Mermonte – Deux ans après

Deux ans après, et deux albums de plus, on a re-recontré Mermonte, auteur du fantasque et fantastique ‘Audiorama’ paru chez Clapping Music il a quelques mois. On en avait dit du bien là, et on voulait leur poser quelques questions pour avoir la suite de l’aventure Mermonte.

Mermonte Trio Grenier 1 HD

JNSPUF : Salut Mermonte, ça fait 2 ans qu’on s’est pas parlé dis donc. Quoi de neuf depuis 2 ans ?

Ghislain (guitare, chant) : Ah  ouais, on avait fait une interview au tout début, on avait pas encore sorti le premier album, ça date tout ça ! Ce qu’il s’est passé depuis mai 2012, c’est surtout qu’on a fait une soixantaine de dates en 1 an et demi, on a pas mal tourné en fait.

Régis (guitare, basse) : Ghislain a commencé à enregistrer dès septembre un deux-titres sorti en mars chez Hip Hip Hip, après on a continué les concerts, on a filmé des trucs cools avec la Blogothèque, ce genre de choses.

Ghislain : On a essayé de mener de front l’enregistrement et les concerts en même temps. Et vu que tout le monde bosse pour Mermonte dans le groupe, y’a pas trop de souci à gérer tout ça, on a plus de temps, c’est chouette.

JNSPUF! : Est-ce que l’expérience de la scène a influencé votre manière de composer ?

Ghislain : Oui, au départ on avait un set avec beaucoup d’arrangements studios, et ça nous a appris à faire plus de morceaux “efficaces”, parce qu’il nous manquait des chansons efficaces en concert.

Régis : Il y avait cette volonté d’avoir des morceaux à jouer en live avec 3 ou 4 guitares, avec une idée de pouvoir rajouter des arrangements à volonté, de moduler tout ça en fonction des musiciens qu’on peut inviter parfois en live.

JNSPUF! : Comme pour votre release party ?

Ghislain : Ouais voilà, c’était super, on avait une trompette et une flute traversière en plus ! Mais bon, il nous faudrait beaucoup plus, plusieurs flutes, au moins un quatuor, des clarinettes pour avoir un son plus proche du studio !

JNSPUF! : Pousser carrément vers l’orchestre ?

Ghislain : C’est l’idée oui, plus de morceaux avec des instruments différents.

JNSPUF! : Quel regard vous portez aujourd’hui sur le premier album ?

Ghislain : J’ai aucun regret, je suis toujours très content de cet album, je trouve qu’avec les moyens qu’on avait à l’époque, c’est un super album.

Régis : L’idée de cet album, c’était de sortir le taff de Ghis le plus rapidement possible, et je trouve que c’est bien d’avoir pu sortir ces morceaux en l’état, un peu brut de décoffrage.

Ghislain : Et puis, cet album, c’est aussi l’album qui nous a fait connaître, donc rien que pour ça je pense que je pourrais jamais ne pas l’aimer, vu que c’est la raison de notre mini notoriété.

Régis : Après, c’est sur qu’en réfléchissant beaucoup, tu te dis toujours “ah, tel truc, j’aurais pas fait ça comme ça aujourd’hui”

Ghislain : Audiorama est peut être plus produit et moins brut, mais heureusement que c’est dans ce sens là d’un sens ! (rires)

JNSPUF! : Mais si je ne me trompe pas, Ghislain, c’était pas ta première expérience d’enregistrement d’album donc c’était quand même un peu délibéré, le côté un peu lo-fi, avec arrangements minimum ?

Ghislain : Honnêtement non, c’est vraiment venu comme ça, on a enregistré dans la cuisine de mon pote, c’est surtout les circonstances qui ont donné le son du premier album.

JNSPUF! : Et sur la production, quelle différence entre le premier et et le deuxième album ?

