Burn the Witch – Analyse à tiède

Burn-The-Witch

Edité le 6 mai.
Entre temps, Radiohead a dévoilé un nouveau single, Daydreaming, et ainsi confirmé nos premières impressions.

L’ambiance qui règne autour de la sortie du prochain album de Radiohead est un peu effrayante. La presse anglophone (surtout), francophone (un peu) et les fans – dont nous faisons partie – ont mis le groupe sur un tel piédestal que chacun de ses faits et gestes est décrypté fiévreusement. Le plan de communication malicieux et la montagne de gesticulations médiatiques ont finalement accouché d’une souris – un single posté sur Youtube – si bien qu’il semble inconcevable qu’une idée de génie ne soit pas cachée derrières ces 3 minutes 41 secondes à l’aura quasi-prophétique ! Et en effet, on est sûrement très lent, mais on n’avait pas compris que Burn the Witch était un brûlot, un manifeste politique qui réussit l’exploit d’évoquer en 98 mots la crise des migrants, la stigmatisation des musulmans, les pesticides pour tomates et sûrement beaucoup d’autres choses très profondes et très importantes.

Parlons un peu de musique. Burn the Witch serait avant tout une chanson sur laquelle Radiohead travaille depuis un moment et qu’enfin ils auraient décidé de sortir des cartons. Le titre est évoqué publiquement par le groupe depuis presque 15 ans, ses premières notes ont été jouées en concert et des fragments de paroles apparaissent même sur le booklet de Hail to the Thief (2003). Cela pourrait sembler anecdotique – en vérité ça l’est sûrement – mais en dévoilant un vieux morceau jamais enregistré, Radiohead fait un choix par défaut assez intéressant. Le morceau semble renouer avec des racines plus rock et évoque les bons souvenirs d’une période antérieure à The King of Limbs, voire à la synthèse parfaite In Rainbows qui naviguait à la croisée de l’acoustique et de l’électronique. La structure de Burn the Witch est somme toute très classique, un enchainement couplet / pré-refrain / refrain. C’est un morceau du début du millénaire qui annonce beaucoup mais dévoile très peu.

Burn the Witch laisse à penser que The King of Limbs n’était qu’une parenthèse qu’il convient de fermer, une expérience intéressante mais au final très anecdotique au regard de la discographie luxuriante du groupe et qui aura surtout été le pendant des expériences soniques et rythmiques plus ou moins concluantes que Thom Yorke a mené en solo (Atoms for Peace, Tomorrow’s Modern Boxes). Ce revirement de bord n’est pas une totale surprise puisque Burn the Witch se rapproche assez de ce que Radiohead a pu dévoiler depuis The King of Limbs : les bonus Supercolider/The Butcher, Staircase et l’excellent The Daily Mail.

Le crescendo final pourrait placer le morceau dans la grande lignée des excellentes piste numéro 1 de la discographie du groupe : elles annoncent généralement des petites-révolutions – écouter My Iron Lung, Airbag, Everything in its Right Place, 2+2=5 ou 15 Steps c’est mesurer l’évolution progressive du son du groupe. Burn the Witch est peut être le premier mouvement d’un album, allegro. Son refrain grondant, menaçant mais surtout lumineux a de quoi surprendre. On ne peut que se réjouir de la réapparition des violons qui hantent beaucoup des meilleures chansons du groupe (Climbing up the Wall, Reckoner, Pyramid Song). Ici, il sont utilisés presque à contre-emploi, transformés en semi-percussions, leurs cordes frappées et pincées. Mais Burn the Witch pourrait également très bien être le 2ème, le 7ème ou le dernier morceau de l’album. Arrêtons donc les conjectures, satisfaisons-nous déjà d’en savoir un peu plus.