TV on the Radio – Devenir vieux

TV on the Radio (TVOTR pour les mordus d’acronymes), Seeds. Sorti en 2014, passé relativement inaperçu. Plus de 10 ans de carrière, 5  disques au compteur, et une réputation de papas barrés qui ne faiblit pas.

Alors qu’apparemment le difficile deuxième album est objectivement difficile pour les groupes (merci pour ces études à la con les mecs, ça fait passer le temps sur Internet), TV on the Radio n’a pas eu l’air de complexer particulièrement avec ce cinquième disque. Seeds développe avec la simplicité et l’inventivité qui a fait leur reconnaissance, l’univers plus lumineux qu’on apercevait déjà sur le précédent Nine Types of Light.

Pourquoi parler aujourd’hui de cet album ? Pour prendre le temps de l’écouter, tout simplement. Et aussi parce que tout l’intérêt de Seeds vient du fait, qu’après toute cette carrière bien remplie, les gars de TV on the Radio avaient à la fois tout et rien à prouver, ce qui fait qu’on alterne entre le “à quoi bon en parler” et le “il faut dire au monde entier que TV on the Radio est toujours à 1000%”.

Tout et rien à prouver donc. Rien à prouver pour moi, car ce qui pourrait remettre en cause leur rang de musiciens géniaux et joyeux défonceurs de tout ce qu’on pourrait appeler “style musical”, n’a plus tellement prise aujourd’hui. Mais paradoxalement tout à prouver, car qui dit carrière qui s’allonge, dit public attentif et aux aguets sur les errements, la baisse de régime ou les répétitions (et je fais partie de ce public). Et sur Seeds, il se passe quoi ? Se pourrait-il que TV on the Radio “sème” la suite, se tourne vers la relève, et prépare le terrain pour l’avenir ?

De la part d’un groupe qui a construit son univers comme un gigantesque labyrinthe où une porte pop se trouve être un faux plafond soul, où l’electronica sort des tiroirs en voulant jouer la corde sensible du rock FM, on peut se demander quand même ce que veut dire “vieillir”. Au vu de l’album, on se dit simplement que les tensions latentes capables de retourner l’estomac se font peut-être moins fortes, et que l’atmosphère générale du disque se fait plus radieuse, moins menaçante. Plutôt optimiste pour le futur du coup, tout ça.

Mais si les tensions sont moins vives, l’énergie et la folie furieuse créatrice des quatre ne se fait pourtant pas moins intense, bien au contraire. Plus synthétique, toujours au bord de l’explosion ou de l’implosion, et jamais à court d’idées. Deux exemples (mais tous les titres mériteraient leur petit bout de phrase plein d’adjectifs) : le splendide Ride, modèle d’intro maîtrisée parfaitement et de tension admirablement gérée, et Careful You, qui rappelle les évidences pop de Halfway Home ou Second Song, peut-être un cran au dessus dans l’épique. Deux titres qui prouvent encore s’il le fallait, qu’on n’arrête pas la créativité de TV on the Radio, mais qu’ils sont pour autant toujours capable de titres accrocheurs et efficaces (Could You, Happy Idiot, Winter, etc.).

Si les titres présents sur Seeds sont moins saisissants qu’à la première écoute de Desperate Youth, Bloodthirsty Babes (l’effet de surprise en moins, eh oui, ce bon vieux poncif), on reste impressionné par la foi de TV on the Radio pour continuer à explorer, ouvrir des ponts, jouer des codes et des effets de modes et de genres, alors qu’un simple disque de bonnes chansons réduites à leur plus simple appareil aurait été si facile (peut être même qu’on l’aurait acclamé aussi ici d’ailleurs, parce qu’on est des sacrés pigeons parfois, qu’on se le dise).

Le choix du titre de clôture éponyme est très parlant par ailleurs. TV on the Radio clôt son album (avec Seeds, donc) sur un immense titre progressif et hypnotique, construit tout en courbes mélodiques qui font déborder le vase, pas avec une goutte, mais avec carrément un torrent de mélodies pop enchevêtrées. Amusant clin d’oeil aux tout premiers titres du groupe, morceaux pop enregistrés à l’arrache sur un 4-piste tout pourri, avec ce genre de polymélodies. Une forme de boucle bouclée, si on veut.

Et aussi parce qu’après avoir affirmé leurs ambitions face au soleil (Staring at the Sun), TV on the Radio évoque le retour aux sources et à la terre nourricière, je verrais bien ce titre comme aboutissement de leurs efforts et de leur carrière. Bon le truc embêtant, c’est que j’aime trop TV on the Radio pour leur souhaiter de s’arrêter là, donc si je peux me tromper totalement dans mon pronostic, ça m’arrange aussi d’un sens.

Bon et je ne l’apprendrais sans doute à personne ici, mais quand un type viendra se plaindre auprès de vous que “décidément, on a plus de groupes comme [insérer ici un groupe de vieux croûtons] aujourd’hui”, merci de lui filer la discographie de TV on the Radio. Ca devrait lui couper le sifflet. N’hésitez pas d’ailleurs à vraiment utiliser l’expression “couper le sifflet”, c’est une manière efficace de communiquer avec les gens qui sont vieux dans leur tête.

7/10