Ghislain : La différence a un peu commencé avec Fanny Giroud, le premier morceau de l’album qu’on a enregistré (avec Romain Pommard, mais qu’on a finalement décidé de ne pas inclure dans ‘Audiorama’). Fanny Giroud, c’est le premier morceau où je me suis un peu plus lâché à mettre des flutes traversières. Avec la petite notoriété qu’on a pu avoir avec le premier album, on a pu choisir quelqu’un de vraiment pro pour enregistrer les flutes et les trompettes. C’était beaucoup plus facile que pour le premier album où le mec te dit “bon écoute tu me fais chier, à vouloir enregistrer ton truc là”.

JNSPUF : Sur la composition des morceaux, vous avez essayé d’avoir une approche piste par piste façon musique de films ou plus de chercher des mélodies à la guitare et d’avoir une structure couplet-refrain-chorus façon groupe de rock ?

Ghislain : J’essaye juste de m’amuser un peu, mais c’est vrai que j’aime beaucoup la musique de films, Enio Morricone, Lalo Schifrin, John Barry, ce genre de choses. D’ailleurs, on va peut être faire une reprise de John Barry. En tout cas, quand je compose j’essaye surtout de ne pas trop conceptualiser, je commence avec un rythme de batterie ou un riff de gratte ou de piano et je brode autour ensuite.

JNSPUF! : Tu composes parfois en partant simplement de la batterie ?

Ghislain :  La plupart du temps, oui. Fanny Giroud, par exemple, c’était un mélange de deux idées différentes que j’ai collé ensemble. Pour la batterie, j’essaye de m’inspirer de trucs genre Tony Allen, des trucs d’afrobeat. On était aussi dans une période de festoche, donc je pensais tout le temps à un truc de gros synthé qui ferait “buuu buu buuu bii bii” et “du di du du duuu” (ndlr : la mélodie principale de Fanny Giroud en bruit de bouche) et du coup on l’a mise à la gratte et on a fusionné un peu tout ça et voilà. Donc, ouais il y a pas de méthode systématique, c’est un peu comme elle vient.

Régis : Comme Noir Désir.

Ghislain : Ouais voilà.

Régis : Sur le dernier album, je lis un peu les chroniques, et on dit souvent que c’est de la musique très cinématographique, et moi j’ai toujours envie de dire oui et non. Vu que c’est instrumental, les gens pensent tout de suite à des BO de films ou à des ambiances de films. Je suis en partie d’accord, mais pas tout à fait, parce que c’est des compositions individuelles aussi quoi.

JNSPUF! :  Ca forme pas forcément une fresque comme une musique de films en même temps. A part peut-être le début et la fin de l’album ?

Ghislain :  Ouais, après on a quand même essayé avec cet album de faire en sorte que les morceaux se suivent pour raconter une histoire d’un bout à l’autre, donc l’impression vient de là je pense.

Régis : Audiorama, c’est un vrai bloc et les enchaînements ont été travaillé pour que ça s’enchaîne.

Ghislain : Et on essaye de travailler nos transitions aussi sur le live, mais ça c’est pour éviter que je parle (rires). J’aime pas trop les concerts où c’est en mode “nanananaa, merci ! la prochaine c’est truc. nanananaaa merci !”. Je trouve qu’il faut qu’il y ait un sens, quelque chose de nouveau à apporter.

Régis : Et il faut dire qu’avec nos changements d’instruments, il faut qu’on assure les transitions pour pas que ça soit trop long.

JNSPUF! : Vous avez envisagé de jouer des parties improvisées entre les morceaux en live ?

Ghislain : C’est compliqué de faire de l’improvisation à 10. Chacun a son style. Curtis va vouloir faire du punk, Astrid du gospel, donc c’est assez difficile. Après, on essaye de faire un peu d’impro sur Jérôme Bessout par exemple, le glockenspiel, c’est de l’impro “dirigée” quelque part. Le violon, la basse et le piano font la basse, et le reste est plus ou moins un tourbillon de notes qu’on essaye de produire.

Régis : Des genres d’accidents gérés en fait.

JNSPUF : Est- ce que vous avez conçu Karel Fracapane comme un single ?

