Les gueules cassées de Syndrome 81 débarquent

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Brest c’est laid, personne ne le nie. Mais bon nombre d’individus trouvent Brest charmante, violente. Brest n’a jamais été mon truc, j’ai jamais aimé m’y promener si ce n’est à 2h du matin en rentrant asséché par des Brew Dogs à répétition, totalement perdu à la recherche d’un kebab qui nous fera un sourire en pleine nuit alors qu’on en a pas vu un seul de la semaine. Le Vauban, toujours accueillant ou même l’Arsenal. J’en ai pas l’air, mais je la connais bien cette ville. Pourtant, parmi ces machins de Brest il y a Syndrome 81, et Thrashington D.C avant lui.

Les puristes râleront, mais je n’y connais rien à la oi! française, le peu que j’en sais c’est Jacky qui m’en a parlé, Jacky qui tient le manche et la compo dans le Syndrome justement. Le punk hardcore est passé de mode, ça plaît pas aux gens bien habillés et quelque chose me dit que ces mêmes chouineurs seront super tristes d’avoir raté Syndrome 81. Un EP de démo en 2013, écoulé, écoulé et écoulé en cassettes, un vinyle d’une sincérité rare et un album à venir. « Le disque je le vois très bien, j’ai la pochette en tête, et on fera un album de faces B aussi » nous racontaient-ils cet été alors que nous étions de passage et qu’on voulait les interviewer. Au diable les interviews, ça ne s’est pas fait et ce n’est pas très grave non plus.

Le duo (plus nombreux sur scène) garde l’essence de la oi! – oui, celle que je connais pas – en mettant dix wagons dans la vue de tout le monde au faîte de compositions hyper modernes. Moderne ne veut plus dire grand chose, mais quand je regarde Frustration je pense à ce mot, un pied dans la tombe et un dans le futur. Ils ne ruminent pas dans leur coin à écouter des gens se plaindre dans la langue fourchue de Molière du matin au soir, et ça s’entend. Le problème c’est qu’en 2014, vous regardez autant le public du groupe que ledit groupe. Rectification : on regarde surtout le public, voir si on écoute pas un truc de beaufs, savoir si on écoute pas un truc qu’il vaudrait mieux garder pour soi. Moi j’entends du Beach Fossils dans le Syndrome, tout le temps. Les démos ne se trompent pas non plus, roulant tout droit de Recouvrance à Saint Martin sans freiner jamais. Recouvrance, c’est aussi désormais un classique. Quelque chose d’assez fin mais caché derrière un mur de béton, comme celui qui s’est cassé la tronche sur un ouvrier à Brest La Grise cette semaine. C’est le genre de cadeau que la ville offre. Pourtant, on sait qu’ils ne quitteront pas la seule ville où il pleut du verre. À coups de gégène, Syndrome 81 va nous filer les chocottes et dans un an ils seront un étage au dessus de toute cette Éducation Française. À quoi bon bétonner si l’on peut tout détruire ?