Django Django – Chronique d’un deuxième album ordinaire

Même si j’en écoute assez peu dans l’ensemble, j’aime beaucoup les mixtapes et playlists faites par des artistes. Bon dans 20% des cas c’est chiant (mais ça nous intéresse moins), et dans 80% des cas c’est cool, et ça permet de mieux voir où un groupe souhaite aller.

django django

Il y avait eu l’excellente mixtape très sobre du claviériste de Foals intitulée Tapes, surprenante à beaucoup d’égards, et celle, sans nom et pour un obscur blog, de Django Django, que j’avais retrouvé aux détours des Internets.

Les Ecossais y faisait un savant étalage de genres et sous-genres complètement obscurs, et d’une vraie érudition en matière de musiques expérimentales. Pas grand chose de très pop n’y figurait, mais il y avait ce qu’il fallait niveau funk tropical minimaliste, pop éthiopienne des années 70 ou proto-rap US indépendant (leur Late Night Tales était du même acabit, en plus électro malgré tout).

Rétrospectivement, c’était sans doute la plus grande force de Django Django sur leur premier album éponyme : se faire passer pour un groupe de pop innocente, mais malgré tout capable de totalement subvertir le concept à coup de sample vocaux chelous, de références hip-hop, ou de batteries bancales et assortiments de genres improbables ressortis de derrière les fagots.

L’avantage de ce qui est avant tout une grande richesse, c’est qu’on pouvait difficilement s’attendre à quoi que ce soit sur Born Under Saturn, leur deuxième album, tant les directions possibles semblaient multiples. Et si ce deuxième album reste fidèle aux harmonies estampillées Django Django, il va sans doute plus loin que le premier album, qui restait assez cadré dans la structure.

Après avoir éclatés les sons, disséqué des bouts de genre musicaux pour jouer avec, les gars d’Edimbourg passent à la vitesse supérieure en dézinguant ce qui leur restait : la structure des morceaux. On retrouve toujours ce côté très bancal des compositions, assemblées à partir de brics et brocs, mais on reste en terrain connu et on sait que cela peut fonctionner souvent très bien.

Et pourtant après plusieurs écoutes, relativement demandeuses (54 minutes d’un enchevêtrement de directions contraires et d’harmonies complexes et changeantes, quand même), le côté sérieux et trop harmonisé de l’ensemble a eu raison de moi. Leurs velléités pop semblent s’être envolées, l’heure passe et les chansons restent hermétiques. Il y a bien First Light qui finit par rentrer dans la tête et quelques fulgurances en début de parcours du genre Found You (ce beat hip-hop accompagnés de chants grégoriens bien WTF comme il faut) ou Vibrations qui touche la nostalgie d’Animal Collective du petit doigt (mais se perd dans des changements d’accords bien trop nombreux).

Ce qui partait à folle allure avec une ambition dingue (un début de parcours pour le moins intéressant) s’étire en longueur(s) et aboutit à un deuxième album ordinaire, avec quelques bonnes chansons, une barre placée haut, et un résultat en demie-teinte.

Et en guise de réconfort, on pourra toujours se dire qu’il vaut mieux un deuxième album raté par trop plein d’idées, qu’un deuxième album raté par manque d’idées.