Ghislain : En quelque sorte. C’est un morceau qu’on a composé après une tournée de festoche et ce qu’on disait sur ta première question, c’est un peu ce morceau là qui le montre je trouve. On était dans cette atmosphère d’énergie du live en festoche où les gens veulent du kick, le côté émotionnel et subtil de la musique leur passe un peu au dessus. Mais je critique pas, moi aussi je suis comme ça, j’adore quand il y a du kick en festoche ! (rires)

JNSPUF : Mais, c’est pas un morceau à la signature rythmique classique genre 4/4 non plus ?

Ghislain : Non, c’est pas du 4/4, mais c’est quoi ?

Régis : Du 5/8 je crois.

Ghislain : C’est pas du 7/4 plutôt ?

JNSPUF! : J’avais compté 7.

Régis : Ah ouais peut-être alors. Tu vois au bout d’un moment on sait plus.

JNSPUF! : Vous ne savez pas ?

Régis : On réfléchit pas trop à ça, on suit juste si c’est binaire ou ternaire et le reste honnêtement pour jouer, on a pas besoin de le savoir.

Ghislain : J’essaye toujours de mettre un peu de hasard dans la musique que je compose. J’ai fait musicologie et ça m’a un peu dégouté de la musique en fait. Même si j’ai appris pas mal de trucs, j’ai vraiment peur de savoir que “là je vais faire une cadence parfaite à ce moment là et que tiens là je vais faire une quarte parce que ça va être joli”. J’aime bien faire des trucs parce que ça sonne joli et pas trop théoriser. Si le batteur me dit “tiens là t’as fait du 5/4”, c’est pas que ça m’intéresse pas, mais j’ai pas envie de le savoir.

Régis : Ca me rappelle un truc marrant, sur un des commentaires Youtube de la vidéo de Monte, il y avait des américains qui se prenaient la tête pour savoir en quelle signature était le morceau. (ndlr : imitation du dialogue fictif de commentaires) “Mais non c’est du 4 ! Mais non c’est du 7 ! Mais non c’est du 5 !”.  Le truc, c’est que le morceau est en polyrythmie, donc selon ce que la personne prend en compte pour compter, elle se fait avoir ! C’était très drôle à lire du coup.

JNSPUF! : Comment est-ce que vous avez associé les noms de chansons et les noms de gens pour Audiorama ?

Ghislain : Ca dépend pas mal. Jérôme Bessout, par exemple je l’ai composé parce que c’est un peu notre chaman, et c’est un gars tout le temps dans les étoiles, donc il fallait que la chanson soit un peu mystique, un peu aérienne. J4ai d’abord pensé à quelqu’un pour composer. Mais pour Florian Jamelot, c’est venu après avoir composé un morceau qui faisait très musique de films. Et vu qu’on aime bien la musique classique avec Florian Jamelot, les trucs comme Eyvind Kang ou Fred Frith, j’ai appelé le morceau comme ça.

JNSPUF! : Tenter d’associer des gens et des musiques, c’est plutôt une chouette idée en tout cas.

Ghislain : Je trouve que ça marche pas mal, ouais. Bon, sauf pour Gaëtan Heuzé, mais il me fera une reprise de la chanson en version punk-rock un de ces quatre. Il trouvait que le morceau était encore un peu gentillet.

Régis : Ca manquait un poil de crunch, c’est clair (rires).

JNSPUF! : Et vous avez appelé Audiorama en référence au panorama d’influences, ou au panorama des gens ?

Ghislain : Ah ça, je pourrais pas te répondre, c’est pas moi qui ai choisi le nom.

Régis : C’est pas moi non plus ! Mais bon il se trouve qu’on avait un album avec que des noms de potes, donc on s’est forcément demandé comment on allait l’appeler ? “Classe verte”, ou “5eB”, ça en jette moyen quoi (rires).  Et après on s’est dit qu’il y avait pas mal de styles musicaux représentés, donc oui l’idée du panorama musical en quelque sorte. On voulait un truc semi-retro à l’époque. Ca reste assez flou cette explication, en fait (rires).

