Jamie XX – Le grand frisson

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MKC : Dès son annonce, c’est avec une certaine attente qu’on a découvert l’album In Colour de Jamie XX. Après des succès planétaires et une renommée parmi les plus grands producteurs mondiaux, Jamie est devenu une véritable référence avant même de sortir un véritable album. D’abord, on peut noter la diversité musicale de ce projet, ce qui est plutôt une bonne voire une très bonne chose. On sent effectivement que Jamie se lance dans diverses expérimentations plus intéressantes les unes que les autres, tout en gardant une thématique globale électro-house que j’aime vraiment. On retrouve aussi des éléments traditionnels qui ont fait son succès, comme le steeldrum sur Obvs notamment.

Cassius : Oui, et j’aime bien aussi les samples qu’il utilise, tirés du UK garage des années 90, ça donne à voir une autre époque, et c’est un peu comme si on profitait de l’album pour checker vite fait sa bibliothèque musicale, c’est toujours intéressant pour donner un éclairage à son univers. En ça, son premier album est clairement impressionnant pour la manière qu’il a de poser sa marque, tout en subtilité, sans pour autant se fermer toutes les portes et faire uniquement de la musique froide et minimale comme ce qui avait été aperçu sur le deuxième album des XX (c’était réussi, certes, mais trop de minimalisme tue le minimalisme). L’ensemble a clairement d’énormes qualités, une production au top, des vraies tubes (Loud Places), et de très beaux titres, sensibles et tout (Stranger In A Room, sublime)

MKC : On est clairement d’accord là dessus. Jamie XX ce n’est vraiment pas du « mauvais XX en un peu plus electro » comme on l’entend parfois. Si ce n’est la fin de l’album que je trouve assez parfaite, j’irais même jusqu’à dire que ce sont les featuring avec Oliver et Romy qui donnent des frissons. Le très progressif « See Saw » accompagné de la douce voie de Romy (Beaucoup moins chancelante qu’avec les XX) n’a pas grand chose de commun avec un morceau du groupe. J’apprécie particulièrement dans ce morceau le jeu construit par le producteur autour des basses, entre apparition et disparition, donnant une certaine puissance aux harmonies. J’admets que « Stranger in a Room » avec Olliver est assez proche du style des XX, notamment du fait de l’accompagnement d’une guitare plus clean que clean. Et quand bien même ? Est-ce à ce point un problème ? Et puis on notera le titre de l’album : « In Colour », un pied de nez à l’atmosphère sombre des XX et leur charte graphique noir/blanc ? Un moyen de crier, « regardez les gars, je sais d’où je viens, mais je sais faire autre chose » ? Un « autre chose » parfaitement incarné par les featurings avec Young Thug et Popcaan.

Cassius : Mais malgré ça, je suis semi-convaincu par In Colour. C’est dansant, ou pas dansant en fait ? Parce que si c’est de l’ambiant, c’est quand même un peu répétitif, mais si c’est de la techno ou de la house ou du new age post-dubstep, c’est quand même un peu mou parfois non ? Typiquement Sleep Sound commence comme un truc qui serait susceptible de buter, mais on dirait que le break d’intro est placé là uniquement pour se faire plaisir en DJ set, et que la suite ne l’intéresse plus vraiment…

MKC : On en revient toujours au même point, la cohérence de l’album. Tout le problème de cette diversité se cristallise dans une certaine absence de cohérence sur ce projet. Passer de l’ambiant Loud Places (référence à son temps passé dans les clubs dès sa plus jeune adolescence), à une forme d’électro hip-hop sur I Know There’s Gonna Be Good Times, et enfin à de l’électro progressive avec The Rest is Noise et Girl pour finir l’album, je me demande un peu où il veut en venir. Personnellement, je trouve cet album très réussi. Mais c’est vrai qu’In Colour reste un premier album, avec beaucoup d’inspirations, beaucoup d’idées et beaucoup de projets. Sur un autre plan, les sonorités de Jamie XX étant relativement proches dans ses premiers morceaux produits, c’est peut-être positif d’avoir une telle diversité finalement.

Cassius : Et j’ai aussi l’impression que Jamie XX joue de son image de gothique ado mal dans sa peau, et que du coup on est surpris quand il écoute des choses variées et pas juste de la minimale chiante, mais en fait c’est un peu le principe d’un producteur de s’y connaître non ? Genre Todd Terje, il en connaît pourtant un rayon, et personne ne vante son impressionnante culture musicale parce qu’il fait pas la gueule et qu’il a pas l’air de souffrir le martyr ?

MKC : C’est vrai que Jamie, c’est le prototype du mec qui ne danse pas en soirée, mais une fois de l’autre coté des platines, c’est celui qui fait danser tout le monde ! En tout cas c’est totalement l’image qu’il donne. Je pense effectivement qu’on est surpris par son album parce qu’on connait Jamie depuis longtemps avec des pistes comme All Under One Roof Raving, Far Nearer, mais aussi ses morceaux avec Gil Scott-Heron (Tel que New Here par exemple) qui sont dans une même lignée d’électro house parfois très minimale et progressive. Du coup, quand on a écouté des morceaux foncièrement différents, on a réalisé qu’il était pas si unidimensionnel que ça le p’tit gars. Maintenant, je suis assez déçu des rythmiques de cet album. On connait la qualité du producteur dans son choix de beats. Pourtant, sur ce projet il nous propose souvent un binaire assez simple, qui colle avec l’aspect minimal certes, mais qui ne reflète pas la diversité choisie par Jamie dans son projet. On notera quand même que Hold Tight et The Rest is Noise surnagent par un certain travail rythmique.

Cassius : Dernière question : Popcaan & Young Thug, pourquoi ? Cette tentative de remettre le dancehall à la mode, veto un peu non ?

MKC : Clairement on se demande ce que Popcaan fout sur cette piste. Tout le monde n’apprécie pas Young Thug, moi je l’aime bien en featuring (ses morceaux seuls ne me font pas rêver), mais on doit lui reconnaitre un timbre très particulier que je trouve vraiment intéressant. Et l’instru de Jamie XX qui l’accompagne est vraiment cool (accompagné d’un sample, pour lequel il a d’ailleurs eu quelques problèmes de droits avec The Persuasion l’espace de quelques heures, une situation assez cocasse). Il existe en fait plusieurs versions de ce morceau, la version finale ainsi qu’une version avec chaque artiste en featuring individuel. Or celle avec Young Thug uniquement est vraiment géniale. Par contre Gosh on en parle ? Symbole d’une hype un peu désuète, on note que la piste est maintenant utilisée dans les défilés de mode parisien, ça fait un peu mal quand même. Pourtant le petit synthé sur la fin me semblait assez honnête.

Cassius & MKC