DIIV – Savoir plonger dans l’inconnu

ISTHEISARE

Oshin, le premier album de DIIV avait pour tache et comme mérite principal de construire le son « DIIV » à travers 13 titres taillés du même bois – ses détracteurs diront sûrement de la même branche. Avec ce deuxième album Is The Is Are, Zachary Cole Smith – ambitieux et assez sûr de son talent – avait formulé le vœu pieux de faire évoluer son groupe et proposer quelque chose de neuf, justifiant ainsi les quatre ans séparant le premier album de DIIV du second. Verdict.

En 2012, avec la sortie du premier album de DIIV, Smith donnait une nouvelle teinte à cette génération de groupes indie américains très pastels – souvent de Brooklyn et souvent signés sur Captured Tracks – qui sonn(ai)ent tous un peu pareil et dont les meilleurs représentants sont aujourd’hui Wild Nothings, Real Estate et Beach Fossils (pour qui Smith à d’ailleurs été batteur et guitariste). Ces groupes ont pour principal dénominateur commun cette guitare mélodique, aussi simple qu’évidente, qui structure leurs chansons et qui accompagne une voix blanche souvent en retrait. Alors que Wild Nothings semblait plus atmosphérique et Real Estate un peu plus surf… DIIV la jouait davantage sur le côté sombre et torturé.

On ne va pas mentir, on aime beaucoup tous ces groupes. Ils excellent dans leur genre, album après album mais ce ne sont pas (encore ?) des « grands ».

Oui mais voilà, Zachary Cole Smith aspire à faire de DIIV un grand groupe. Smith est un sacré personnage, une sorte de Rimbaud de l’indie rock au visage d’ange, qui a 31 ans mais en fait 10 de moins, un mec cool qui porte des casquettes en été*, des casquettes en hiver* et des chemises oversized toute l’année*, qui prend beaucoup de drogue* et qui formerait avec Sky Ferreira* un couple mythique* à la Kurt Cobain/Courtney Love* – d’ailleurs le nom « DIIV » vient de la chanson de Nirvana* « Dive » et il revendique une certaine filiation*. Seulement, plutôt que du grunge bien crade, Smith fait du guitar rock propret et châtié, et bien qu’ayant posé des fondations solides avec son premier album Oshin, il lui faut un « The Bends » pour poser les premières pierres visibles de son grand projet.

Ceci posé, on peut légitimement annoncé que Is The Is Are fait long feu quant à ses objectifs. Passé outre les fanfaronnades de Smith, ce second opus est un très bon album, qui certes n’apporte pas grand chose de neuf, mais améliore à la marge les défauts de Oshin, sans les gommer complètement. Cet album est plus long, plus fouillé et plus complexe sûrement. Il est aussi plus varié, moins monotone, en cela qu’il alterne le très sombre (Mire (Grant’s Song)) et l’étincelant (Under The Sun), le lent (Bent (Roi’s Song)) et le pressé (Is The Is Are), l’énergique (Valentine) et l’anémique (Waste of Breath). Il va même jusqu’à proposer quelques tubes pop up-tempo au fort potentiel tubesques (Under The Sun, Dopamine, Valentine) et des titres franchement rock (Incarnate Evil, Dust). Sur certaines chansons, on sent même poindre une certaine prise de risque, vers plus de lourdeur (Waste of Breath), de noirceur (Blue Boredom), voire de fragilité (Healthy Moon).

Il n’en reste que Smith a toujours le riff facile. On a parfois l’impression que chaque début de mélodie qu’il compose devient prétexte à un titre, où cette dite mélodie sera étirée à n’en plus pouvoir. Cela explique en partie la longueur de l’album et l’inclusion de chansons qui, sans être dénuées d’intérêt, sont clairement plus faibles (Yr Not Far, Take Your Time, Loose Ends). Zachary Cole Smith a une autoroute devant lui pour devenir la rock star qu’il rêve d’incarner. Il a la gueule, le talent et l’aura, reste encore à faire table rase, d’arrêter de sonner comme The Cure, The Smiths […] Sonic Youth et Smashing Pumpkins… pour enfin sonner comme Zachary Cole Smith et faire plonger DIIV dans l’inconnu.

* = marqueur de coolitude