JNSPUF! : C’est quoi la question qu’on vous pose trop ?

Ghislain : “Pourquoi Mermonte ?”

Régis : Ouais, mais moins maintenant quand même. Peut être genre : “Pourquoi vous êtes aussi nombreux ?” Là t’as envie de leur dire “T’as écouté l’album ? Tu penses qu’on va faire ça à 2 ou à 3 ?” (rires)

Ghislain : Dans l’ensemble, on a a un peu passé les périodes interviews découverte, donc maintenant quand on a droit à des questions trop bateau, j’avoue que j’y réponds plus, j’ai pas envie de faire mon gros con, mais bon ça fait chier à un moment.

Régis : Ou sinon des questions genre “Alors, la mer monte ?”. Les trucs où tu sais pas quoi dire en fait (rires). Mais dans l’ensemble, les journalistes font attention, ça va.

JNSPUF! : Et la question qu’on ne vous pose pas assez ?

Ghislain : Des questions un peu technique peut-être ? “Pourquoi tel morceau est fait en tel temps ?” Mais ça intéresse personne à part les musiciens.

JNSPUF! :  Les questions de musicologue, ça manque à beaucoup de groupes.

Ghislain : Les Inrocks nous avait fait décrire toutes les chansons d’Audiorama, je trouve ça intéressant, j’aime bien.

Régis : On ne nous pose jamais de questions sur nos instruments, tiens. Sur notre set up. On est tous un peu de geeks de matos.

JNSPUF : Et donc vos instruments préférés ?

Régis : Ahaha ! Alors, moi j’ai un ampli Orange à réviser, faut que je change de baffles, ma gratte est bien mais faut encore que je change quelques micros.

JNSPUF : Quelle gratte ?

Régis : Une Jazz master.

Ghislain : (du tac au tac) Quel modèle ?

Régis : Classic Player.

Ghislain : (toujours du tac au tac) T’as changé les micros ?

Régis : J’ai changé les micros, pour gagner des hauts médiums.

Ghislain : Faut dire aussi qu’on est un peu sponsorisé par Crust, la marque de pédales du bassiste de Totorro qui nous aide bien.

Régis : On gagne pas d’argent avec hein ! (rires) On les aident juste un peu, ils nous font des supers pédales customisées, en échange, c’est plutôt cool.

JNSPUF! : Vous partagez des références avec Totorro ?

Régis : Ouais, on a habité avec eux pendant quelque temps, et on leur a fait écouté de petits groupes anglais bien cools, genre Color, ça leur a foutu une bonne claque, et ils s’en sont pas trop remis, ça se ressent sur leur nouvel album (cf. Home Alone).

Ghislain : Et Do It Over It aussi.

JNSPUF! : Le chant de Totorro est passé un peu au second plan aussi j’ai l’impression avec ce nouvel album non ?

Régis : Ouais c’est vrai, et ça me rappelle LA question qu’on nous pose trop : “Pourquoi y’a pas de chant dans Mermonte ?” (rire commun et communicatif) Ca revient un peu trop souvent.

JNSPUF : (faussement innocent) Mais pourtant y’a du chant sur vos morceaux.

Ghislain : Ouais, mais c’est traité un peu autrement, c’est pas un lead. On essaye d’en faire un instrument à part en quelque sorte.

Régis : Et c’est ce que fait Totorro actuellement aussi. CQFD.

JNSPUF! : Dernière question, c’est quoi la suite pour Mermonte ?

Ghislain : On doit tourner un film en novembre.

Régis : On a des dates de release party à venir, un ou deux festivals cet été et à la rentrée, on entame la tournée de l’album. Et en projet, un clip mais où on sait pas encore quel morceau et quel clip faire.

Ghislain : Et puis le film de Hugo Jouxtel et d’Henri D’Armancourt de la Blogothèque aussi. Pas mal de projets mais rien de définitif.

JNSPUF : De la musique de films ?

Ghislain : Oui, je suis en train de voir un truc avec Hugo Jouxtel justement, et aussi un projet de Mermonte Orchestra.