Jeu, set et match.

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Normands d’origine, expatriés à Paris (ça arrive, on en connait des biens), We Are Match avait bluffé tout le monde avec un premier EP d’une efficacité redoutable (l’exceptionnel Dying Kings notamment) : Relizane. Il était carrément arrivé dans nos tops 2013 de fin d’année, et c’est notamment pour ça qu’on attendait beaucoup de leur premier album. Il est enfin là, deux ans après. Shores.

Une chose est sure : Shores ne cassera pas de murs, ne fera pas trembler vos oreilles, mais, lentement et surement, peut s’insinuer dans les albums de référence de l’année, et pourquoi pas, dans la collection tranquille des petits CDs protégés qu’on garde près de nous quand les moissons musicales sont un peu moins riches. Comme The Bewitched Hands, We Are Match s’est définitivement installé quelque part sur la planète pop française, en très peu de temps, et sera au moins reconnus pour ça (à défaut de devenir vraiment connus, ce qui est quand même tout le mal qu’on leur souhaite).

Sur ce premier album, les références qui nous avaient sauté au visage sur Relizane sont toujours là plus imposantes encore (on disait Quadricolor, mais en fait c’est plutôt Grizzly Bear, on parlait d’Alt-J, mais c’est carrément Radiohead), aux détours d’un refrain ou dans les sons utilisés. Avec une grande élégance, ses influences imposantes restent pourtant à leurs places pour servir des mélodies discrètes qui savent se rappeler à notre bon souvenir après quelques écoutes. Les balades sont très radioheadiennes (L’Avenue, très Kid A), et permettent d’insuffler un peu d’âme et de repos à l’electro-pop-dansante-et-efficace, mais souvent entendue.

Shores, disons le clairement, est un très bon premier album. On aime Old Chimneys et son final déglingué, toutes alarmes dehors, on applaudit haut et fort pour The Shark et son gimmick synthétique tout tordu, et on apprécie bien sur l’hymne Violet, bancal mais pourtant irrésistible (même après plusieurs années et des centaines d’écoutes au compteur). Chaque chanson est à sa place, le grand écart est fréquent, mais We Are Match a évité d’en faire trop, en proposant 10 chansons concises et efficaces, gageant que le mieux est l’ennemi du bien. Les 10 titres sont amplement suffisants pour montrer leur talent.

Une voix principale pour le moins singulière, des harmonies réussies comme s’il en pleuvait, des guitares qui groovent, un paquet de bonnes idées, une évidente diversité d’influences (auquel fait référence le nom de leur groupe, difficile de s’en défaire donc), et un sens du collage qui fait de We Are Match des petits malins de la pop. Un premier album suffisamment bon et intéressant pour s’autoriser des écoutes répétées. « Varié mais cohérent, habité mais dansant, épique mais pas trop », juste ce qu’on attendait sans trop y croire.