Todd Terje – Le pianocktail des années 80

De Todd Terje, on ne savait que peu de choses, mais on lui faisait aveuglément confiance pour nous surprendre et nous donner une furieuse envie de danser. 99% de cette confiance aveugle dans le producteur norvégien venait très certainement du tube ultime et absolu Inspector Norse.

Après un test sur un échantillon d’auditeurs représentatifs, on a pu en conclure que la culture musicale dudit auditeur importait peu à l’écoute d’un tel tube. D’abord intrigué par les sons totalement kitsch et la pulsation disco du titre en question, l’auditeur passe quasiment systématiquement de dubitatif à amusé pour finir bien souvent conquis envers et contre tout. Effet secondaire : une écoute en boucle prolongée pendant de nombreuses semaines.

On savait donc comment le Norvégien était capable de réunir bien trop facilement le disco et la house (il faut dire que le bonhomme s’était quand même bien entraîné avec l’intégralité de la discographie de Chic, ou pas loin), mais on ignorait qu’il pouvait également en faire de même avec des musiques dansantes d’un autre genre (pour ne pas dire d’un autre univers).

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La pochette de l’album nous aura mis sur la voie : en distillant des soupçons de bossa-nova, des influences d’une culture jazz revendiquée, It’s Album Time procure l’effet house cocktail-ambient attendu, où rythmes chaloupés et martiaux s’entrechoquent, et où les cuivres d’un autre temps et d’un autre continent s’unissent aux synthés analogiques (dont les propriétés semblent décuplées par la force de la moustache de Todd Terje).

De l’ouverture autocongratulante “It’s Album Time !” aux joies du public qui terminent la dernière piste de l’album (Inspector Norse, un titre qu’on ne place pas nonchalamment en fin de parcours, mais bien dans l’unique objectif de susciter l’appel du bouton “replay”), It’s Album Time fait les choses dans l’ordre comme un “vrai” album, avec toujours ce petit plus de kitsch à la limite de l’autodérision. Car Todd Terje n’a pas peur d’appeler son premier album “It’s Album Time !” avec le genre de clin d’oeil facétieux qui le ferait ressembler à un personnage de cartoon des années 70, mi-sur de lui, mi-ridicule par tant d’évidence. Merci mec, mais on imagine bien que c’est l’heure de ton album, ça fait déjà plusieurs mois qu’on l’attend en fait.

Il faut le souligner, bien souvent Todd Terje va beaucoup plus loin que le bon goût l’aurait estimé, il triture ses sonorités et s’amuse d’arpégiateurs hors-propos, sans grand intérêt pour la concision mélodique, l’épure esthétique, ou la cohérence générale. L’important avant tout, c’est d’intégrer jazz, fusion, bossa-nova, et disco dans un vrai voyage électronique rétrofuturiste, et d’unir la force des tubes dansants aux ambiances caractéristiques de BO de films. En somme, de faire prendre conscience des portes entre univers qu’il est possible d’ouvrir, comme en témoigne la superbe reprise par Bryan Ferry du titre de Robert Palmer, Johnny and Mary, ou même l’improbable (et pourtant réussie) titre jazz sous amphétamine Alfonso Muskedunder. C’est totalement assumé, réussi, et on a envie d’applaudir des deux mains (voire de demander à quelqu’un de participer pour applaudir à trois mains).

Le gros atout d’It’s Album Time est de parvenir à nous faire redécouvrir, dans un univers plus vaste, les singles adorés d’un temps (Strandbar, Delorean Dynamite, Inspector Norse). On entre par la grande porte dans l’univers musical d’un producteur ô combien génial, qui a su s’émanciper d’un grand nombre de codes qui formatent la musique électronique d’aujourd’hui.

9

L’album est disponible intégralement sur une plateforme bien connue de streaming vidéo, donc pas d’excuse.