#19 – Top Greenwood

 1. The Acid – Liminal

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Liminal on a beaucoup beaucoup aimé. Minimal, luxuriant, lo-fi, expérimental ou évident, c’est un album aussi mystérieux qu’attirant. Une ambiance feutrée mais viciée s’en dégage. Les basses sont structurantes, rampantes, elles construisent, soutiennent les morceaux et donnent une dimension électronique forte. Elles ancrent profondément les chansons pour mieux laisser les mélodies s’élever. Les silences sont d’or. Les morceaux se déploient lentement, tout en retenu, s’arrêtent, recommencent, ne cèdent jamais à la facilité et préfèrent s’évanouir tout en retenu ou changer de tempo. Autre élément remarquable, l’utilisation des instruments acoustiques qui viennent s’encastrer dans un carcan à dominante électronique. The Acid transforment les usages, mettent en avant une voix ou un murmure, telle percussion ou tel arpège. Si bien qu’on était sûr de revoir le trio américano-anglo-australien sur les podiums de fin d’année. Et bien voilà, c’est tout simplement le meilleur album de l’année à mon avis. Celui qui tient la distance, celui qui continue de surprendre, de fasciner même.

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2. Real Estate – Atlas
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Real Estate est probablement le groupe au plus grand talent mélodique de ces dernières années. Cette surf pop mélancolique, ils la maîtrisent à la perfection. Les notes de guitare s’égrènent à merveille sur des mélodies tellement évidentes. Cela semble si facile, comme s’ils pouvaient créer des ritournelles à l’infinie. Atlas tout comme son prédécesseur Days apaise, fait sourire sans être totalement léger, et triomphe dans la simplicité.

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3. Iceage – Plowing Into the Field of Love

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Comment un groupe d’ado punk est-il devenu si mature? Les Danois ont tout remis à plat. Pas très subtils le temps de deux albums, ils deviennent les rois des oppositions et des entre-deux. Les morceaux de deux minutes nés d’une demi-idée ? À la poubelle. Iceage développe des formats longs, lourds, bancals à souhait. Pianos, violons, saxophones et trompettes font naître un esprit baroque surprenant. Désormais le disgracieux laisse souvent sa place au gracieux. Toujours punk, toujours efficace mais tellement plus. Ce troisième album est certes tourmenté mais surtout lyrique et décadent. C’est la métamorphose de l’année. 

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4. Cloud Nothings – Here and Nowhere Else

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Cloud Nothings fait toujours dans le format court. Here and Nowhere Else, ce n’est que huit titres et 32 minutes. Mais quelle déflagration. Avec un peu plus de matière, ils auraient surement trôné bien plus haut dans ce classement. Les Américains développent leur rock lo-fi de manière encore plus efficace et extrême que sur leur troisème album Attack on Memory. Basique, percutant mais finalement très intelligent, Cloud Nothings semble incapable de sortir un mauvais titre. On ne jure que par leurs finals explosifs, en crescendo tendus. Le meilleur groupe de rock des dernières années. On valide la barbe du chanteur.

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5. Caribou – Our Love

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2014, ça restera l’année Caribou. Le nouveau roi de l’EDM. Ce quatrième album met tout le monde d’accord. Les Our LoveCan’t do Without You ou Back Home sont autant de nouveaux hymnes qui font frémir les foules dès les premières boucles. De The Milk of Human Kindness à Our Love, il a su trouver l’équilibre parfait entre la pop et l’électro. Dans sa lente transformation, sa force a été d’humaniser la dance music, en live comme sur disque. Un grand monsieur. 

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6. Damon Albarn – Everyday Robots

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Damon Albarn transforme en or tout ce qu’il touche. Cette fois, il s’est probablement pas mal touché… et bien lui en a pris ! Ce premier album solo après une carrière qui croule sous les projets brillants et les contributions à gogo est une merveille de pop minimaliste. On redécouvre la voix du chanteur de Blur avec joie. Avec Everyday Robots, Albarn dévoile une nouvelle facette, souvent émouvante. Sa palette musicale semble décidément sans limites.

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7. Sharon Van Etten – Are We There

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Sharon Van Etten compose toujours des folk-songs tristounettes avec le même talent. Moins timide que son troisème album Tramp, Are We There est remarquable d’homogénéité et rempli d’une émotion singulière qui parcours des love-songs délicates mais graves. Et quelle voix charmante. On n’est pas loin de Lykke Li, c’est juste mieux. Et puis écrire une chanson qui s’appelle Our Love l’année du triomphe de Caribou, c’est culotté.

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8. SBTRKT – Wonder Where We Land

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Après le triomphe de son premier album, SBTRKT continue son travail de synthèse post-dubstep entre le RnB et rythmes électroniques. La production est toujours parfaite – c’est son boulot en même temps. Les vocalises de Sampha sont encore au rendez-vous mais Aaron Jerome invite également le meilleur de la pop (Polachek, Koening) et du hip-hop (A$AP FERG, Raury). Il expérimente beaucoup plus, dans toutes ces directions. Et la prise de risque est payante, Wonder Where We Land est encore plus intéressant que son premier effort.

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9. Sisyphus – Sisyphus

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Sisyphus, c’est l’ovni de l’année. “Un rappeur black de Chicago, un songwriter blanc de Detroit et un producteur à lunettes arty” voilà comment Sufjan Stevens qualifie ce projet un peu fou. Ryan Lott aka Son Lux – chef d’orchestre beatmaker et Stevens aux mélodies/harmonies se sont mis au service de Serengeti, porte-étendard et voix dominante de ce qu’il faut bien appeler un album de rap – ou plutôt un album de deux petits génies de la pop qui s’essayent au hip-hop. Le trio s’en sort à merveille, Sisyphus est bourré de choses passionnantes et innovantes. Une parodie remarquablement élaborée. 

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10. Ex aequo: Owen Pallett – In Conflict / The Antlers – Palace. 

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Ils sont sensibles mais pas de la même façon, ils font toujours des choses de qualité, des mélodies appliquées. C’est très dur de les départager. L’un est un virtuose du violon, les autres forment un groupe indé américain qui enchaine les albums réussis. Owen Pallett est toujours aussi barré, survolté et inventif. The Antlers naviguent désormais entre ombre et lumière, enfin ça ne sera jamais gai-gai. Owen Pallett accompagnera les premiers bourgeons au printemps. The Antlers est à garder pour les longues nuits d’hiver.

Un aperçu ici (Owen Pallett)

et ici (The Antlers)