Nuits d’été infinies

Soita mule de Regina (Call Me si vous n’avez pas la chance de parler finnois) représente un ovni dans la scène musicale finlandaise. Cette pop délicate et rêveuse teintée de nuance shoegaze n’est en rien caractéristique du pays. À sa sortie pourtant en 2011, Soita mule devient un succès commercial et critique, un pavé dans la marre bienvenu dans un long flot continuel et monotone de sorties anecdotiques. Pour un pays où les rayons du soleil ne percent dans la nuit que lors d’étés trop fugaces, ces quelques mois représentent une bouffée d’oxygène vitale; la vie se réveille, se savoure et se dévore sans regard pour le lendemain. Capturer ces instants est une prouesse que Regina réalise sur ce chef-d’oeuvre. Deux jeunes gens, entrelacés, allongés dans l’ombre, rayonnent dans une lumière douce. L’herbe se couche sous le corps de deux amants capturés dans un moment éphémère. Ce thème, c’est celui de leur pochette et leurs clips. Mais même sans visuels, on ne peut qu’imaginer ces images à l’écoute de la musique de Regina.

Unessa (Asleep) démarre le disque sur une mélodie brumeuse et entrainante, construite autour de sons scintillants et d’échos – un rayon de soleil sur un lac tranquille. Comme le nom le suggère, c’est une invitation pour un rêve hypnotique. Ce qui suit, c’est l’histoire de la recherche de l’autre. Halauan sinus (I Want You) est l’ode sentimentale à celui/celle qui ne voit plus rien ni personne à part l’être aimé. C’est une chanson pop-rock accrocheuse qui fait sourire. “Sépare-toi de toutes tes armes, abandonne toutes tes défenses” entend-on sur le troisième morceau Lepään aalloilla (I’m Resting On the Waves). Un morceau lent et doux développé autour de ces paroles – ce n’est qu’en s’ouvrant et en abaissant sa garde que l’on aime vraiment. Jos et sä soita (If You Don’t Call) et Päivät valuvat (Days Dribble) sont deux titres éléctro-pop menés par un duo guitare minimaliste / synthétiseur. Histoire d’amour d’une longue et chaude nuit, elles évoquent ces jours à attendre un signe, ces jours qui s’étirent et où la magie s’éteint juste assez pour nuancer romantisme et pensées naïves.

Mustavalkeaa (Black and White), l’un des pics de l’album avec sa guitare entêtante sonne comme Ride, groupe shoegaze britannique des années 1980-90. La voix de la chanteuse Iisa Pykäri dépose délicatement quelques mots presque avec étonnement. Ce qui suit est mon morceau préféré. Ui mun luo (Swim To Me) déploie une atmosphère aquatique, une expérience inédite. Les deux amants, entourés de vagues chaudes et douces, se regardent de loin, puis s’embrassent, tournoyant dans les flots à l’abris des regards. La présence d’Iisa s’allie parfaitement aux sons d’eau et d’échos caverneux. Des notes de guitares s’égrainent doucement et un orgue effrayant résonne sur Harjun takaa (front behinf the ridge) alors qu’Iiba chante “les flots derrières la crête, je sent l’air salé sur mon visage”. C’est une compo agressive sur un album globalement doux. La dernière chanson Valveilla (Awake) introduit une touche dissonante à l’histoire d’amour mais en rien destructrice. À propos de ceux qui se querellent pour trois fois rien. Les mots fusent mais bientôt le calme revient.

Détail intéressant, l’album commence par Asleep et se termine avec Awake. L’amour est peut-être un rêve mais au lieu de s’éveiller on s’y éveille, détail souvent oublié. Soita mule est un album au son unique et hypnotique mais également une histoire subtile sur l’amour naissant. La bande-son des étés déjà passés et de ceux à venir.

L’auteur du jour: On peut facilement trouver un élément central dans les goût musicaux de Sebastian : les mélodies dissonantes, rêveuses, ensorcelantes, bruyantes et envoûtantes. Une touche de romantisme et la recette est parfaite. Classique, jazz, shoegaze ou IDM, peu importe pour ce journaliste finlandais qui aime à passer des heures dans ces paysages soniques. Mentionnez My Bloody Valentine, il s’enflamme.