Can’t do Without Caribou ?

Quand un live report très en retard devient à nouveau d’actualité.

 

Demain soir, Caribou va clôturer le Pitchfork Music Festival. Nous n’en serons pas, Cassius ayant privilégié la soirée de jeudi – avec Notwist, Mogwai, James Blake ou Jon Hopkins – on lui pardonnera. Heureusement, on a eu la chance de voir les canadiens immaculés à Amsterdam il y a quelques semaines. On peut donc en parler sereinement et mettre l’eau à la bouche aux chanceux qui seront de la party demain à la Villette.

On avait quitté Caribou cet été à la Route du Rock (à lire ici). Conquis, on en voulait plus, on a bien fait. Sans les contraintes horaires festivalières, le canadien joue plus long, plus fort et son nouveau set fait la part belle à ce troisième album qui met tout le monde d’accord. Les Our Love, Can’t do Without You ou Back Home ont droit à des versions live toutes neuves. De  Andorra à Our Love, il a su trouver l’équilibre parfait entre l’énergie de la performance live, et la précision et l’inventivité du producteur. Dans sa lente dérive de la pop à l’EDM, sa grande force a été d’humaniser son set en gardant un bassiste-chanteur, un batteur et un clavier. On aura forcément envie d’en appeller à la fusion des univers Caribou / Daphni (side-project house et disco de Caribou) pour expliquer le nouveau son d’Our Love, mais ça serait peut-être un peu facile. A la vérité, Caribou a peut-être tout simplement grandi et muri. Au point même de pouvoir jouer avec les codes du genre.

En témoigne à merveille les deux emblèmes minimaux Our Love et Can’t Do Without You. Deux titres contemplatifs, qui répètent inlassablement des phrases simples, évoluent à la marge et font sens live. À l’image d’un concert crescendo, c’est d’ailleurs avec Our Love, Silver et Mars qu’il démarre le set. Il crée une langueur rêveuse en enchaînant sur Found Out, All I Ever Need et Bowls, mixant à merveille l’ancien et le neuf. En guise d’intermède, Jessy Lanza – qui s’était illustrée dans une première partie très à-propos – pose ensuite un peu timidement sa voix sur Second Chance. Et puis c’est l’avalanche, tout ce que Caribou a fait de mieux en quelques minutes. Doucement mélancolique, la salle s’éveille dans un murmure. Jamelia, Back Home, Odessa, Your Love Will Set You Free et Can’t Do Without You font danser de la fosse aux balcons remplies de hollandais déchainés (et) sous MDMA. Caribou c’est avant tout un groupe, qui sait se passer de Snaith sur l’habituel clou du spectacle Sun, lorsque le leader s’écarte plusieurs minutes et esquisse une danse un peu timide, le sourire aux lèvres en regardant son groupe couvrir les boucles sous leurs instruments.

On avait vu Caribou live pour la première fois en première partie de Radiohead. Et on peut juger du bonheur visible de Daniel Snaith, heureux d’enfin connaitre plus qu’un succès d’estime. Et nous aussi, on est content pour lui. C’est plutôt pas mal de headliner le Pitchfork et de faire danser la Grande Halle de la Villette.