Transmumuse

On reprend à peine nos esprits, et voici que déjà reprend la vie normale. Celle qui ne contient pas de journées hors du temps, celle qui ne contient pas non plus de découvertes à foison, de soirées mémorables, de musique H24. C’était les Trans 2013, rendez vous l’année prochaine.

Jeudi

On commence doucement mais sûrement avec le concert très attendu de Moodoïd au Parc Expo. Si on danse volontiers sur l’incroyable titre barré De La Folie Pure et sur les autres titres complètement dingues dans la droite lignée de Tame Impala et Melody’s Echo Chamber, on regrette un peu la communication plutôt bancale avec le public. On rêvasse doucement sur Je suis la montagne, et on se dit que, malgré tout, cet homme et son groupe iront sans doute très loin.

Combo de concerts attendus avec les (déjà) stars London Grammar qui succédaient au concert du Parisien. Avec une voix aussi singulière et puissante, c’était évident que le succès leur tendait les bras. Et comme d’habitude, la pop minimale et intimiste façon Londres post-dubstep fait des ravages. C’était presque trop facile, mais on ne boude pas notre plaisir, car on se rappelle les débuts tout foireux de The XX, et en comparant, il y a pas photo, London Grammar tient déjà le haut du pavé niveau performance.

On ne savait rien des premières compositions du chanteur de The Rapture Luke Jenner, mais on savait une seule chose : on voulait être au premier rang pour tâter du disco new-yorkais. Et malgré des compositions pas toujours ultra-calées (voire frustrantes parfois sur les conclusions) il n’y a rien à faire, Luke Jenner est toujours là pour faire danser et instiller son groove imparable dans le moindre recoin de ses chansons, même réduites à leur plus simple appareil : un charleston, un clavier 80s, une basse et une voix. Dansons maintenant.

Bien moins électronique que Skip & Die, les argentins de La Yegros offraient dans le hall 4 une chouette ouverture world music à cette première soirée. Un excellent concert, parfaitement dans l’esprit Transmusicales : découverte venue de loin, et gros son bien dansant (une fonction également remplie par les Ukrainiens de Dakhabrakha le samedi soir).

On aurait bien aimé voir Har Mar Superstar, mais la fatigue a eu raison de nos petits pieds et la conclusion de cette première soirée fut le DJ set de Surfing Leons, un belge qui sait parfaitement répandre un groove funky au sein de sa techno froide et industrielle. Big up au titre bien cool de Julio Bashmore passé vite fait.

Vendredi

Une pause bienvenue dans ce week end nous a permis de profiter du concert de Disco Anti Napoleon. Joyeux foutoir psychédélique qui crie peut être un peu trop fort son nom (on chipote, ok), la musique des Nantais est une performance musicale très habile qui utilisent les possibilités numériques pour le meilleur et le pire (à ce volume sonore, ça se confond souvent). Le tout au service d’un défoulement rock noyé d’écho. Un concert surpuissant, et bien moins pop qu’escompté.

Et parce que les Trans ne sont pas qu’un tour au Parc Expo, l’ambiance toujours chaleureuse des Bars en Trans nous a attiré vers la Trinquette, ce petit troquet charmant de la rue de St Malo où on a pu profiter du concert des locaux d’Olympia Fields, efficace et très dynamique à défaut d’être original.

Samedi

S’il y avait un concert qu’on ne voulait pas manquer, c’était bien celui de SAmBA De La mUERTE. Et on a pas regretté une seule seconde de s’être bougé en milieu d’après midi. Assez loin du folk minimaliste et fragile des débuts, les Caennais reviennent en force avec un live énergique, puissant, cohérent, varié et original. Et merde au papy qui quitte la salle après deux chansons sur cette réflexion hautement philosophique “Bof, ça ressemble à plein d’autres trucs.” Si on avait été courageux, on lui aurait répondu non en trois points : 1. c’est vraiment différent, 2. c’est tout ce qu’on attendait d’eux et 3. c’est sans doute l’un des meilleurs concerts des Trans. L’Etage était complet pour voir Adrien et son groupe se trémousser, danser, et se mettre même carrément à genoux pour défendre ses compositions personnelles qui prennent une dimension impressionnante en live. Le surf rock de Sahara, les fragiles mélodies de Fire, l’énergie incroyable déployée autant sur les voix et les guitares que les percussions, non vraiment, on a tout aimé. C’en est même dur de ré-écouter les versions studios.

On arrive au Parc Expo juste à temps pour Fakear. Après Superpoze l’an passé, le nouveau prodige de la MPD reproduit l’exploit made in Caen. Début du set : hall quasi-vide, fin du set : hall 9 rempli. Mission accomplie, le mariage habile des rythmiques les plus inventives du hip-hop et de l’electro et les mélodies d’inspiration world et pop fait danser tout le monde. Un joli mélange puissant, hypnotique qui reste accessible à tous (une très grande qualité que l’on met rarement en avant). En plus, on a pu contrôler : les petits carrés sont bien frappés en rythme, si si.

Second moment très “Transmusicales spirit” : le concert complètement dingue des Ukrainiens de Dakhabrakha. Harmonies d’Europe de l’Est et gros tambours rythment des compositions empreintes d’une ambiance particulière (pour ne pas dire unique, vu notre connaissance de la musique de l’Est). L’impression de nostalgie qui se dégage est sans doute liée aux photos de la révolte actuelle en Ukraine qui défilent à l’arrière plan.

Tout s’enchaîne ensuite, on aperçoit Boston Bun et sa techno rébarbative, qui n’aura pas su nous convaincre malgré un son estampillé Ed Banger (trop de basse ? claps et kicks un peu cheap ?), puis un bout de Kosme, qui ne nous transcende pas non plus. Puis vraie claque de la soirée : le DJ set de Louisahhh!!!, sombre et puissant, tout en beats tendus et samples maîtrisés. Bien joué. On enchaîne ensuite avec un très beau live visuel dans le hall 9. Nul doute : la house teintée d’electronica de Joris Delacroix a pris une vraie ampleur depuis la fois où nous l’avions vu au festival Nordik Impakt. On retrouve même un petit côté french touch à l’ensemble, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

Dernier concert de la soirée pour nous, l’Allemand Konstantin Sibold, esthète de l’épure qui propose une techno minimale plutôt intéressante. On attendait mieux de lui, mais voir le très bon titre Madeleine en live fut malgré tout une petite satisfaction.

Et parce qu’il est impossible de ne pas manquer au moins une quarantaine de concerts chouettes pendant les Transmusicales, Arte Live Web et Sourdoreille sont là pour vous. On espère enfin voir Oum Shatt en concert très bientôt par exemple, mais en attendant on peut se consoler, donc c’est plutôt cool non ?