Pitchfork Festival I & III

Le festival placé sous le signe bon chic bon genre hipster, année 2. Pour l’année 1, voir ici.

Jour 1.

On arrive devant une foule clairsemée et on constate d’emblée que ce jeudi soir n’a pas déchaîné les foules, malgré une programmation quand même au top. Bon après, 50 bouloutes pour 7 groupes, dont 2 qui ne nous sont pas donnés de voir pour cause d’horaires pourris, on peut comprendre.

Premier concert de la soirée : The Notwist qui attaque d’emblée avec cet étrange mélange de punk-pop-électronique-expérimentale (oui, on est perdus) dont ils savent jouer, à mi-chemin entre des vocaux doux et délicats façon Phoenix des années 2000 et des sons franchement barrés, qu’à défaut on nommera “industriels” pour leur côté acéré et métallique. Une jolie scénographie, minimale et efficace, à l’image de leur musique. Douce puis rugueuse, apaisée puis énervée comme jamais, la musique de The Notwist cultive les paradoxes et les expérimentations, dans un contrepied permanent totalement jouissif. Le tout sans délaisser pour autant une sensibilité de vrai romantique. Grosse, grosse claque que ce concert des Berlinois bien trop rares sur scène.

La suite, c’était The War on Drugs, déjà croisé cet été à la Route du Rock. Rien n’a vraiment trop bougé du set, mis à part peut-être une énergie un peu plus communicative, et un groupe visiblement plus content d’être là qu’à Saint-Malo (y’a pas la Tour Eiffel, OK, mais c’est sympa quand même la boue non ?). Lost in the Dream, leur dernier album plus rythmé et springsteenien que les albums précédents fonctionne toujours aussi bien en live (Red Eye, tube indéniable, et An Ocean Between the Waves, cette grande chevauchée qui a ma préférence personnelle), mais petit regret malgré tout de n’entendre pas plus de morceaux du non moins excellent Slave Ambient. Mais c’est la vie et les sets de 50 minutes qui sont ce qu’ils sont.

Qu’allait donc pouvoir faire Mogwai ? Attente mêlée à l”excitation et l’appréhension. C’était pourtant la troisième fois que les Ecossais tentaient de venir à bout de mes tympans, et que je résistais vaillamment (avec l’aide fortuite de bouchons en mousse, mais c’est pas rock’n’roll apparemment). Gros suspense cette fois, pas sur la capacité de mes tympans à résister, mais bien sur le rendu du dernier album Rave Tapes, que je n’arrive pas à écouter autant que les prédécesseurs. Mais non, rien à faire, la puissance scénique démultipliée de Mogwai donne une vraie ampleur et une force au dernier album, bien moins présente en CD. Le spectral Heard about You Last Night, l’inquiétant et lumineux Remurdered, et le classique Deesh. Un final splendide avec les excellents Mexican Grand Prix et We’re No Here, que demande le peuple ?

Mogwai_live_RFH_2014

 

Grosse attente également du côté de Jon Hopkins qui a sorti avec Immunity probablement l’un des albums électro que j’ai le plus (tardivement) écouté l’année dernière et cette année. L’introduction du set rappelle les ambiances de paysages industriels désolés qui peuplent son univers et pose d’emblée une ambiance particulièrement pesante. La première moitié de set est fantastique, brillante, menée de main de maître par Jon Hopkins qui manipule ses Kaossilator avec une dextérité quasi-surhumaine, créant et tordant ses propres compositions pour leur donner un aspect mutant et poétique à la fois. Et c’est sans doute le mieux avec Jon Hopkins : la manière de faire naître de sons particulièrement agressifs et austères une certaine légèreté et grâce. La deuxième moitié du set est plus conventionnelle et sans doute moins distinctive, mais après l’enchaînement parfait Open Eye Signal – Collider, le gars pouvait même passer du Coldplay, on se serait pas plaints. Ah bah tiens d’ailleurs, c’est ce qu’il a fait.

