La lune n’appartient à personne (même pas à Moodoid)

(Petit challenge : une chronique de l’album de Moodoïd sans utiliser le mot “psychédélique”, c’est parti)

Il se passe quoi exactement dans la tête de Pablo Padovani & Moodoid ?

A l’écoute du Monde Möö, le premier album de Moodoid, on serait tenté de répondre “beaucoup trop de choses”. Excroissances enfantines, tentacules jazzy, délires sans queue ni tête, mariage de genres improbables, et même expérimentations sonores en tout genre, l’écoute du disque m’a forcément un peu rappelé ma découverte il y a quelques temps de ça de la discographie d’Animal Collective, et de ses trésors d’inventivité régressive, enfantine et inquiétante à la fois (les drogues, c’est pas que planant et euphorique).

L’écoute du disque ressemble à une plongée sans oxygène (et donc un peu à la limite de l’asphyxie hallucinatoire) dans le cerveau fou de Pablo Padovani, qui n’a clairement pas eu grand chose à foutre des considérations du genre : “une idée, une chanson” ou “rester concis pour rester audible”.

Si quelques chansons rappelent le style Moodoïd tel qu’on avait pu l’imaginer pour ce premier album (le single La Lune, franche réussite et digne évolution des titres qui figuraient sur le premier EP), certaines sortent complètement du lot et des cases pré-établies.

Et parmi les titres les plus étranges, Machine Métal, un croisement hautement improbable du kitsch 80s le plus assumé et du lo-fi bruitiste et déglingué style Sleigh Bells, carrément jouissif et aussi complètement bordélique. Enfin, “bordélique” ne signifie pas grand chose à l’aune de l’overdose Bongo Bongo Club.

Car si jusqu’ici, la première partie de l’album comportait son lot de bizarreries amusantes mais somme toute appréciables, le doute saisit violemment une fois que Bongo Bongo Club est lancé. De l’appropriation culturelle à gogo et un mélange de genre qui tourne à la bouillie musicale, serait-on devenu frileux ? Ce mélange indistinct africanisant et orientalisant, ces beats hip-hop, ces cuivres bien trop criards, est-ce que tout ça est bien honnête ? Faut-il nécessairement en faire trois tonnes de bizarrerie pour être entendu et remarqué ?

Le disque enchaîne pourtant avec Les chemins de traverse, vraie réussite et quasi-exception du disque où sonorités, rythmiques et paroles se complètent et se répondent. Pour un peu, on penserait presque à un livre-audio version pop. Sur la forme, c’est brillant et sur le fond, c’est atypique et mélodieux. Quelques morceaux se succèdent (dont une collaboration plutôt réussie avec Kevin Parker de Tame Impala sur Yes & You), mais rien n’évoque la brillance du titre précédent ou de l’amusant single La Lune. On se surprend même à se lasser un peu des batteries qui étirent le temps, et du caractère mollasson des mélodies.

Un détail retient l’attention pour terminer : cette stéréo maxi format qui parcourt le disque et qui donne presque l’impression d’être loin de la musique, tellement le son est splitté.  Si on était de mauvaise foi, on pourrait extrapoler et métaphoriser la chose. A trop vouloir jouer les savants fous des effets, Moodoid perd sans doute un peu le contact avec l’auditeur.

Au final, ce Monde Möö est une sacré bizarrerie qu’on imagine mal ré-écouter d’une traite mais qui réserve quand même quelques trésors (bien) cachés.

6/10