Superpoze – Une belle première porte

C’est cette semaine sort Opening, après une pelletée d’EPs parus depuis plusieurs années, et un gros respect de notre part pour l’ensemble des morceaux publiés par Superpoze jusqu’ici. Ce premier album semble être l’occasion d’explorer de nouvelles pistes, et de faire mûrir un son, d’abord très influencé par le hip-hop, puis de plus en plus diversifié.

D’abord très hip-hop, puis hip-pop glacé (Iceland Sound EP), et enfin torsions électroniques pleines de contraste (le somptueux Jaguar EP, déjà traversé d’une nostalgie cinématographique superbe), la discographie du jeune producteur est déjà bien remplie.

Opening est finalement la suite logique du précédent, et constitue en même temps une petite rupture par son souhait d’épure esthétique. Au programme : lubie du piano et des grands espaces déserts. Dans la droite lignée de : Jon Hopkins nécessairement, mais avec quelques signatures Superpoze reconnaissables (travail des batteries, polyrythmie douce, batteries intriquées, soin apporté au tempo lent). Les mélodies sont d’une mélancolie profonde, mais elles occupent malgré tout moins le devant de la scène qu’auparavant.

Par souci de sonner “mature” peut-être, les nouveaux morceaux s’attachent d’avantage à une texture de son, et à en dire plus avec moins (de couches, d’instruments, etc), et à créer une cohérence d’ensemble. La lubie du piano, instrument pur par excellence, est clairement l’arme idéale pour les compositions du (désormais) Parisien. Les quelques lignes mélodiques éparses, habilement disséminées, portent l’ensemble du court album d’un bout à l’autre.

Du titre éponyme à Home is Where I am en passant par le single Overseas d’une beauté glaçante, on ne peut pas nier la grande cohérence et le sens esthétique de ce premier album.

C’est beau, c’est classieux, c’est mélancolique, et c’est brillant à beaucoup d’égards (ce décalage rythmique sur Unlive, chouette), mais alors d’où cette impression de déjà-vu, de léger flottement ? A la vérité, on ne peut s’empêcher de penser qu’il manque un peu de folie malgré tout, dans une machine déjà trop bien retenue et trop bien huilée ? Le travers de l’album de producteur qui scrute les sonorités et les textures plus que les mélodies ?

Avec un titre qui suggère l’ouverture à de nouveaux horizons, à de nouvelles portes, à de nouvelles, on aurait envie d’imaginer que cet album est délibérément léger et “vide”, pour laisser la place à des sophistications à venir. Qu’il n’est qu’une première porte ouverte sur un champ de possibilités (comme le laissait penser le deux-titres enregistré avec Stwo). En tout cas, c’est une belle première porte.