Crooner chargé de clôturer ce premier jour, et vraie tête d’affiche digne de ce nom, James Blake revenait sur les lieux du crime et dégainait son plus beau piano pour l’occasion. Comme à son habitude, les beats ultra lents (l’un des seuls à faire apparaître aussi nettement le lien entre “dub” et “dubstep” soit dit en passant) et lancinants sont au programme. D’abord captivé, je me mets à divaguer légèrement. Sans être fan absolu, il faut reconnaître que l’Anglais livre une très belle performance. Et je ne dirai pas que c’était quand même un peu soporifique après Jon Hopkins. Ou alors juste vite fait comme ça en passant (ne me jetez pas de cailloux svp).

Jour 3.

Un samedi qui affiche complet, et finalement une place de dernière minute, je dis oui. Premier concert de la soirée, les doux frapadingues de tUnE-yArDs. Mélange amusant et convaincant de r’n’b, hip-hop, musiques traditionnelles et même rock (aussi un peu), le groupe de Merrill Garbus fait forte impression. Plus que l’univers-fusion original et stimulant du groupe, ce qui frappe le plus c’est sans doute la vraie force qui habite le groupe, capable de convaincre véritablement le public de ce bon droit à taper partout, crier sans micro, et jeter leur univers musical bien particulier à la face du monde. Le mieux, c’est que ça donne indéniablement de la force et de la conviction au public qui se prend ça dans la tronche.

José Gonzalez, c’était très mignon et joli de loin avec une bière. Ca devait être chouette aussi de près. Mais il fallait quand même se mettre en jambe pour Jungle, qu’on attendait X1000 pour les avoir beaucoup écouté avant la sortie de leur album (un peu moins après). L’avantage d’avoir un paquet de tubes funky en diable, c’est qu’il est plutôt facile de mettre l’ambiance. Un tube sur deux grosso modo, dont les excellents The Heat, Busy Earnin’, Time & consorts, et in fine, un album qui montre son vrai visage de machine à tubes. Ca donnerait presque envie de réviser son jugement sur l’album (qui s’était pris une sacré taule sur Pitchfork d’ailleurs, c’est rigolo).

Caribou, c’était vraiment, vraiment bien. Pour plus de détails, voir ici. Oui je sous-traite mon article à Greenwood, même pas honte.

C’est encore remué par l’incroyable final du set de Caribou (ballons ! ballons partout !) qu’on se dirige péniblement pour prendre l’air, et soudain, un son s’échappe de la petite scène où Four Tet est déjà lancé à plein régime. De l’inconvénient d’une mécanique trop bien huilée, parfois c’est bien de prendre des pauses sur 8h de concerts non-stop. Après réflexion, il s’avère que je suis en train de louper Sing. Rush rapide dans les premiers rangs, pour profiter de la seconde moitié de chanson tout aussi exceptionnelle que la première. La suite est un enchaînement de bass music et de minimale dans le pur style de Four Tet : riche et épuré à la fois, avec des samples obsédants et étranges, sans compromis, mais moins expérimental ce que j’avais pu imaginer. Un vrai set cohérent et varié qui donne envie de se plonger d’avantage dans la discographie de Kieran Hebden.

Jamie XX, après un DJ set réjouissant mais pas franchement très distinctif à la Route du Rock, on craignait un peu que les deux heures de set passent relativement lentement. Si quelques petites pépites sont distillées au compte-goutte (et notamment un joli remix de Can’t Do Without You en forme d’hommage à Caribou passé une heure plus tôt sur la même scène), il reste que l’on ne peut s’empêcher d’être un poil déçu. On est sans doute trop exigeants. Et il se pourrait aussi que Jamie XX soit finalement un bon DJ, capable de jauger l’ambiance et les attentes du public et de leur proposer des titres adéquats (en l’occurence du gros son).

Et parce qu’il serait franchement malhonnête de conclure sur cette dernière impression en demie-teinte, on peut quand même souligner une programmation excellente d’un bout à l’autre. Ca ferait presque oublier les demis à 4€ et les toilettes sans porte avec hammam à la sueur en option. De rien.

(Crédit photo : Black Kite)