Gomina Getcha

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On a discuté avec Gomina à l’occasion de la sortie de leur premier album Prints. On aime à dire qu’on suit le groupe depuis un petit moment déjà – au moins depuis la Tournée des Trans de 2012. On les a vu un paquet de fois en concert et on ne se lasse pas d’écouter des chansons qu’on connait pourtant par coeur depuis un moment. Bref, c’est peu dire qu’on attendait leur nouvel album avec impatience, surtout après avoir découvert Stupid en juillet dernier et son clip beau, simple et hypnotique.

De l’avis du groupe, Prints est leur premier album… enfin non leur deuxième. Ils s’expliquent : « On a tendance à le présenter comme un premier album car Into the Sunny Gray n’a jamais eu le droit à une vrai sortie. On a fait ce disque dans notre sous-sol, sans essayer d’atteindre quelque chose en particulier. La première version était assez fidèle au mix, très lo-fi, la version remasterisée a permis de faire ressortir certaines pistes, le disque est plus brillant, il a un peu plus de contraste ». Effectivement, Into the Sunny Gray laissait déjà apparaître plein de belles choses, porté par une belle poignée de titres comme Everywhere ou Too Long qui auraient rendus jaloux pas mal de groupes qui enregistrent dans leur sous-sol…

Ce fut donc la très belle surprise de l’hiver 2012-2013. Et Gomina trustait à l’époque tous nos classements (live, album, chanson de l’année) tant on avait été convaincus par la qualité de leur live et par la magie pop qui se dégageait des quelques titres alors disponibles. On sentait surtout en eux une maturité exceptionnelle pourtant dans un genre maintes fois emprunté et revisité.

Naturellement, on se désolait un peu de leur cruel manque de reconnaissance. Si rien n’a vraiment changé depuis, les Caennais ne s’en inquiètent pas vraiment et préfèrent prendre du recul : « Ça ne nous appartient pas vraiment, on fait notre musique, on s’implique beaucoup en la faisant, pour le reste on ne maîtrise pas grand chose, des gens découvrent notre musique petit à petit et suivent ou pas. On tourne pas énormément c’est sur, mais on ressent pas le besoin de bosser avec un tourneur dans l’immédiat, si on nous propose une date qui nous plaît, on la fait », tout en espérant tout de même: « Ce serait cool que Prints soit écouté, ça parait un peu bateau, mais ça fait vraiment plaisir d’avoir des retours des gens, de savoir que ça leur parle. »

Il faut dire que rien dans leur musique ne tape-à-l’œil, comme le groupe le laisse entendre « Prints est un album pop c’est sur, mais on a mis plein de choses dedans, j’espère que les gens s’amuseront à l’écouter et à découvrir des nouveaux détails ». Gomina développe en effet une certaine idée de la pop, une pop qui ne tombe pas dans les travers du genre. Prints regorge de chansons imparables qui s’écoutent et se ré-écoutent des centaines de fois – mais pour autant, ces orfèvres perfectionnistes ne flirtent jamais avec un refrain trop facile ou un lyrisme mal placé.

L’enregistrement de Prints n’a pourtant pas été un long fleuve tranquille. Dans une précédente interview, le groupe nous confiait initialement vouloir sortir le disque début 2014. « L’enregistrement s’est déroulé sur une longue période. On est retourné à la Maison du Son en mars 2013 (!) pour faire des prises sur 4 ou 5 morceaux qui nous accompagnaient déjà depuis un moment. On ne savait pas encore où on allait, on a continué à composer tous les 4 dans notre local, en enregistrant les idées à la volée. Certains morceaux, comme Stupid ou Let Me Go ont pas mal décoincé les choses, c’est devenu plus évident après. On a tout mixé en home studio. L’album était prêt depuis un moment, on a pas mal traîné pour le sortir pour des raisons logistiques un peu laborieuses. On est entouré de 2 labels, WeWant2Wecord, des potes avec qui on a sorti des 45 tours par le passé et Bordeaux Rock, qu’on a rencontré à l’occasion d’une date près de Bordeaux. »

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Côté live, alors qu’on s’était habitué à des ambiances très travaillées et graphiques et un son millimétré, ils nous expliquent que ça n’a pas toujours été facile d’imposer ces partis pris. « Le live qu’on avait mis en place avec des vidéo-projections nous a demandé beaucoup de temps de réalisation et dans la plupart des cas, les promoteurs voyaient pas d’un bon oeil qu’on vienne à 7 (avec 3 techniciens) pour un groupe pas connu. On continuera de le faire quand ce sera possible, mais il fallait qu’on puisse jouer avec une installation plus simple. On a surtout investi dans du matériel pour retrouver les sensations de l’album sans que ça devienne trop l’usine. Quand on a commencé, on emmenait tous nos synthés sur scène – une bonne dizaine je pense – on risquait de se les faire piquer ou de les flinguer dans le camion. On a donc décidé de sampler note à note tous nos claviers et de tout reprogrammer sur des contrôleurs MIDI et un sampleur, une sacrée mission de geek… Ça nous permet de garder notre son, tout en ayant une sensation live, on n’utilise pas de séquence par exemple ».

Voix alanguie, claviers analogiques, xylophones, batterie motorik, basses mélodiques mais toujours aucune guitare à l’horizon: tout ce qui fait la recette Gomina est présent sur Prints, au service de délicieuses mélodies qui déraillent gentiment. Asleep, Stupid, Gomina Getcha, Honolulu et puis Kinda Girl: on aurait bien du mal à trouver un titre à jeter dans cet album réjouissant. Si on décèle des traces de Tame Impala ou de MGMT, on sait malgré tout que les normands ne sont pas assez jeunes pour avoir été bercé par ces groupes. Références communes (Beach Boys) et ambitions partagées, sans doute, mais filiation, pas vraiment. On ne saurait vous conseiller assez d’écouter Gomina. On fera de notre mieux pour continuer à leur donner la place qu’ils méritent au moins dans ces pages, celle d’un groupe qui tient le très haut du pavé de la pop française.

Les dates à venir – et donc à ne pas manquer.

23/02 A Live, Pascale Clark, France Inter
27/02 Le Bar du Coin @ Nantes
28/02 Get Wet Party @ Heretic Club, Bordeaux
27/05 w/ Aquaserge @ 104, Paris
29/05 w/ Spit shake Sisters  @ Green door store, Brighton