulle trace de la techno agressive des débuts, tout glisse doucement dans les oreilles. Un vrai manifeste pour une musique électronique délicate, mélodieuse et minimaliste, tout juste dansante.

Atoms For Peace – AMOK

Thom Yorke s’échappe dans un nouveau projet électronique, suite officieuse de son premier album solo. Après de très nombreuses écoutes, on a fini par dissiper les brumes qui entourent cette collection de morceaux synthétiques et entêtants. Les mélodies sont simplifiées au maximum, portée par la voix magique du chanteur de Radiohead alors que les rythmes sont travaillées au maximum. C’est brut, saccadé, déroutant, passionnant. À écouter au casque, dans le noir. Voir aussi ici.

Local Natives – Hummingbirds

Un de nos groupes de l’année à coup sûr, on a écouté Hummingbird de long mois, on les a vu trois fois en concert tellement ils sont bons. Après un premier album imparfait mais terriblement accrocheur, les californiens ont gagné en profondeur et en fragilité tout en gardant la recette ensorcelante de leurs débuts. Voix magnifiques, productions chapeautée par Aaron Dessner de The National, ce deuxième opus est un pari audacieux et réussi sur le long terme. Voir ici et en interview ici

Son Lux – Lanterns

On a découvert Son Lux avec ce troisième album qui nous a fait penser à beaucoup de bonnes choses comme Sufjan Stevens, Owen Palett, Caribou, The Antlers et même Radiohead. Mariage très réussi entre pop orchestrale et électro, Lanterns est un album aussi audacieux que complexe. Tour à tour, intriguant, beau ou profondément triste – toujours d’une finesse remarquable. Voir aussi ici.

The Feeling Of Love – Reward Your Grace

Feeling of Love = cas d’école. Les gars on sait pas trop ce que c’est leur musique, mais diable qu’elle fonctionne bien. À mi-distance entre le krautrock et le blues minima, l’album de ce groupe est entré dans nos moeurs, sans qu’on s’en aperçoive. I’m Leaving You Today par exemple, trois pauvres notes de jazzmaster et voilà que l’on se retrouve enrobé, directement et sans prévention. Un disque nihiliste et belligérant, minimaliste comme un Kills et bien taillé comme un vieux costard de Robert Johnson. The Feeling Of Love fait carton plein, et nous rappelle que dans ces eaux-là, un seul groupe a su troubler le public.

Protomartyr – No Passion All Technique

Detroit en ruine, plus rien n’en sort. Rien ? T’avances pas trop bonhomme, les Protomartyrs en sont la plus belle palette. Un punk si on peut le nommer comme tel, un punk froid et industriel. L’image d’une ville sans transports en commun, où le fuel est plus important que le Burger King et où les lives se passent dans des caves, voilà ce qui suinte du cru de ces garçons. Ypsilanti est une perle et le reste sent très mauvais, une odeur de métal, plus aucune humanité. Protomartyr passe vite et on ne l’écoutera peut-être plus ensuite parce que Internet l’aura oublié, mais n’est-ce pas une raison de l’écouter à fond ?

Of Montreal – Lousy With Sylvianbriar

Exit la grande époque du disco anti-déprimant sous anti-dépresseur, la trouve de Kévin Barnes se renouvelle sous un jour plus 60s et radieux, toujours aussi mélodieux sans pour autant abandonner totalement la folie mélancolique que l’on apprécie chez eux. C’eut été dommage.