Foals – Au fond du trou ?

Un des premiers commentaires qui mentionnait What Went Down, le nouvel album de Foals tentait de se dépêtrer de l’idée selon laquelle ce disque sonnait comme Coldplay période X&Y. “Mais attention, monsieur, pas du Coldplay nul guimauve et tout, non le Coldplay bien”. Sans être dingue de ce X&Y susmentionné (on ne s’appelle pas tous Greenwood hein), force est de reconnaître que What Went Down est un album qui tend les bras à la pop romantique, celle-là même qu’on craignait de voir débarquer à la suite d’Holy Fire. Sont-ils pour autant au fond du trou ? Deux avis (mesurés) pour vous faire votre idée.

Cassius

Ce qui entraîne Foals vers les bas-fonds du cheesy, c’est bien souvent leurs velléités épiques, et leur abandon de l’énervement et de la frustration comme moteur musical. Et on trouve trace des deux sur cet album. Mais alors, est-ce de la pop romantique comme d’habitude ou “l’album le plus intense qu’on ait jamais composé” (dixit Yannis Philippakis=le chanteur/guitariste) ? Comme souvent, le leader de Foals nous vend leur nouvel album en soulignant le bruit et la fureur qui devrait en ressortir. Et à chaque fois, il s’enflamme un peu. OK, c’est souvent le cas pour les singles. OK Inhaler envoyait sa dose de stoner énervé, OK What Went Down est parvenu à nous surprendre avec sa rage rentrée mais dévastatrice. Mais le reste ? Le reste, c’est du Foals liquide, comme on en avait déjà eu une bonne grosse pelletée sur Holy Fire. Du “suffisamment bien composé et appréciable pour ne pas avoir l’impression qu’ils se moquent de nous”, mais du “relativement convenu” quand même.

On ne va pas dire que c’est mauvais (loin de là, c’est Foals quand même, ces mecs savent groover quand il le faut), on reste juste sur notre fin devant les feux d’artifices que peuvent être certains titres (le bouquet final A Knife in the Ocean), et les refrains passablement mielleux qui en accompagnent d’autres (Lonely Hunter). Le groupe s’autorise quand même quelques petites évolutions, comme pour Snake Oil – un blues rugueux qui ne leur va pas si mal – ou la très chouette Night Swimmers au riff élastique et aux incursions dance façon Caribou qui rappelle que les gars d’Oxford n’ont pas totalement abandonné le navire. Même s’ils semblent plus se reposer au calme dans une barque que tenter les embardées en rafting.

MKC

Qualifier What Went Down de « pop épique de stade » serait sous doute largement déplacé. Cet album ruisselle d’étincelles subtiles au détour de couplets moins en vue ou de ponts peu (ou mal) écouté. Mais il est clair qu’en apparence, ce projet est fait pour plaire. Loin des risques pris par Antidotes ou Total Life Forever, Foals reste ici largement consensuel. Je pense surtout au début de l’album tournant autour de « bons gros riff saturés » (What Went Down) ainsi que de chansons très pop en la présence de Mountain At My Gates ou Birch Tree. En tentant une analyse comparée avec Holy Fire, on y retrouve les principaux ingrédients, une piste très agressive suivie de deux titres plus pop (Inhaler suivi par My Number et Bad Habits sur Holy Fire). Mais ce nouveau projet n’a pas le temps pour les fioritures, l’attaque directe de What Went Down, titre éponyme, surprend et déçoit un peu tant j’avais aimé l’atmosphère apportée par le Prelude de l’album précédent. C’est peut être la principale différence avec Holy Fire finalement, plus le temps pour plonger l’auditeur dans l’atmosphère, plus besoin peut-être aussi ? Faudrait-il écouter What Went Down à la suite d’Holy Fire, non pas comme une seconde partie d’un même projet, mais comme une véritable suite ?

Passée la première partie un peu fade, on trouve de quoi satisfaire notre intérêt. Je vous parlais d’étincelles, la première serait sans doute les textes de Philippakis sur Give it All (Give me a time but not an age (…) Give me the way but not the means (…) Give me the words but not the page, Give me it all). Un appui de notre théorie selon laquelle cet album viendrait compléter un long travail de recherche de Philippakis ? Une écriture habile en tous les cas, jouant sur la forme et le fond de sa formule.

Voici l’heure de mes plus grands compliments. Les trois titres suivants sont pour moi la principale réussite de l’album (ainsi que le conclusif A Knife in the Ocean, autre perle, mais vous allez finir par le savoir). Foals semble subitement s’attacher à un rock plus sale, type Hanni El Khatib tant dans le chant que pour la guitare principale sur Snake Oil, qui aurait pu être une potentielle voie à suivre pour avancer vers un son un peu plus nouveau. Sans transition aucune, fait suite à cela un rappel de la grandeur du Foals de Total Life Forever, Night Swimmers que je pense être LA piste parfaite de l’album. Entre une batterie très intéressante (un peu oubliée sur l’album d’ailleurs), une intro nous rappelant l’origine mathrock du groupe et un refrain tout en puissance. Cette piste reste à mon avis la plus complète de leur travail. Ce trio se conclut sur une piste bien plus calme, London Thunder, qui rappelle évidemment les Late Night ou Stepson du 3e album. On constate que Foals est toujours capable de nous transporter par une balade atmosphérique. On aurait surement pu qualifier cette chanson d’un peu simplette, mais elle nous touche. N’est-ce pas ce qui compte après tout ?

Et même si on est là pour parler musique, soulignons quand même que le visuel de ce projet est loin d’être moche, et que le clip d’A Knife in the Ocean est très beau et approprié.

En résumé

Cassius

On sait que Foals sont des bosseurs, des acharnés, capables de progresser dans toutes sortes de directions. Mais au final, peu importe leurs intentions de départ et leur bonne volonté consacrée à composer des disques sérieux les uns après les autres, What Went Down sonne exactement comme Foals. Les petites guitares millimétrées, les solos funky plus relâchés qui avaient fait leur apparition sur Holy Fire, les ballades depuis l’espace pour laisser le claviériste s’éclater pendant un moment, les batteries non-conventionnelles-mais-efficaces, tout y est. Ce qui en fait un album certes confortable et appréciable, mais qui forme plus une sorte de compromis sonore qu’une vraie nouveauté, intense et furieuse. What Went Down est un peu moins sentimental qu’Holy Fire, un peu moins torturé que Total Life Forever, un peu moins tranchant qu’Antidotes, et c’est (quand même) un peu dommage.

MKC

Cet album est loin d’être leur meilleur, mais je trouve que What Went Down ne fait pas que rester dans un compromis de tous leurs albums. Par des morceaux tels que Snake Oil, Night Swimmers ou même A Knife In The Ocean, Foals propose des petites évolutions toutes plus intéressantes les unes que les autres. En tous les cas, non Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Foals n’est pas perdu, j’en reste convaincu.