Paimpol : on dirait le Sud

Tous les deux ans, un festival dénote légèrement dans notre été festivalier : le Festival du Chant de Marin. Difficulté supplémentaire : il tombe souvent au même moment que la Route du Rock.

Et s’il y a quand même plus rock’n’roll que ses vieux grisonnants qui se tiennent par les bras et qui tanguent en rythme sur des vieilles chansons de marin,  heureusement, le Festival du Chant de Marin, c’est (beaucoup) plus que ça. (Pour l’ambiance générale, et notre avis sur l’ensemble, voir aussi ici.)

Vendredi

On y était pour les trois jours, et tout commence avec le concert star du week-end auprès d’une certaine frange du public : Hugues Aufray. Pas franchement indé, ni tout à fait moderne, comme truc, il est vrai. A l’heure de Google Traduction, on ne saisit pas toujours bien l’utilité de chanter du Bob Dylan en VF, mais à une époque ça a du avoir son utilité, donc respect des anciens, tout ça. Et puis contribuer à la diffusion des musiques folk et traditionnelles du monde entier en France et en français est un but tout à fait louable, donc allons-y pour un +1.

Piaza Francia prend le relais sur la grande scène pour une collaboration qui semble aller de soi tellement l’ensemble est cohérent. Les beats néo-tango de Gotan Project, la voix suave et majestueuse de Catherine Ringer, un petit moment de flottement en milieu de parcours, mais rien qu’un détour par les Rita Mitsouko ne saurait rattraper. Classique et sans faute.

A suivre sur la grande scène, Anna Calvi qui faisait quand même partie de nos attentes les plus fortes du festival, car toute l’équipe n’avait pas encore eu l’occasion de voir la timide Anna manier la guitare électrique. A l’image de son univers, le concert joue des nuances et des coups de griffe d’une artiste fascinante, totalement libérée et débridée une guitare à la main, perdue et timide lorsqu’elle quitte son personnage. Guitariste bluffante, voix hors pair, et univers singulier, on ne peut pas tellement faire autrement qu’être fasciné.

Alors qu’on attendait pas spécialement grand chose sous le cabaret Michel Tonnerre, on doit reconnaître avoir été très impressionnés par PROWPUSKOVIC, joyeux bazar multistyle à base de klezmer, musique des Balkans, beats hip-hop, contrepieds rythmiques et voix rauque (de rigueur pour ce genre de musique) qui conclue une première soirée très chouette.

Samedi

On arrive juste à temps pour Whiskey & Women, qui réussit l’exploit de faire écouter de la musique cajun à tout le monde, et faire en sorte qu’ils en redemandent. Il suffit donc de blagues nulles sur le whisky, d’une vraie sympathie communicative, d’une casquette gangsta et de quelques modernisations du répertoire, et c’est parti.

Déjà croisé il y a deux ans au même endroit, Rachid Taha était à nouveau en piste pour cette édition, en compagnie de Rodolphe Burger, pour un duo nommé Couscous Clan (si vous vous posez la question, visiblement, Rachid Taha était très fier de sa blague, car il nous l’a ressorti un bon paquet de fois). Passablement alcoolisé (ce doux euphémisme) comme à son habitude, Rachid Taha mène un concert toujours aussi surprenant, à la fois complètement bancal et sûr de son coup. A travers tous les univers musicaux explorés, le grand écart est permanent entre raï, reggae, folk et rock mais reste toujours aussi passionnant à écouter. Les quelques reprises new-wave de Rodolphe Burger et sa guitare pas toujours très subtile ne m’ont pas donné franchement envie d’en écouter plus sur ce bonhomme, mais bon, c’était quand même appréciable d’avoir un Alsacien campé sur ses deux pieds quand Rachid commence sérieusement à tirer des bords.

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Le temps d’apercevoir le chouette projet Carol Delgado Lorka Electroword hispanico-arabisant sous le cabaret et c’est déjà The Broken Circle Breakdown Bluegrass Band qui prend la suite sur la grande scène. La foule présente fait état de la popularité démesurée que peut prendre un genre de musique pourtant confidentiel lorsqu’il se trouve intégré à un film reconnu internationalement (Alabama Monroe). Le concert le plus attendu des festivaliers était clairement à la hauteur des attentes, avec un répertoire country et bluegrass touchant et varié interprété avec humilité. La chanteuse Veerle Baetens le dit elle-même : “auparavant je croyais que la musique country, c’était le truc chiant des oncles et tantes en repas de famille, et en fait c’est plus que ça”. On confirme. La belle histoire du casting devenu groupe, la sincérité et la modestie d’une troupe visiblement ravi d’être là, et une musique rayonnante font le reste.

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Dimanche

Le dimanche s’ouvre sur le traditionnel concert des Souillés de Fond de Cale. En compagnie du Bagad de Plouha (comme souvent), pour dire qu’on a pu écouter au moins un vrai concert de chant de marin. Il est facile de les écouter, mais paradoxalement assez simple de les éviter tout au long des trois jours, tant le reste de la programmation est foisonnant. Bon, il y a plus désagréable, comme bonne action à faire dans la journée.

Et parce qu’il fallait rester dans l’ambiance, un groupe de Normands aura su éveiller notre intérêt sur le bateau Fée de L’Aulne. Avec pas mal de second degré, une bonne énergie et des compositions bien foutues, Strand Hugg nous a redonné la motivation nécessaire pour affronter la foule des festivaliers du dimanche.

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Après Rachid Taha la veille, c’est Souad Massi, un autre grand nom de la musique algérienne, qui a livré un concert délicat et poétique à l’image de son répertoire unique de chansons folk issues de tous les continents. Le genre de concert qui redonne (un peu) foi en l’humanité, en fait.

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On a ensuite assistés (totalement bluffés) au concert des Polonaises de Wbrew Pozorom, à qui on donnerait plus ou moins 15 ans de moyenne d’âge, et qui s’avèrent être à l’aise pour chanter et jouer de beaucoup trop d’instruments en même temps sur un registre pour le moins improbable pour leur âge.

Last but not least, le Rossignol de Dakar, le maître Youssou N’Dour, le chanteur devenu Ministre de la culture, le militant des droits de l’Homme de longue date, pour un incroyable show à la sénégalaise d’un musicien devenu star sans se renier d’aucune manière. Visuels, musique, performance, hymnes intemporels, tout y est dans ce concert parfait pour clôturer ces trois jours.

Et pour conclure, un bien beau morceau. C’est cadeau.

Crédits photos : Clément B.