Alt-J, ouate de phoque ?

Avis de décès par Cassius et Greenwood.

Oreille méfiante. Ce This is All Yours, deuxième album d’Alt-J annoncé avec tambours et trompettes, après l’écrasant succès du premier album, nous l’avons approché avec prudence. Après avoir teasé avec un, deux puis trois morceaux (sérieusement les mecs ? autant mettre l’album direct en avant-première, ah oui, vous l’avez fait aussi pardon), on s’est dit qu’avec une promo pareil, il fallait pas louper l’occasion d’écouter ce nouvel album. Bon, on a quand même loupé l’occasion, mais ça doit être notre esprit de contradiction.

Pour une fois, il n’y aura pas de critique pour/contre, car on n’a pas réussi à trouver de volontaire pour défendre ce deuxième effort. Ces premiers singles nous ont laissé un sentiment étrange. Hunger of the Pine semblait présager une évolution intéressante du son du groupe alors que les deux titres suivants (Left Hand Free et Every Other Freckle) nous laissaient plus dubitatifs (enfin pour ce qui est de Left Hand Free, plutôt “daube” que “itatif”).

Pourtant un peu effrayés par ce qu’on va découvrir, quelques jours après la sortie, on se plonge dedans, et on distingue une caractéristique évidente du disque : il rentre pile poil dans la case des deuxième albums ratés. Plus ou moins la même chose qu’avant, en beaucoup moins inspiré et avec des travers mainstream inquiétants. On serait d’abord tenté de dire qu’Alt-J “expérimente”, mais impossible de se défaire de l’idée qu’ils font surtout n’importe quoi (un blues sur Left Hand Free), en espérant que quelque chose passera pour “expérimental” ou “novateur”. C’est finalement surtout une mainstreamisation dans le plus mauvais sens du terme avec toujours ce Left Hand Free en exemple : on a d’abord cru à un hoax du groupe ou à des pressions de la maison de disque. Mais non, fièrement, les Anglais ont défendu leur second single.

Quand on dit plus ou moins la même chose qu’avant, on veut surtout parler des travers du groupe qui sont volontairement accentués ici : la fragilité des harmonies et leur manque de lien avec le reste de l’instrumental (“joli mais gratuit”), de sérieux troubles de l’attention (c’est ici qu’on peut ranger les constructions alambiquées et l’attirail de genres improbables qui figurent dans le curieux bestiaire de This is All Yours), et une sorte d’aspiration à casser les tensions créées. Cette introduction de l’album qui contient au moins quatre introductions à l’introduction, on en parle ? Et que vient faire cet intermède ridicule Garden of England entre deux titres douteux ?

Bon, pour les amateurs du premier album (et on en était, ô combien fans de An Awesome Wave), on trouvera toujours des petites bribes de ce qu’Alt-J savait bien faire : basses ronflantes, beats “hip-hop”, choeurs nasillards, guitares légères et délicates, etc. Mais à part ce sentiment d’être en terrain connu, peu de vraies chansons marquantes sont malheureusement au programme de This is All Yours. On se console vaguement avec Hunger of the Pine (en tentant d’oublier son sample improbable qui fait la paire avec le “Assassin de la Police” sur Bloodflood Pt. II) avec Every Other Freckle (malgré le break/chorus qui donne dans le solo de flutes de pan) ou encore le trio des Nara qui sont les trois très bonnes chansons de l’album.

Globalement, la deuxième partie de l’album est toute de même beaucoup plus inspirée mais ça ne suffit pas à nous enthousiasmer : les chansons restent difficilement identifiables, très monotones et semblables.

Avec un nom pareil, on est forcément tenté de penser qu’Alt-J a mis bout-à-bout un bric-à-brac de choses jolies, bizarres ou un peu entre les deux, en se disant : bon, débrouillez-vous avec ça les gars, il y aura peut être un truc qui vous plaira, non ? Et oui, effectivement, mais c’est pas vraiment comme ça que ça marche normalement. Plus triste encore, c’est ce sentiment qui commence à nous habiter. Et si ce premier album on l’avait mal jugé, trop enjolivé ? On l’a sûrement juste trop entendu mais on ne vous conseille pas d’écouter la discographie du groupe en aléatoire : les chansons de This is All Yours ont tendance à tirer vers le bas leurs petites soeurs de An Awesome Wave.