Gogo Penguin – La baffe du pingouin taré

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Si on devait résumer Gogo Penguin, on pourrait dire que c’est un trio de jazz où le pianiste est exceptionnel, le contre-bassiste au top, et le batteur bien mieux encore. Les trois mancuniens sont des hyperactifs de la nouvelle scène jazz de Manchester, mais à vrai dire, sans le hasard des programmes radio, je serais sans doute passé totalement à côté. Et ça aurait été franchement dommage.

Pour composer, Gogo Penguin s’inspire autant de jazz moderne et classique que de musique électronique. Pour Man Made Object, leur 3e album, les compositions ont d’abord pris forme dans l’ordinateur de Rob Turner, le batteur du groupe, puis ont été rejouées live par les musiciens qui ont dû trouver un moyen de les adapter (-spoiler alert- ils y sont parvenus plutôt franchement correctement). En y ajoutant un toucher et une nuance propre au jazz, et difficilement atteignable par un ordinateur, c’est certain. Ce piano beau à pleurer, en somme.

Car loin de la raideur de l’électronique, les morceaux de ce disque totalement atypique (du moins pour moi, pauvre mortel peu initié au jazz contemporain) laissent une grande part à l’improvisation, où chaque instrument joue son rôle principal, tour à tour (et cette batterie, wow). Les titres se construisent à partir de motifs simples qui se déploient ensuite sous toutes les formes (surtout les plus bizarroïdes, si possible, mais toujours mélodieux). Point de couplet-refrain par ici, et pourtant une concision dans les structures qui fait de chaque titre un morceau immédiatement reconnaissable, capable d’être aussi addictif qu’un tube pop (bon, je ne suis pas très objectif quand je parle de piano, mais vous voyez l’idée).

Parmi les plus beaux morceaux, on peut citer le sublime Quiet Mind, l’ouverture fantastique All Res, les compositions naïves mais touchantes Branches Break et Weird Cat ou encore le final tournoyant Revolt. Et même si le jazz n’est pas franchement votre tasse de thé (ou de café, je suis pas sectaire), je vous conseille malgré tout de tâter discrètement Man Made Object. Car il fait clairement partie des disques intelligents, capable d’attirer à lui des publics différents, et vous ouvrir sur d’autres musiques, d’autres styles. Pour écouter du jazz avec une grosse touche de modernité quand même, et parce que c’est un album signé chez le prestigieux label Blue Note (même si leur album précédent – V2.0 – comporte aussi de vrais morceaux incroyables, notamment One Percent que je recommande chaudement).

Et si jamais vous n’étiez pas totalement convaincus, sachez que pour reproduire le son d’un synthé, le pianiste a enregistré des parties de piano en enroulant les cordes de sopalin. Voilà pour l’anecdote inutile.

Ci-joint, un live au top (et des poils qui se hérissent pour toi amateur de breaks improbables).