Le melting pot du rock.

On les suivait de loin depuis leur premier EP et on aurait pu en parler un peu plus tôt, mais c’est ainsi, on re-découvre avec plaisir le nouvel EP des Rennais de Fat Supper, Flat Slupper. N’étant plus tellement enthousiasmé par les copies conformes d’electro-pop 80s ou les filles en solo sur des projets new-soul (avec ce qu’il faut de beats hip-hop pour le côté gangsta), ce nouvel EP tombe à pic, et contribue activement au renouveau d’une micro-scène rennaise qui se fait un plaisir de ressortir les guitares du placard en tentant de diversifier les influences et les sons. On est pas en 2001 non plus.

Fat Supper signe en effet avec ce deuxième EP une vraie déclaration d’amour au rock’n’roll, en présentant un très joli condensé de tous ses versants. Des guitares bien sous tout rapport (bruyantes généralement mais pas que), une voix versatile, grondante et tonitruante, charmeuse et crooneuse parfois, et l’ingrédient magique : une grande diversité des rythmes et motifs mélodiques, et une structure qui s’émancipe habilement du couplet-refrain-couplet-refrain-break-final-et-on-recommence. Le meilleur exemple étant sans doute le très bon titre Surrogate, qui réconcilie la finesse ciselée des arpèges cleans avec juste ce qu’il faut de déflagrations sonores. Le tout agrémenté d’une structure au tempo enlevé et à la construction très prog-rock.

C’est bien beau toute cette démonstration experte mais qu’en est-il de l’efficacité des titres ? On va pas non plus se mentir : c’est diablement efficace en plus d’être surprenant. On tique sur l’introduction bossa-nova de Wall of Shame (et son refrain fait de guitares qui jouent au ping-pong avec un écho savamment dosé), ou les beats lourds quasi West Coast de la seconde partie de Back to the Flesh (l’ajout des grondements en provenance d’une guitare baryton n’est pas étrangère à tout cela). Expérimental, progressif, stoner (qui décidément à la vent en poupe), math-rock et même un soupçon de chromatismes blues et psyché, Fat Supper joue de ses filiations multiples pour finalement faire écouter à l’auditeur des choses qui ne lui viendraient sans doute pas spontanément.

A de multiples égards, c’est bien envoyé.

P.S. Pour les Rennais, ça se passe au Oan’s Pub le 12 février.