Forever Pavot et la Rhapsode en vert, blanc, rouge

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Un besoin d’intemporalité quasi-constant, des repères à avoir dans le passé pour réussir à comprendre une musique finalement futuriste, blindée de claviers et de sons étranges, bourrée jusqu’au sommet de compositions ingénieuses : telle est la marche à suivre pour déguster un gâteau appelé Forever Pavot. Projet né dans la tête d’Emile Sornin, puis sorti dans la réalité, pour arriver aujourd’hui dans les bons plans de Born Bad Records (hier il était dans les non-moins chouettes Requiem pour un Twister et Frantic City Records, Paris serait-elle longue à la détente ?), c’est un chemin tout de même. Je lis nombre de critiques où l’on parle de ce revival pop psychédélique, mais je devine que Forever Pavot s’en fiche et préférerait une véritable chronique, alors on va sauter ce point. Forever Pavot, s’il s’aligne quelque part, possède un truc de François de Roubaix pour les BO et de Patrick Deweare pour le côté français réussissant dans un élan cinématographique inattaquable et plein de risques. Les deux, mixés dans un voyage au Moyen-Orient, là où les occidentaux se pensent meilleurs et plus évolués que tout un chacun et ravalent leur pédanterie à coups de fouets.

Je me souviens : je râlais après le son de la basse, trop rond et « attaqué » à mon goût, encore un coup du médiator. Depuis j’ai changé d’avis, ou plutôt j’ai compris quelque chose : le son n’est rien comparé à ce qu’il doit faire passer. Ici ? L’interprétation est libre, sans doute que la basse n’est pas grand chose, ou alors elle est le squelette de l’ensemble, mais elle semble importante dans ce côté on-rebondit-à-dos-de-chameau-et-alors et cet album tout en travelling et séquences contemplatives. Forever Pavot parle peu, presque jamais, ou alors on l’oublie, ou alors c’est pas voulu, et laisse la musique occuper l’espace, fort d’un groupe visiblement assez soudé. Rhapsode me rappelle Série Noire avec Deweare – oui encore lui -, ficelé et rempli d’ambiances, toutes plus naturelles les unes que les autres. Ces ambiances des années 70, où Depardieu attend le petit père Mozart et veut faire sourire Solange, dans la force de l’âge, svelte et puissant. Et pourtant voyez comment on en parle aujourd’hui, alors qu’on va tous voir Transformers au ciné « pour s’amuser ». Ce ne sont pas tant les morceaux, perçus comme des chapitres, qui m’interpellent, mais ce dont ils semblent témoigner. Il faut aussi convenir que placer autant d’effets dans une voix sans passer pour Booba après une Gauloise sans filtre à la sortie de la salle de muscu, ça tient quelque part du tour-de-force.

Fier de petits défauts qui le rendent vivant ou peut-être déjà démodé. Rhapsode fait réfléchir. Je n’aime pas les films, plutôt je ne les aime plus. Aucun plaisir à regarder un film d’aujourd’hui, et même d’hier, le vintage je le laisserai où il est. Un projet comme Forever Pavot, je veux le prendre en route et qu’il me parle de vieux films, même si je n’aime pas trop Joe & Rose et que je trouve que Magic Helicopter est le meilleur moment de l’aventure, et que je pourrais lui dire que je connais déjà une partie des chansons. L’une des bonnes BO de l’année, parce qu’elle me rappelle une époque que je n’ai pas vue. Attendez c’est pas une BO ?