Top 2015 – Les albums de l’année

L’année 2015 en 20 albums essentiels. On est pas toujours fans de l’ordre alors cette année on a décidé de thématiser nos albums préférés. Pour donner du sens et vous convaincre d’y jeter une oreille. On revient en 2016, avec plus de musique, chroniques et interviews, si on arrive à choper un Retourneur de Temps entre deux.

 

Le plus “Album de la maturité”

Currents – Tame Impala

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Qu’on aime ou qu’on soit gonflé, Currents est un album “marquant”. Kevin Parker y distille son romantisme habituel, teinté de nostalgie 80s à grands renforts de synthés et basses disco. Une évolution en douceur, toujours guidée par la volonté de composer de très belles love songs, impeccablement produites et habilement composées.

Le plus décevant

Chemicals – The Shoes

Peu de personnes partagent notre avis si on en croit les critiques dithyrambiques qui ont accompagné la sortie en grande pompe de Chemicals. Il n’en reste pas moins que le deuxième album de The Shoes nous a profondément déçu. Derrière ce crédo “hommage aux 1990s” on a surtout un hommage au mauvais goût où tout sonne toc (Made for You), pompier (Vortex of Love), lourdaud (Us & I), un brin prétentieux (Drifted) voir carrément ridicule (15 Instead). On regrette la fraîcheur de leur premier album. Cette nouvelle esthétique woodkidisée, beurk. On notera tout de même que sur un malentendu, ils ont sorti le plus gros hit de l’année : Give it Away

Le plus “grand retour”

Music Complete – New Order

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Ces mecs là ont quand même composé au hasard Isolation, Disorder, She’s Lost Control, Love Will Tear Us Appart et puis Ceremony, Blue Monday, The Perfect Kiss, Bizarre Love Triangle… Ils n’y avaient qu’eux pour te faire danser en 2015 sur un titre qui s’appelle Tutti Frutti en featuring avec La Roux et un mec qui drague en italien en intro et outro. Chapeau Bernard. Au-delà de ce détail, Music Complete sonne ringard et branché, sonne passé et actuel, sonne comme l’album d’un groupe qui s’en fout gentiment de l’époque et qui continue après presque 40 ans de carrière d’être capable de sortir 8 très bons titres – oui, la fin de l’album est anecdotique.

Le plus sympa

Sometimes I Sit and Think and Sometimes I Just Sit – Courtney Barnett

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A la cool, Courtney Barnett revisite le folk débraillé, le punk insouciant, le garage énervé. En faisant des blagues de merde à gogo et en déchirant volontairement sa copie. Sympa, détendu et convaincant, à défaut d’être original.

 

Le plus singulier

Art Angels – Grimes

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On ne comprend pas toujours tout à ce que fait Claire Boucher, mais comme sa musique fait à la fois râler les hipsters qui la jugent commerciale, et les fans de David Guetta qui s’étonne de ses voix chelous et de son univers pour le moins singulier, ça nous fait bien plaisir. De la bonne pop qui tabasse comme il faut, avec des détours et contrepieds improbables jouissifs. Tout ce qu’il faut.

Le plus tranquille

Husbands – Husbands

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Sans crier gare, Husbands s’est frayé un discret chemin dans les tops 2015. Portés par des singles épurés à 200%, le trio s’est amusé à tourner autour des genres, avec visiblement la volonté de ne pas trop y toucher. Comme des grands enfants qu’ils sont peut être, Husbands touche à tout, mais avec les yeux seulement, attention. Pop, folk, minimal, reggae et même chanson française, l’album échappe au fourre-tout en dénudant ses titres à l’extrême, mené par un but simple : trouver le gimmick soft et pop imparable qui trottera dans la tête. Simple en apparence, diablement efficace.

Le plus unanimement encensé (à raison)

To Pimp a Butterfly – Kendrick Lamar

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Comment parler d’un disque qui ne vous est pas destiné prioritairement ? Question compliquée, d’autant plus que beaucoup de choses très intelligentes ont déjà été dites à propos de To Pimp A Butterfly. Alors, on ne fera pas preuve de condescendance en prétendant comprendre l’ensemble du disque et l’ensemble des problèmes des Noirs américains en 2015, mais on conseillera tout simplement d’écouter ce qui est sans doute le témoignage politique le plus fulgurant de l’année sur l’histoire, la culture, et le quotidien. Un fantastique creuset qui rend hommage sur un album à l’essentiel de la musique noire, en soulignant contradictions et revendications des opprimés qui souffrent encore et toujours.

