Childish Gambino – Le hip-hop est pop maintenant.

Donald Glover a.k.a Childish Gambino a compris que le Hip Hop devient de plus en plus pop et joue avec cette idée. Alors que les rappeurs des années 1980 et 1990 venaient des ghettos de Compton ou du Bronx, ceux d’aujourd’hui sont de plus en plus souvent des ados-stars devenus des monstres de lyrisme éduqués et venant de bonnes familles. Certains y voient une perte d’authenticité et ils ont sûrement un peu raison.

Mais depuis toujours, ce sont surtout les gamins des classes moyennes qui écoutent du Hip Hop dans leurs banlieue résidentielles. À un moment ou un autre, ces mêmes gamins allaient s’emparer de cette musique qui les avaient inspirés dans leur jeunesse. Cette nouvelle meute de rappeurs menée notamment par Drake et Mac Miller n’évoquent par les mêmes sujets que NWA dans les années 1980, tout simplement parce que leur vie est totalement différente.Ils ne se rebellent pas contre la société, ils s’y adapte et font avec. L’introspection est leur plus grande préoccupation et tous les soucis qui viennent avec. Avec ce développement, ces rappeurs ont fini par se considérer comme des artistes aux intérêts divers et mènent des projets dans différents domaines avec des formes d’expression très différentes.

C’est le cas de Childish Gambino qui vient de sortir une nouvelle mixtape « STN MTN » ainsi que l’EP Kauai. Ce nom vient de l’endroit où il a grandi, à Stone Moutain en Géorgie et où ils vit aujourd’hui. Dans le milieu Hip Hop, Gambino est scruté de près depuis ses premiers titres mis en lignes en 2008. Jouer dans de la série télé Community et faire du stand-up ne l’a pas franchement aidé à être considéré comme un rappeur de premier plan. Mais depuis la sortie de son deuxième album Because the Internet et son recentrage sur le rap, il reçoit de plus en plus d’attention. Il a pris le temps de trouver son identité artistique. Aujourd’hui il semble avoir mis la main dessus et s’y consacrer pleinement. Pourtant il répète constamment qu’il ne veut pas seulement être un rappeur et se contenter de faire du surplace mais aussi qu’il veut évoluer artistiquement très librement.

La peur de la solitude, de l’engagement sentimental et la volonté d’introspection, le tout saupoudré d’une pointe d’arrogance et d’humour, c’est la recette schématique du travail de Gambino. Sur ces dernières chansons, il ajoute le thème de l’éveil et du sommeil. STN MTN commence par une phrase de ‘Bino qui explique que le meilleur de nous-même ressort au réveil après un rêve marquant. C’est à ce moment qu’on est le plus proche de notre identité réelle selon ‘Bino parce que la pression de tous les jours n’a pas encore surgi.

Sur The Pallisades, il chante « Love don’t really happen ». Ce qui doit résonner aux oreilles de beaucoup de jeunes gens à la vingtaine. Le monde est vaste, plein d’opportunités – sans doute trop – et l’amour se dérobe quand on craint de se lier à quelqu’un en ayant toujours l’espoir d’un vie meilleure. Sur Sober, il continue sur cette lancée.

La bonne humeur contagieuse de Retro qui joue avec un rythme simple très années 1980, illustre la capacité de Gambino à ne pas s’enfermer dans la thématique de l’épreuve et du combat.

Gambino a reçu des critiques très sévères sur cette mixtape pour avoir voulu trop mélanger les genres et surtout pour sa reprise de U Don’t Have to Call de Usher. Cela illustre surtout son audace. Car un vrai artiste ne catégorise pas les autres, et ne se range pas dans une case. Un vrai artiste expérimente. Il suit son instinct quoi qu’il arrive.

Bien que ce ne soit peut-être pas la meilleure production de Mr. Glover, c’est assurément la plus intrigante. L’influence de Kanye West est omniprésente sur la scène Hip Hop, tout comme celles de Frank Ocean et de Kendrick Lamar. Gambino combine leurs techniques et crée une Hip Pop irresistible, et ça le place dans la liste des grands d’aujourd’hui.

9outof10