Francis Bebey : Sanza ressuscitée une seconde fois

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Born Bad Records continue de bûcher avec sa vieille pelle pour extraire les chansons de Francis Bebey, chansons qui sur cette seconde apparition, sont moins chansons que musique électronique hybride. Tout le Cameroun et l’Afrique pourraient être contenus dans ce disque mais il n’en est rien, ce bon Francis continue sa route sans crier gare, calmement et avec des titres plus habiles que sur la première réédition du label, tout ça 13 ans après sa mort à Paris.

Je ne sais pas où commencer mais ce disque est très fort. Par sa pochette déjà, entrer par la bonne porte est toujours efficace, surtout quand c’est l’ami Elzo Durt qui s’y colle. L’homme qui ne savait pas dessiner livre ici sa plus belle pochette avec un naturel déconcertant. Des femmes de couleur portant le monde, refaire Atlas à la Durt. J’y suis allé à reculons pour écouter ce disque, peut-être d’être déçu après un si bel emballage, peut-être par fainéantise, mais surtout à cause d’une question : qu’est-ce que cette nouvelle compilation (si on peut l’appeler comme ça) apportera de neuf ? La fois d’avant, l’effet de surprise jouait, maintenant, on connaît les tours du bonhomme.

Dès le début pourtant, le charme opère et oui : la formule est différente. Francis chante moins qu’avant, ne raconte plus d’histoires ou presque, il explore même la techno quelques décennies avant tout le monde. Sons tropicaux, et je n’entends pas par là une énième resucée de Caribou ou consorts qui au final ne sont pas très originaux, mais plutôt l’utilisation originale de la BO de son environnement, des fûtes aux percus. On entend le groupe jouer dans la pièce et l’on imagine facilement les histoires de Francis le soir au coin du feu, une scène totalement absurde, vous en conviendrez. L’absurde, Francis le maîtrise plus que quiconque, dans sa capacité à se faire passer pour ce qu’il n’est pas (misogyne par exemple) avec une finesse tout à fait de notre temps, une finesse à faire de l’argent. Africa Sanza, à mi-parcours, fait office de Souyouz et me fait revenir à plusieurs reprises sur son thème apparemment traditionel. Difficile de se lancer dans le jeu des comparaisons mais il y a quelque chose d’UVB 76 dans cet album, sorti au bas mot 30 à 40 années plus tôt et blindé de chansons généreuses et drôles. L’argent lui semble loin de cette sortie, qui marchera sans aucun doute après le pari gagné de JB Wizz de ressortir ces titres, au sommet d’une belle pyramide de plus de cinquante références et de préparer le terrain pour le LP sablé de Forever Pavot. Belle passe, joli but.