Le plus improbablement réussi

FFS – FFS

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D’abord méfiants, puis franchement enthousiastes et finalement définitivement convaincus, l’album de FFS doit définitivement plus aux Sparks qu’à Franz Ferdinand mais les nuances et l’élégance qu’apportent nos Écossais préférés en ont fait un album qui fera date dans l’histoire des collaborations/super groupes. Les collaborations ne marchent peut être pas d’habitude, mais FFS n’est pas une collaboration habituelle.

Notre chronique.

Le plus exigeant

Get to Heaven – Everything Everything

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Get To Heaven n’est pas un album facile d’accès. Bien que les Mancuniens clament souvent vouloir faire de la pop épique à la Coldplay pour transcender les foules, on ne peut pas dire qu’évoquer la déshumanisation par la technologie sur fond de fusion hyperactive et épileptique de tout ce qui fait dans la musique soit la voie à suivre pour y parvenir. Après trois albums et de multiples écoutes, il est toujours difficile de prédire le coup d’après d’Everything Everything, mais une chose est sûre, ils restent d’incroyables têtes chercheuses musicales, ne se reposant jamais sur leurs lauriers. Et si en plus on a droit à des mini-tubes du genre de Spring / Sun / Winter / Dread ou Regret, leur présence dans ce top est amplement mérité.

Notre chronique.

Le plus malin

Shores – We Are Match

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Une voix principale pour le moins singulière, des harmonies réussies comme s’il en pleuvait, des guitares qui groovent, un paquet de bonnes idées, une évidente diversité d’influences (auquel fait référence le nom de leur groupe, difficile de s’en défaire donc), et un sens du collage qui fait de Shores l’oeuvre de petits malins de la pop. Un premier album suffisamment bon et intéressant pour s’autoriser des écoutes répétées. « Varié mais cohérent, habité mais dansant, épique mais pas trop », juste ce qu’on attendait sans trop y croire.

Notre interview.

 

Le plus touchant

Carrie & Lowell – Sufjan Stevens

C’est le plus bel album de l’année, le plus déchirant, sur le fond comme la forme. Sufjan Stevens pourrait chanter le bottin qu’on en pleurerait, alors les souvenirs d’une enfance pas très heureuse… Comme d’habitude, cette voix merveilleuse, d’une fragilité bouleversante, est au service de mélodies à la mélancolie sourde. le petit prince du folk transforme en or tout ce qu’il touche. Après avoir donné une orientation plus électronique à ses derniers albums, après un projet hip-hop l’année dernière avec Son Lux, il retourne à la simplicité de l’acoustique, à une production ronde et chaude. C’est Noël, et comme chaque année on se replongera avec délice dans ses Christmas Songs.

 

Le plus contemplatif

Opening – Superpoze

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Et si Superpoze avait surpris tout le monde sur ce coup là ? Alors que tout le monde le mettait déjà sur un maxi piédestal en mode sauveur de l’electro française, Superpoze, lui, commence déjà par faire un très bon premier album, Opening loin des modes et loin des genres. Trop épuré ? Peut-être un chouïa, mais son electronica a quand même ce goût très chouette de reviens-y, où les pianos tout en nostalgie et élégance côtoient rythmes pliés, tordus et langoureux. On voit très bien où il veut en venir, et sans y être encore tout à fait, c’est diablement prometteur.

Notre chronique ici.

 

Le plus dingue

La Di Da Di – Battles

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Ce n’est plus franchement un secret, Battles est un très, très grand monstre musical. Après 2 albums qui ont quand même largement réinventé le rock expérimental, ce nouvel album pouvait paraître décevant car plus proche de leurs essais précédents. Et pourtant, autour du thème de la répétition, les New-Yorkais s’acharnent à produire du groove à partir de rien, et à tordre les sons comme jamais. Plus cohérent et moins inégal que leurs albums précédents, La Di Da Di (dans le top des noms d’album les plus débile également) est et restera malgré tout un album d’une extraordinaire inventivité, où claviers, guitares et batterie s’entrechoquent dans une frénésie complètement hallucinée. Qui, aujourd’hui, est capable de sortir un titre de la trempe de Dot Com ou FF Bada ? C’est pour ça qu’on les aime.

Notre chronique ici.

 

Le plus psychédélique

Panda Bear vs The Grim Reaper – Panda Bear

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Paru en tout début d’année, on avait presque oublié l’existence de ce voyage psychédélique au pays des problèmes de grandes personnes (la vie, la mort, mon chien, en gros). Et c’est en le ressortant qu’on s’est rendu compte que ce disque qui avait accompagné une bonne partie de 2015 était bel et bien sorti cette année. Que dire de mieux sur cet album? Il est et restera un disque de Panda Bear, incroyablement personnel dans tous les sens du terme, et il n’ouvre pas spécialement la voie à des découvertes de son univers singulier, étant à la fois plus et moins bizarre que les précédents. Mais il constitue une bonne porte d’entrée vers Animal Collective pour les novices. Et accessoirement, c’est un putain de disque où les trouvailles et harmonies pop sont à leur sommet, avec Mr Lennox, capitaine d’un vaisseau fantôme fait de collages sonores polyrythmiques, triomphant de ses peurs les plus morbides.

