Primavera Sound: c’est déjà l’été!

Barcelone, 25°C, les pieds dans l’eau, on était le weekend dernier à Primavera Sound, le Saint Graal des festivals printaniers. Une orgie indé sponsorisée par Pitchfork – et aussi Heineken, Ray-Ban, Adidas et H&M… Primavera c’est trois jours de musique de 17h à 6h du matin, une dizaine de scènes, tellement de groupes à voir et encore plus à louper, des choix cornéliens et pas mal de frustration. On a sué, mangé des hots-dogs tièdes, pris de vilains coups de soleils dans le cou et couru d’une scène à l’autre… mais on a quand même loupé entre autres Battles, Dan Deacon, Dixon, José Gonzalez, Jungle, Panda Bear, Patti Smith, Perfume Genius, Richie Hawtin, Ride, Sun Kil Moon, Swans, Sylvan Esso, The Pastels, The Soft Moon, Tony Allen et Unknown Mortal Orchestra. De retour d’Espagne, on vous brosse donc un portrait plus qu’incomplet des highlights de ce qu’on a pu voir de cette édition qui marquait les 15 ans du festival.

DAY 1

Le concert de Childhood (lire ici) commençait à peine qu’on entrait dans l’enceinte déjà bien garni. Une carte format A4 en main, c’est finalement 20 minutes de marche plus tard qu’on arrive en face de la relève de l’indie-pop anglaise dont les refrains (Falls Away et Solem Skies) marchent déjà très bien sur la grande scène. On se dirige ensuite vers la scène Pitchfork où – de manière très originale – on passera une grande partie de notre festival. S’y succèdent Twerps, Viet Cong et Ought avec diverses fortunes. Les australiens de Twerps sont “gentils” mais pas franchement inoubliables. Viet Cong délivre une prestation bien plus calibrée qu’au début de leur tour (lire ici). Ils sont moins inhibés et surtout moins surpris par l’attente et l’enthousiasme du public suscité par la qualité de leur premier album. Plus compact, leur set est aussi plus cohérent et fluide. Ils ne sacrifient pas pour autant leurs digressions interminables avec un titre (Death) qui prend à lui seul un tiers du concert et à l’issu duquel leur génial batteur doit éponger ses mains ensanglantées par l’effort. Malgré une sono un peu faiblarde, Ought emballe pas mal avec son rock foutraque et son chanteur déguingandé et jemenfoutiste à souhait. Mais la grosse claque de la journée nous viendra tout en douceur 20 minutes de marches plus tard, avec le concert d’Antony and the Johnsons. Qu’il soit accompagné par un petit orchestre de vents et cuivres ou seul au piano, la beauté de sa voix est hypnotisante. Alors qu’on pourrait craindre un concert un peu assoupissant, on en ressort tout chose.

copyright Eric PamiesOn se dirige d’un pas léger vers The Back Keys, la tête d’affiche du soir. C’est à un concert indigent que l’on assiste un peu surpris. Le son est trop bas, les balances complètement déséquilibrées au profit de la guitare de Dan Auerbach – à tel point qu’on entend à peine le batteur dont c’est le premier concert après une luxation de l’épaule en début d’année… On s’échappe donc en plein milieu pour quelques minutes de Simian Mobile Disco avant le clou du spectacle, 20 minutes de marches plus tard, James Blake qui séduit autant par sa maîtrise qu’il laisse par moment de marbre.

