The War on Drugs – Shoegaze romanesque

Sorti d’une torpeur toute relative, difficile de passer à côté du nouvel album de The War on Drugs, Lost in the Dream. Et parce que leur musique évoque à la fois la froideur des grands espaces, et la discrétion évidente d’un groupe qu’on imagine romantique, touchant et naïf, on se dit que ces Américains ne sont pourtant pas signés sur le label Secretly Canadian par hasard.

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Pour définir très brièvement l’univers du groupe, on le décrirait comme empli d’une musique contemplative, guidée par des échos et chorus en cascade qui noie littéralement l’auditeur sans jamais le perdre totalement. Porté par une voix sublime tout en nuance, et par une batterie métronomique et hypnotique qui tient l’ensemble sans jamais perdre pied, la musique de The War on Drugs marie surf, shoegaze et americana avec une élégance précieuse. On ne sait parfois plus trop où on en est, mais le voyage est tellement chouette, qu’on en oublie parfois la destination.

Par sa beauté intemporelle et son attachement à dresser de grandes fresques et paysages sonores à partir de mélodies minutieuses, la musique de The War on Drugs en fait ce que l’on pourrait appeler un groupe de shoegaze romanesque (j’ose l’association improbable, il faut bien tenter des trucs parfois). Et puis ça tombe bien, cette verve et cette réminiscence du bon Bob Dylan nous persuade du goût certain de son chanteur Adam Granduciel (ce nom, sérieusement) pour raconter des idylles en tout genre. Comme si les tournoiements de guitares et les atermoiements de personnages qu’on devinent au moins aussi romantiques et torturés ne faisait qu’un.

Et si l’impeccable prédécesseur Slave Ambient avait bridé les guitares au profit d’une concision parfaite pour les voyages en train/voiture/autre moyen de locomation prêtant à la rêvasserie, Lost in the Dream libère les riffs en folie, s’émancipe légèrement de la folk et multiplie les tempo rapides, les “wow” jubilatoires pour empiler à la folie claviers, guitares, pianos et chant avec une vraie maîtrise.

On pourrait parler des heures de An Ocean in Between the Waves, ce titre parfait de l’album : psychédélisme pied au plancher (façon Here We Go Magic) et aboutissement incroyable d’un empilement presque post-rock de couches musicales enrichissant progressivement un son qui part de rien pour se perdre totalement dans les rêves les plus fous de ces faux canadiens  secrets et totalement passionnants.

Plus fou, plus libre et sans doute moins concis que le précédent, Lost in the Dream porte bien son titre (facile, c’est vrai) et fait de ses défauts de vraies qualités : ce qui passerait aisément pour un manque de concision et une distraction un peu hors-propos renforcent ici les riffs puissants et les ruptures de rythme qui émaillent l’album. Dans une habile fusion du soundwriting et du songwriting, the War on Drugs parvient à créer des atmosphères et mélodies immédiatement saisissantes sans avoir l’air d’y toucher plus que ça, à coup de touches innocentes, d’ambiances discrètes et de nappes planantes (l’incroyable Burning et son chorus immense et surprenant). Un disque qu’on garde précieusement de côté pour les tops de fin d’année.

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