Bantam Lyons – De la beauté d’être(s) triste(s).

POCHETTE-recto-VINYLEv21

La première fois qu’on a croisé Bantam Lyons sur notre route, c’était encore l’oeuvre de ce cher Jim, prompt à trouver régulièrement le meilleur groupe du monde et qui nous avait chaudement recommandé d’assister à leur live (on était au premier rang, à laisser délibérément nos grandes silhouettes bloquer la vue de tous les rangs suivants). Un live pour Radio Campus Rennes qui avait fait forte sensation à l’époque.

Un déménagement à Nantes et un changement de rôles plus tard, et on retrouve Bantam Lyons. Pas totalement métamorphosés, mais sacrément transformés quand même sur Melatonin Spree, premier album au titre difficilement traduisible (c’était l’intérêt apparemment). Un premier album qui, s’il reste cryptique, porte malgré tout en lui le spleen nostalgique des gens qui croisent peu le soleil. Et entre Brest et Nantes, on ne peut pas dire que ça soit franchement le top niveau vitamine D.

Désormais portés par une voix anxieuse et haut perchée qui rappelle parfois Brian Molko, parfois Owen Pallett, parfois José Reis Fontao (de Stuck in the Sound), le quatuor joue fort, vite et bien sur un format court et intense. Le krautrock incandescent de Beds, le final post-rock intense qui évite l’écueil du pompeux Leopard Print Wife Beater, des rugissements de bête blessée (Away From the Bar) et bien sûr Something Familiar qu’on pourrait écouter des heures durant.

Melatonin Spree ne peut que rappeler les années 80, où la tristesse comme art de vie était de mise. On ne s’étonnera donc pas que ce 7 titres compact et efficace convoque des vieux copains du genre shoegaze, krautrock, cold-wave, et même post-rock pour filer des droites à tout le monde. Mais loin des moues de poseurs, Bantam Lyons vit la chose à 200% et balance ses tubes qui font mouche quasiment à chaque coup : une rage rentrée, qui finit très souvent par exploser ou imploser. Un très bel album qu’on aurait envie de consoler, mais qu’on se retient bien de faire, pour ne pas briser la vraie mélancolie qui l’habite, la réelle beauté d’être triste.

Les gars de Bantam Lyons ont donc la noirceur, mais aussi les putain de tubes. Du genre qu’on a envie de chanter mal et fort en se tenant par les épaules à la sortie du pub. A toutes celles et ceux qui ont sacré faible pour les beautiful losers, les gens qui prennent leur temps pour faire les choses bien, les second couteaux qui ne feront jamais la une des journaux mais que vous pourrez admirer au point d’agacer l’intégralité de vos connaissances, ceci est un album digne de votre intérêt.