Samba – Le parti pris des couleurs

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SAmBA De La mUERTE fait tout pour intriguer depuis ses premiers pas en 2012. Baptisé d’après un titre de Gablé – grands frères aussi bordéliques que vénérés par le microcosme caennais – le groupe se dévoile live en 2013 avec Superpoze à la batterie, un Concrete Knives au chant et d’autres évadés de diverses formations caennaise autour. Ils semblaient alors constituer, toutes proportions gardées, un super-groupe normand. Au fil des EPs et des ans, on comprend que c’est surtout le groupe d’Adrien Leprêtre, le claviériste des Concrete Knives. SAmBA De La mUERTE devient donc un de ces side-projects – accessoirement beaucoup plus intéressants que le main-project – qui frustre par sa discrétion et la rareté de ses sorties. Car la douzaine de morceaux publiés entre 2012 et 2014 sort de l’ordinaire (on en parlait notamment ici), virevoltant entre folk acoustique, expérimentations électroniques et sommets afrobeat. On en retiendra une poignée de titres remarquables (Fire, Begin Began Begun, Skyline, Secrets) et beaucoup de promesses.

Avec ce premier album – et après avoir perdu quelques capitales – Samba De La Muerte tourne une page et trace un trait assez net sur le passé en passant de l’ombre à la couleur. Peu de groupes en France sont capables de sortir un LP aussi dense, parcouru de mélodies évidentes et entrainantes, de pistes qui se chevauchent, de tubes groovy composés pour le live. Le tout est soutenu par des choix de production forts : des percussions mille-feuilles, des moments de cuivres, et surtout cette voix, belle, forte, judicieusement mise en avant et pleine d’un écho brut. Bref Colors est un très très bon album composé par un artiste très talentueux.

Pourtant, et oui pourtant… et quitte à être trop sévères voire injustes, le choix de Samba déçoit un peu. On aurait aimé plus de continuité et moins de rupture. À chercher la couleur, le groupe perd cette froideur folk majestueuse – à faire pâlir Fleet Foxes – au profit d’une certaine efficacité pop, certes immédiate, mais moins saisissante, moins mystérieuse, moins tourmentée. La fragilité cède sa place à un apaisement ronronnant, rassurant mais moins créatif, presque tiède. Samba de la Muerte, à trop purger, perd de vue l’épure de ces premiers EPs. Le rictus impressionné qui nous accompagnait à l’écoute de Fire, laisse place à un sourire bienveillant. Gare à ne pas devenir un groupe « rafraichissant » qui tape sur des toms-basse plutôt qu’un groupe qui ose, qui bouscule. Pour le moment, pas de panique, Samba De La Muerte semble toujours un cran au dessus de 99% des groupes français…