Panda Bear – Odyssée style

Maître à chanter des harmonies diverses et variées, Panda Bear Meet the Grim Reaper marque le retour de Panda Bear, éminent membre des fantastiques Animal Collective. Et si on a fait figurer Mr Noah (premier titre de l’album disponible) dans la liste des chansons de 2014, on était loin de se douter que Panda Bear Meet the Grim Reaper avait encore bien mieux à nous proposer.

Quatre ans après le voyage embrumé de Tomboy, on ne peut qu’approuver un retour aussi triomphal. Panda Bear y revient plus nostalgique et mature que jamais, avec sa science des harmonies qui fait frissonner les aficionados (j’ai même failli verser une petite larme, allez y jetez moi des cailloux).

Jamais évidentes, les mélodies sont pourtant omniprésentes, c’est incontestable. Il fallait bien cet album pour nous balancer un enchaînement aussi parfait : Mr Noah – Crosswords – Butcher Baker Candlestick Maker – Boys Latin, brrr.

Bruyant, inquiétant, et pas forcément très accessible pour une oreille non avertie, l’album est pourtant ce que Noah Lennox a fait de plus direct, rythmique et incroyablement pop depuis bien longtemps. Prix du WTF pour l’intro de Come to Your Senses et pour ce beat hypnotique au son bien cheap et typé années 90 qui fait penser à un truc du genre ‘acid house’ (enfin ce que j’en imagine en tout cas).

Mais au delà de la surprise de retrouver un panda sacrément en forme et éveillé, on distinguerait presque une volonté d’épure esthétique sur la très belle ballade fantomatique Tropic of the Cancer ou sur Lonely Wanderer où le piano liquide et désorienté rappelle Feels, splendide album d’Animal Collective (et largement sous-estimé, si vous voulez mon avis).

Au bout de l’album, on finit par avoir l’impression que la voix et les mélodies enchanteresses de Noah Lennox nous guident à travers l’obscurité et tout un tas d’obsessions inquiétantes pour le bruit, le bizarre, et les miroirs de la réalité, déformants forcément. Odyssée style, un peu. Et il y a forcément de la beauté qui se dégage de tout ça, sa voix claire amplifiée, multipliée, harmonisée, luttant titre après titre contre ces vieux démons, et s’interrogeant sur la famille, la vie, la mort, et pleins d’autres trucs philosophiques du même genre. Genre Principe Real, qui parle de chiens de berger (une métaphore habile). En soit, le contraste est un peu étrange entre la pochette de l’album colorée et psychédélique et son titre (“j’ai rencontré la faucheuse, mais je me suis dit que j’allais faire une pochette rose et bleue quand même”), mais il prend tout son sens au fil de l’écoute.

Et si j’aime beaucoup quand Animal Collective se donne à 200% dans le psychédélisme bruitiste, j’aime encore plus quand ils en reviennent avec pleins de bonnes idées pour pervertir des pop songs et en faire des titres éblouissants, surprenants et solaires. Et c’est à peu près pour la même raison que Panda Bear Meets the Grim Reaper risque très certainement de devenir mon album préféré de Panda Bear.