Illmatic XX – Nas’ re-release of a legendary album

Twenty years after the release of “Illmatic”, it is time to reflect on one of the most important albums Hip Hop has to offer (traduction en fin d’article)

 

On April 15th , Nas re-released Illmatic which hit the stores on April 19th  in 1994 for the first time. The story of Illmatic is one with many branches, many in’s and out’s and many premises and consequences. It all started with 20 year-old, highly intelligent and self-educated school dropout from Crown Heights in Brooklyn, who had already decided at the age of 15 that he would one day be the best. Called the new Rakim, Nas started to create an NYC-underground buzz for himself since mid-1992. However, shortly before the album was released, the young african-american was unsure if he’d send any shockwaves outside of his housing projects. Little did he know that this debut album would, with DJ Premier as producer, go down in Hip Hop history as the archetype of original and authentic storytelling.

 

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 The album-name “Illmatic” was a reference to Nas’ incarcerated Queensbridge friend, Illmatic Ice, who was a living street legend in the early 1990’s. At the same time, “Illmatic” is simply a comparative of “ill”, which was an important part of the vocabulary of people young people to describe something cool, creative and dope. That alone points to what the album was about: giving a realistic portrait of the street life that many young black american had to face and simultaneously braving those hardships without losing hope. Facing hardships without losing hope is a universal theme of storytelling which basically appeals to anyone, even if the hardships are often in different leagues. I have repeatedly heard people say that when they’re in a tough situation like e.g. right before an exam or they’re feeling emotionally down, they like to listen to the song Memory Lane. The song has a compelling “all hardships will pass eventually” vibe to it. People who have to get up before everyone else when it’s still dark, who know they will work their ass off today, listen to that song and it keeps them going.

To those outside the United States who listened to the album for the first time in the early 2000’s, it didn’t matter that they couldn’t really understand english at the time. What mattered was the emotion and dramaturgy with which Nas chose to tell his stories. That came across, inspired, entertained and educated, irrespective of the language barrier. With Illmatic, Nas gave literacy, eloquence and thoughtfulness a permanent place in Hip Hop. He knew how to visualize language like no one else and passed on to young black americans from uneducated backgrounds that being educated and possessing rhetorical power to do something meaningful are ideals worth striving to. The album pointed out the fact that Hip Hop is more than derogatory language and materialism and that saying it is not poetry is simply idiotic. That is why those, who like to defend Hip Hop as a constructive and positive force, will always come back to this album.

Nasir Jones showed us that Hip Hop is poetry. John Sutherland, a professor emeritus of Modern English Literature at the University College London, recently said in a debate: “I predict that in 20 years, Tupac Shakur will be, along with Walt Whitman, regarded as one of many great modern poets”. Nas showed us a long time ago, that deserves to be on that list as well.

 

 

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Vingts ans après la sortie de Illmatic, retour sur l’un des monuments du Hip Hop

 Le 15 avril dernier Nas re-sortait Illmatic, arrivé pour la première fois dans les bacs le 19 avril 1994. L’histoire d’Illimatic est complexe, l’album a fait date, inspiré et inspirant.  Tout commence par un gamin de 20 ans, brillant autodidacte de Crown Heights /Brooklyn, pas très intéressé par l’école mais qui avait décidé dès ses 15 ans qu’il serait un jour le meilleur. Baptisé nouveau Rakim, Nas essaye de créer le buzz dans les milieux underground de New York depuis mi-1992. Pourtant, peu après sa sortie, le jeune afro-américain n’est pas certain de l’impact de son disque en dehors du ghetto. Difficile d’imaginer que ce premier album produit par DJ Premier deviendrait l’archétype de l’authentique storytelling pour le Hip Hop. 

 Le nom du disque “Illmatic” faisait référence à Illmatic Ice, un ami originaire de Queensbridge en prison, véritable légende de la rue au début des années 1990. “Illmatic” était aussi tout simplement relié à “ill” (fou, sauvage), un mot important du vocabulaire des jeunes de l’époque pour décrire quelque chose de cool, de créatif et d’inspirant. Avec cet album, le but était de donner une vision réaliste de la vie de la rue connue par de nombreux jeunes afro-américains et des épreuves qu’ils devaient subir sans perdre espoir. Lutter sans baisser les bras sonne comme un thème universel de n’importe quel storytelling, attirant pour n’importe qui… même si les épreuves ne sont pas toujours du même ordre. J’ai souvent entendu des gens avouer écouter le titre Memory Lane quand ils sont dans des situations un peu délicates, avant un examen, ou un peu déprimés. La chanson te convint que “toute épreuve à une fin”. Les gens qui doivent se lever les premiers quand tout est encore noir, les gens qui vont se crever au boulot, écoutent cette chanson pour tenir le coup. 

 Pour ceux en dehors des États-Unis qui ont écouté l’album pour la première fois au début des années 2000, il importait peu de vraiment comprendre les paroles. Ce qui comptait, c’était l’émotion et la dramaturgie avec lesquelles Nas racontait son histoire. On la ressentait sans barrière de la langue, à la fois inspirés, amusés et enrichis. Avec Illmatic, Nas a donné des lettres, de l’éloquence et de l’esprit au Hip Hop. Il savait comment donner vie à son message comme personne et transmettre aux jeunes sans éducation que le savoir et le pouvoir de la rhétorique sont des idéaux qui valent le coût. L’album a montré que le Hip Hop est bien plus qu’une langue désobligeante ou une apologie du matérialisme et que prétendre que ce n’est pas de la poésie est seulement faire preuve d’ignorance. C’est pourquoi ceux qui aiment défendre le Hip Hop comme une force constructive et positive reviennent toujours à ce disque. 

 Nasir Jones a prouvé que le Hip Hop relève de la poésie. John Sutherland, professeur émérite de Littérature moderne à l’University College de Londres disait récemment dans un débat: “Je suis certain que dans vingt ans, Tupac Shakur aussi bien que Walt Whitman seront décrits comme de grands poètes modernes”. Nas nous a montré il y a bien longtemps déjà qu’il mérite d’être dans cette liste.