Notre chronique ici.

 

Le plus cool

In Colour – Jamie XX

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Oui, Jamie XX est cool. Un temps mec tout timide qui trifouillait trois boutons en fond des XX, puis superstar modeste de l’electronica. C’était là depuis le début, la classe, l’élégance, l’intelligence. Joyeuse et joueuse fusion des genres au service d’une techno personnelle, intransigeante mais pas chiante. Il est pas parfait, mais c’est le genre d’album qui peut se permettre des titres plus faibles, tant certains autres rattrapent largement l’ensemble.

 

Le plus mélodique

Architect – C Duncan

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Ce petit lutin écossais a émerveillé notre année de ses mélodies cristallines. On serait bien en peine de jeter la moindre note de ce premier album remarquable. Découvert en début d’année, attendu jusqu’en octobre et la sortie de son premier album, C Duncan a rythmé notre année à coup d’EPs et singles éclaboussants d’une grâce à en faire rougir les Fleet Foxes, Owen Palett et autres Sufjan Stevens. Harmonies vocales douces, guitares classiques, percussions feutrée… l’album alterne sur une cinquantaine de minutes enthousiasmante, temps faibles et temps plus pressés, virevoltants qui dessinent une pop pastorale, liturgique, souvent magique.

lire notre interview par ici.

 

Le plus brut

Viet Cong – Viet Cong

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Viet Cong c’est le tremblement de terre du début d’année 2015. Grondant, rugueux, parfois étouffant, cet album éponyme rappelle le premier effort – tout aussi sombre – de leurs cousins canadiens de Suuns. Ambitieuse et fière de l’être, la musique de Viet Cong est brûlante et martiale, aussi implacable que les coups de baguettes de son batteur aux yeux enfiévrées. Perfectibles en live, naviguant à vue entre virtuosité et inanité – Viet Cong a la capacité de devenir un groupe majeur. Un album de 7 pistes qui recèle 5 titres monstrueusement puissants, c’est un début. Viet Cong s’est formé sur les ruines des bons – mais moins bons – Women, et ce premier LP sera aussi le dernier. Dépassés par une notoriété aussi soudaine qu’encombrante et ce nom qui leur fait du tord, le groupe a finalement pris la décision se rebaptiser en fin d’année. On espère que ce deuxième changement de nom, n’entraînera pas un nouveau changement de son.

lire notre live report par ici.

 

Le plus addictif

A Dream Outside – Gengahr

Le groupe qui nous est resté coincé dans la tête toute l’année. Le premier album de Gengahr, A Dream Outside, regorge de riff faciles, de lyrics immédiates que l’on chante à tue-tête. Un album qui ne paye pas de mine mais qui s’insinue doucement en vous pour ne plus vous quitter. Le cahier des charges du très bon album indie pop est rempli : on l’aime à la première écoute, ça sent le soleil, les vacances, la pop anglaise, un peu psyché mais pas trop, un peu rock mais pas trop. Une recette bien rodée qui dans un monde parfait devrait remplir les stades.

 

Le plus pop

Prints – Gomina

Notre groupe français préféré sort enfin un album en bonne et due forme. La pop rêveuse de Gomina, on l’adore depuis des années. Voix alanguie, claviers analogiques, batterie motorik, basses mélodiques mais toujours aucune guitare à l’horizon : tout ce qui fait la recette Gomina est présent sur Prints, au service de délicieuses mélodies qui déraillent gentiment. Asleep, Stupid, Gomina Getcha, Honolulu et puis Kinda Girl : on aurait bien du mal à trouver un titre à jeter dans cet album réjouissant. On fera de notre mieux pour continuer à leur donner la place qu’ils méritent, au moins dans ces pages : celle du meilleur groupe français des dernières années.

lire notre interview ici

 

Le plus fougueux

Sun Coming Down – Ought

Straight to the point, les Ought ils savent faire. Sur ce second album, c’est toujours aussi foutraque mais aussi plus complexe et donc intéressant. Pourquoi s’embarrasser d’une production excessive ? L’album semble enregistré live tant il arrive en pleine tête. Rêche, fringant voire vert, sans compromis, du rock, du vrai.

ils étaient comme nous à Primavera Sound, lire ici