Queen Elizabeth

Lana Del Rey nous a pas mal fait rêver avec les premiers extraits de son nouvel album. Une succession de singles qui rappelait la déferlante similaire du premier album et les Video Games, Born to Die, Blue Jeans... La surprise – mais également les violons et les nappes – en moins.

 

 

Après ce titre “Ultraviolence” délicieusement lanadelresque, après West Coast et les promesses d’une production réalisée par Dan Auerbach, on imaginait presque, gourmands, un album “rock”. Figure de mode, Del Rey surfait parfaitement sur la vague Hip Hop avec Born to Die, elle en remettait donc sûrement une couche un peu plus rock au moment où les têtes d’affiches des festivals européens s’appèlent Jack White, Black Keys, Arctic Monkeys etc.

Cet album est pourtant loin du virage à 90 degrés. Il ne faut pas s’attendre à une révolution fracassante, du type “un album, un personnage, un nouveau genre à explorer”. Sur Ultraviolence, Lana fait du Del Rey. Elle le fait parfois très bien, parfois moins bien que sur son premier album.

En fait, dès les premières notes de Cruel World elle nous ressert ses vieux démons vestimentaires de Born to Die, puis conclut avec triomphalisme, ou second degré, ou un peu des deux:

 

“Put my little red party dress on, everybody knows that i’m the best, i’m crazy”

 

Une chanson longue, très lourde, sans refrain triomphant, des vrais instruments, une voix très rock… Oui mais toujours les même thématiques. La “party dress” de National Anthem, la “red dress” de Summertine Sadness. Effet d’usure oblige, les paroles apparaissent comme une avalanche de niaiseries répétitives.

Money Power Glory et Fucked My Way Up To the Top sont du même acabit. Tout un programme. Une telle démesure, c’est peut-être un pied de nez brillant à son propre personnage. On les avait remarqué immédiatement quand la tracklist avaient été révélée. Del Rey y agace autant qu’elle fascine. Figure ultra-féminine et romantique, “Marianne américaine” décadente, à des kilomètres au dessus des questions féministes ou de prétendus envies suicidaires qui font saliver les tabloïds.

 

 

Ultraviolence commence par séduire. Parce que Cruel World est un pari osé et réussi. Parce qu’avec le titre éponyme la voix de Del Rey ensorcelle comme jamais. Parce que Shades of Cool malgré ses paroles affligeantes de vacuité est probablement la meilleure chanson de l’américaine; cette envolée japonisante et ce magistral solo guitare-voix en guise de final frôlent la perfection. Parce que Brooklyn Baby, aurait dû être enregistré avec Lou Reed comme les paroles le laissent deviner, le tout des plumes dans les cheveux. Et parce que West Coast était un single tout en contraste et plein de promesses. Parce que tout ça, on est toujours amoureux de cette voix. Et puis l’album s’essouffle.

Sad Girl, Pretty When You Cry, Old Money et The Other Woman sont plates et anecdotiques. Elles cassent la dynamique que l’album s’applique à créer. Elles prouvent que la chanteuse n’est pas prête à écrire un album cohérent. Et ces 4 titres bonus… Au final qu’a-t-on retenu du premier opus? Une flopée de singles. Ce sera pareil avec Ultraviolence.

Lana Del Rey est un personnage que s’est créé Elizabeth Grant sur son tout premier album. Elle aura du mal à en sortir. Ultraviolence c’est un peu plus que la nouvelle collection H&M. En sortant un nouvel album, Del Rey, se renouvelle en douceur pour faire taire les dernières mauvaises langues. Une bonne moitiés de chansons qui font mouche, c’est bien assez pour une setlist. On dit qu’elle a cassé la baraque à Glastonbury ce weekend, tant mieux, godspeed Lana Del Rey et vive les “love you forever, gin tonic, ford malibu, pepsi cola, gun and bibles”. On ne va pas mentir, elle exaspère mais c’est comme ça qu’on l’aime.