Youth Lagoon – Synthèse synthétique

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Youth Lagoon présentait le weekend dernier au Café de la Danse Savage Hills Ballroom, A Collection of 10 Songs by Youth Lagoon. Dire qu’on attendait avec impatience le troisième album de notre dream-poper préféré serait peu dire. Pas de suspense inutile, on a été conquis tant par le live que l’album.

Son premier album The Year of Hibernation était un concentré grandiose mais fragile d’émotion post-adolescente, brut. Deux ans plus tard, Wondrous Bughouse, plus abouti, où presque tous les titres dépassaient les cinq minutes, prenait le temps de construire et déconstruire des mélodies chatoyantes, hypnotiques, peut-être moins touchantes car plus froides, mais plus virtuoses.

Savage Hills Ballroom dévoile une nouvelle facette au moins aussi passionnante d’un ovni décidément assez difficile à cerner. Sur ce troisième album, Trevor Powers ose. Sa musique très introvertie s’ouvre – explose même (Again, Free Me, Officer Telephone). Sa voix, voilée sur son premier album, distordue sur le second, se déploie et se montre sur ce troisième effort, pleinement assumée.

Powers ouvre aussi avec cet album une page plus pop que dream, plus immédiate (Kerry, Free Me). Cela aurait pu se traduire par une approche plus conventionnelle de la composition. Loin de là, c’est toujours aussi brillant. Trevor Powers joue avec les textures, il se fait synthétique, rugueux. Il n’hésite pas à agresser puis caresser l’oreille.

Savage Hill Ballroom synthétise à merveille l’exigence mélodique de son second album et la simplicité désarmante de ses débuts, confirmant ce qu’on avait entrevu l’espace de quelques morceaux (Raspberry CaneDropla). Cette fois, ses deux aspirations – émotion et virtuosité – se retrouvent sur presque tous les morceaux, bien aidés par l’alternance entre instruments classiques et rythmiques électroniques

Live, la performance est encore plus bluffante, la voix de Trevor Powers s’élève avec une facilité déconcertante. Les cheveux bouclés en bataille, le gringalet en short à paillette se transforme en ange dès les premières notes. Il est heureux. Il discute, il saute partout. Il émeut. Porté par trois musiciens, il a tout le loisir de virevolter sur la scène d’un Café de la Danse ravi et conquis d’avance – un public qui regrettera tout de même l’absence de quelques titres des deux premiers albums. Ne pas jouer ses hymnes mélancoliques 17 ou Montana c’est au final un beau pied de nez. À quoi bon être nostalgique de l’ancien Trevor, le nouveau a fière allure.