Silence d’or

Un producteur, un beatmaker et un chanteur. On s’était enthousiasmé à propos de Sisyphus au printemps, le side-project pop/hiphop de Sufjan Steevens et Son Lux. Dans un genre très différent mais tout aussi passionnant, on écoute en boucle depuis quelques semaines le premier album d’un autre trio, The Acid. Un travail d’équipe qui magnifie chacun de ses membres pour donner un autre album hybride à la croisée du rock et d’une électro parfois douce, souvent rugueuse.

Minimal, luxuriant, lo-fi, expérimental ou évident, Liminal est un album aussi mystérieux qu’attirant. Si l’identité globale est forte – une même ambiance feutrée mais viciée s’en dégage, une même production délicate et appliquée – les titres offrent par contre un spectre d’expérimentation très large. Si l’influence de Burial, les voix de James Blake ou Thom Yorke semblent être les références les plus valides, The Acid se plait à brouiller les pistes avec des morceaux tour à tour très rock, très électroniques ou très expérimentaux.

Les premiers titres laissent présager un album ambitieux aux structures complexes, pleines de tension. Un charme un peu mystique s’en dégage – les influences sont variées, du post-dubstep au RnB – le tout est parcouru d’une belle assurance. Et puis Creeper remet tout à plat dans une démarche assez radicale à la Mondkopf: agressif, nerveux et minimal. Ce n’est pas pour autant une posture comme le témoignent d’autres titres plus lumineux (Fame, Red) ou le reste de l’album.

La suite, c’est une collection de titres souvent à l’opposé les uns des autres, avec deux axes importants qui se dégagent. D’abord des basses structurantes, rampantes, qui construisent, soutiennent les morceaux et leur donnent une dimension électronique forte. Elles ancrent profondément les chansons pour mieux laisser les mélodies s’élever. Plus important encore: une utilisation parfaite des silences (Tumbling Lights, Clear). Les morceaux se déploient lentement, tout en retenu, s’arrêtent, recommencent, ne cèdent jamais à la facilité et préfèrent s’évanouir tout en retenu ou changer de tempo (Ghost, Feed).

Autre élément remarquable, l’utilisation des instruments acoustiques qui viennent s’encastrer dans un carcan à dominante électronique. Une guitare sèche s’associe à un heartbeat sur RA mais surtout Basic Instinct pour donner le meilleur titre de l’album qui n’est autre qu’un single rock. Comme d’autres avant eux – on pense évidement à Alt-J – ils transforment l’usage et la place donnée aux instruments. En mettant en avant une voix ou un murmure, telle percussion ou tel arpège, The Acid donne une profondeur et identité très particulière à leur premier LP Liminal qui trônera en très bonne place dans les tableaux de chasse fin 2014.