 

DAY 2

Pas un mauvais concert en ce deuxième jour. La journée commence en plein cagnard avec le punk basique mais efficace des filles de Ex Hex – groupe à ne pas confondre avec les basiques mais pas efficaces The XX. Un de nos coups de coeur de ce début d’année le très #pitchfork Tobias Jesso Jr. les remplace sur la-dite scène. Le concert du grand dadais aux faux-airs d’adolescents avait tout pour être un désastre complet: de gros problèmes de son, du vent, une scène voisine bruyante. Au final, c’est un désastre musical mais un super moment. Plein d’auto-dérision et seul sur scène, il comprend vite que personne n’entend le son de son piano et se saisit d’une guitare, invite le public à chanter avec lui et joue sur le côté tragicomique de sa performance. Le sourire au lèvre, on part écouter quelques titres de Belle & Sebastian. Marrant, le public de fans trentenaires se déhanchent sur les sonorités pop voire dance des écossais. On s’échappe un peu avant la fin et 20 minutes de marche plus tard, on arrive vers la grande scène et Sleater-Kinney. Les américaines de Portland, comme tout droit sortit des années 1990, signent une performance à la hauteur de l’excellent nouvel album qu’elles ont sorti au début de l’année. Super musiciennes, super chanteuses, le live est très inspiré – leurs nouveaux morceaux se fondent très bien avec leurs chansons plus anciennes.

Sleatter Kinney 02 Eric PamiesOn sacrifie Alt-J qui en concert ne rend rien (lire ici et ici)  et 20 minutes de marche plus tard, on se prépare pour la prestation d’Ariel Pink réputé pour être méchamment allumé. On ne sera pas déçu. Ariel est aussi fou que ses musiciens. Il crie, il saute, il pleure, il chante aussi un peu. Niveau ambiance, ça crowdsurf du premier au dernier rang. Les chansons de son dernier album parviennent à s’extirper de ce maelstrom déglingué qui part dans tous les sens. Il finira avec la robe de son batteur – qui lui ne porte plus qu’un bikini vert qui ne cache pas grand chose de son anatomie. Dubitatifs pendant 10 minutes et on est finalement enthousiastes pendant le reste du show. Jon Hopkins finit de nous casser les pattes avec un set sombre, mélodique mais brutal accompagné par une cohorte de jolies danseuses et de cerceaux lumineux.

 

DAY 3

DIIV 01 Dani CantoPour bien finir on arrive tôt, afin de voir Younghusband, un groupe que l’on suit depuis un moment (lire ici) et qu’on apprécie beaucoup. C’est une première pour nous et c’est une énorme déception. Ils jouent peu de chansons de leur pourtant très bon premier album, ils sont empruntés et à 17h, les quelques dizaines de courageux qui se sont déplacés ne semblent pas convaincus. Nous non plus. Tout le contraire de DIIV qui nous donne envie de nous replonger dans leur unique album Oshin. PS: Doused live est une sacrée bombe !
20 minutes de marche plus tard, la dernière ligne droite promettait beaucoup avec à la suite Mac DeMarco, Foxygen, Interpol et The Strokes. Le canadien rigole beaucoup, chante pas mal et reprend Coldplay alors que le soleil se couche sur Barcelone. Une prestation sans surprise mais dans le bon sens du terme. Foxygen portait pas mal de nos espoirs de la journée mais le groupe les réduit à néant dès les premières notes. Le chanteur s’amuse bien lui, il crie, il crie, il crie, il saute dans un public plus que perplexe. On reconnait à peine les titres et le concert se transforme en pièce de théâtre loufoque quand deux guitaristes font mine de se battre en pleine chanson ou carrément commencent à jouer aux cartes. Le public n’adhère pas, c’est raté. Et puis, on a 15 ans à nouveau le temps de deux concerts et trois petites heures. On voit pour la première fois Interpol et The Strokes live. Les deux groupes jouent le meilleur des albums qui ont fait nos années 2000. La classe d’Interpol n’a d’égale que les tubes de The Strokes. Les deux groupes New Yorkais sont propres et pros, ils n’ont pas pris une ride, enfin à part Julian Casablancas qui avec son maillot du Barça, sa dégaine d’alcoolique et ses cheveux teintés rouge n’a pas l’air d’aller au mieux. Les yeux pleins d’étoiles, on quitte le festival.

Anthony and the Johnsons – copyright Eric Pamies
Sleater-Kinney – copyright Eric Pamies
DIIV copyright – copyright Dani Canto